mercredi 2 avril 2025
Les quarterons de la raison
Ils considèrent la raison comme un titre de propriété. Ils appartiennent au cercle du même nom qu’ils tracent au tableau, dos au peuple, dans des cours magistraux.
Ils usent d’un phrasé docte, abstrait, distancié. Ils parlent du terrain comme d’un pays lointain. On sait où se trouvent leurs dossiers : sur la table. Ils squattent les bureaux des palais lambrissés, bien au chaud, isolés du chaos par les mots.
Jadis ils ont excellé dans l’art de collectionner les trophées d’excellence, de truster les premiers accessits des palmarès d’école.
D’une génération à l’autre, ils se succèdent et renaissent comme dans une ronde de travailleurs saisonniers. Les noms importent peu. On les confond. Ils sont fabriqués à la même usine délocalisée. La même que Macron. Ils sont nés légitimes, coiffés au même atelier.
Fabius, Juppé. Présidents à vie, sans être élu mais l’ayant fort voulu. Messier, Pigasse. Corsaires de la finance, patrons mégalos qui se sont rêvés présidents jupitériens, à vie. Philippe, Wauquiez, Le Maire, Pécresse. Candidats de droit d’aujourd’hui, ou d’un hier proche. Même mépris pour le pays.
Ces neuf-là ne doutent de rien. Ces deux quarterons de la raison, plus Macron, à trop se ressembler, se détestent comme des rivaux mimétiques girardiens. Tous ces perroquets du tourniquet haïssent encore davantage le paltoquet du Touquet. Car lui seul à ce jour, sorti du même cercle, a décroché la timbale. Deux fois. Double inimitié.
vendredi 28 mars 2025
La coiffeuse d'Arras
De Gilberte, Proust écrivait qu’elle n’était « pas son genre ». Un film du même nom embrouille mes idées, m’émeut à mesure qu’il empoigne et pince mon attention. J’aime les coiffeuses parce qu’elles sont insoucieuses, affriolantes, légères et libres comme l’air. Elles vivent debout dans leur salon. Jennifer est mon style de beauté. Emilie Dequenne est une fille simple. A cause d’une plissure de joue fraîche, d’une figure si ronde, d’une moue lumineuse de sublime gamine. A cause d’un sourire.
La coiffeuse d’Arras hante les heures d’un lecteur de Kant. Elle revêt les parures et attributs d’une adorable idiote. Elle illustre un principe d’écriture, une règle de beauté suffisante, un axiome d’éclat d’album, un postulat de flagrance et de fracas. Flaubert rôde aux abords du salon. Un livre, un visage. Sur rien. A la seule force de son charme.
Une actrice est morte. Jennifer s’est volatilisée sans laisser d’adresse. L’émotion est le seul domicile connu où repose Emilie Dequenne. Après, à côté de Girardot.
Jennifer tord son corps, crispe ses doigts, fixe un ciel étoilé, extrait le niveau sonore d’un chair, s’étourdit dans une nuit perpétuelle de karaoké.
dimanche 23 mars 2025
Arnaud Beltrame, 24 mars 2018
À vrai dire, on n’a jamais tué de Gaulle qu’un demi-siècle après sa mort. Non seulement nous avons gâché un capital de fulgurances, mais nous avons durablement altéré le destin d’une nation. Voici venu le temps long de l’insignifiant. La communication n’est qu’une comédie, une fantaisie, une variété de l’imagination. A mille lieues du réel. Simone Weil parle de “l’imagination, combleuse de vide”. Avec l’âge, je sais que de Gaulle demeure la figure exemplaire d’une jeunesse.
Au seuil de la vieillesse, je n’ai identifié que le colonel Beltrame dans le sillage du génial général, pareillement inflexible à tout renoncement.
Beltrame a hérité de l’exact patronyme. Manu lui chipe sa belle âme. « Patriote » est un label « bankable », à valoriser dare-dare dans les écoles. L’épithète est époussetée. On la dépoussière de sa ringardise.
Au détriment des vieux gangs de « militants » qui marchent les pieds en dedans.
Le chef des armées cause à la patrie. « Riot » signifie « émeute de rue ». « Patriote » veut dire : « pas de ça chez nous ». Manu, qui n’est pas catalan, parle anglais naturellement. Je le vois sauter sur sa chaise comme un cabri : « Patrie, patrie, patrie ! » J’ai la chair de poule. Macron promet le grand frisson. La séquence à venir multipliera les bouts de langage et les éléments de boniment sur « L’Europe ». L’Europe des patries et l’Europe supranationale. En même temps.
La page est blanche. Elle est riche de tous les virtuels possibles. L’infini ne joint pas les deux bouts. Rien n’est joué. Rien n’est écrit. Rien n’a de sens d’avance.
Il est téméraire de s’aventurer, en première ligne, en premières phrases, sur une terre littéraire, sur un champ de chair. Il est téméraire de briser la ronde coutumière des jachères.
Tracer les premières lettres, se saisir de l’alphabet éparpillé, composer des mots qui fassent écho, dessiner des fragments de signifié, s’affranchir d’un impérieux désir : écrire comme on libère un cri.
Le lieutenant colonel sait quoi faire, décider sans collégialité, dans l’immédiateté. Le lieutenant colonel a des ailes. La terreur ne lui fait pas peur. C’est un chef de ferveur : il est à l’œuvre. La poésie d’Ezra Pound lui indique la direction du pays : « Si légère est l’urgence ».
Le lieutenant colonel se livre à l’ignoble forcené du mal, arrache la caissière des griffes du furieux animal. Acte anti-économique, par excellence. Acte christique.
Le lieutenant colonel est seul, infiniment seul, premier et dernier de cordée. Avant d’expirer, il prie sa patrie. Il écrit avec son sang le chef d’œuvre d’une vie, le récit fondateur de notre temps.
C’est un livre de résistance, le traité d’une grandeur, l’évangile gaullien d’un admirable gendarme. La rébellion du lieutenant colonel n’est rien d’autre que de servir une nation, d’honorer sa mission. Elle a le style des beautés les plus pures, des fulgurants chants d’amour, insoucieux des périls de bravoure.
Certaines phrases du texte sont extraites de « La fin des haricots », 5 Sens Editions, décembre 2022.
https://catalogue.5senseditions.ch/fr/home/518-la-fin-des-haricots.html
mercredi 19 mars 2025
Le geste de finition
La peinture de Nicolas de Staël saute aux yeux. Elle agrippe le regard sans plus le lâcher. Nicolas peint comme l’indien scarifie son corps. Le geste est sauvage et la peinture luxueuse. Il ne peint rien d’autre que la couleur, lisse et solaire. Le couteau crisse et la couleur crie. La couleur, livrée par pans, joue avec elle-même. Elle perce jusqu’au cœur de la toile et prend feu. Ou bien la chaleur est froide, comme le vertige d’avant le saut. Nicolas griffe la toile pour se persuader qu’il voit. Ses tableaux sont des empreintes, des marques vives. Ils disent que la couleur est la pulsation du peintre.
A cette hauteur, le couteau du peintre ne croche pas tout à coup. Staël peint l’assaut du monde. A cet instant de vie, l’oubli d’elle-même, royale vertu des simples, exige ce surcroît de force, d’attention précise.
Staël recommence, esquive la toile, jette l’épée en plein ciel, réinvente la peinture. Il a peur. Il a peur comme la splendeur seule sait faire. Il veut sortir, sans coup férir. Il veut sortir par la grande porte. D’instinct, l’homme a suivi les couleurs, monté l’escalier, vu l’amour sur les murs, sur le champ payé leur sourire. Il gîte là-haut depuis, la chambre à cent francs, l’atelier sous les toits. Venu du Nord, des fastes slaves, lentement il passera à peindre les années d’octroi, l’inégal sac de secondes distribuées aux hommes de jeu. Staël situe sa mise sur l’arc en ciel, exécute avec ferveur des sortes d’images peintes.
Rimbaud prisait les peintures idiotes. A niveau d’oiseau, dans le vieil Antibes, Staël prie la nuit, le jour de revenir. Comme l’Ethiopien, trafiquant de voyelles, il voit l’ironie, il dérobe au ciel ses vertiges. D’un bleu panique, il fixe le cri. Derrière lui, la vie passée quoique imparfaite fait effort de mémoire, témoigne des rigoureux insuccès des formes vives, journées d’hiver sans défaillance. Tout haut, Staël rêve croisades, sans chevalet, chevaleresque.
C’est une peinture d’exil, que rien n’apaise, pas même les cils du soleil. Des pierres, il déterre la lumière, la secrète rougissure intérieure, calée dans l’axe exact du luxe. A l’humble gravat, il donne couleur et visage, pommette écarlate, éclat de pierreries. Mêmement, Staël et style, quasi sosies, élancent une proie mince à couteaux blancs sur le drap.
Avec les regards, il ne compose pas, ni ne thésaurise ses trouvailles. Il dévore l’immédiat, ne gardant rien, comme le meilleur pour la fin et la faire jolie. Il avance peignant dans un jour sans couleurs.
Appelez cela une mort choisie, toutes le sont, tôt pressenties, rôdant près des hommes, dans les parages du visage. On va voir ce qu’on va voir. Fildefériste et coloriste, Staël regarde le déclin, la base froncée d’un visage, la reddition au noir du dernier paysage. Staël s’installe aux première loges, parmi les artistes rugueux, dont l’œuvre si patiemment tissée évoque la sauvage indifférence du monde : un pan de ciel, un fragment de terre, une parcelle d’océan. A la cime d’un savoir, et malgré les apparences, il est bien mort sur l’arbre. Il a tiré l’échelle à la barbe des copieurs. Pas de malin plaisir, ni l’affreux rire de l’outre-tombe, seulement le geste de finition.
Ce texte est extrait de « Le type d’Antibes », 5 Sens Editions, juin 2024
https://catalogue.5senseditions.ch/fr/home/560-le-type-d-antibes.html
mardi 11 mars 2025
« Moi jeu », un phénomène de société
La pièce est à l’affiche depuis huit ans maintenant. Le théâtre national ne désemplit pas. Il faut réserver un an à l’avance. Les télévisions scolaires raflent les places pour les gosses. On s’y rue comme au stade.
« Moi je » est un spectacle bondissant, ébouriffant, jamais lassant, cousu d’impromptus. Le public est debout, les rappels se succèdent, les bouquets jonchent les planches. Le comédien, un certain Emmanuel Macron - retenez son nom –, brillantissime élève du cours Trogneux, joue son personnage comme personne : un roi narquois, un monarque cynique, une altesse déchue qui soigne une blessure narcissique.
Chaque soir, le théâtre affiche complet. Les touristes en autocar intègrent le spectacle à leur séjour parisien, avant même la Tour Eiffel et Notre-Dame. La soirée inoubliable est vantée, surlignée dans tous les guides.
Malgré ses 2 500 représentations au compteur, le comédien, toujours seul en scène, conserve une fougue, une flamme, une fraîcheur qui épatent un monde culturel pourtant blasé. Dans un registre comparable, même le film « Emmanuelle » dans les années70, n’était pas resté aussi longtemps programmé sur les Champs-Elysées. C’est dire.
Il faut saluer la performance de l’artiste qui hisse haut les couleurs de son art. Cet histrion hors norme, hors format, magnétise les foules, sans un jour de relâche. Certains critiques, parmi les plus érudits, évoquent la diction, le phrasé du grand Jouvet. Si vous n’avez pas encore vu « Moi je », vous vous mettez en danger, vous risquez même un redressement fiscal : courez-y, bon sang ! Vous me remercierez.
Mandiargues
Je goûte peu la malfaçon industrielle de vivre. Vers la vieillesse, les bonheurs se dénombrent sur les doigts apeurés d’une main. Au croisement des meilleures manières de dire, au hasard des lectures françaises et des feux de braise, se percutent tête à tête la prose de Jacques Chardonne et la phrase d’André Pieyre de Mandiargues. C’est un voisinage d’exception, une sorte de discrète communion, le précieux coudoiement de merveilleux artisans. Je les identifie comme une compagnie de fin de vie. Je les reconnais aux grains de beauté jetés d’instinct sur la page écornée. Rien de commun entre les deux écrivains. Bien sûr. Sauf la littérature.
La littérature est un territoire noir, une contrée sauvage. N’y séjournent que des forcenés de la phrase, des fous furieux de la féerie textuelle, des bêtes féroces qui dépècent les songes, déchirent la viande des mots. André Pieyre de Mandiargues est un artiste rare, un écrivain de fier lignage. Son centenaire officiel oblige à considérer l’éclat chatoyant d’une œuvre fulgurante. Gracq l’admirait au point d’envier l’excellence de ses récits courts, sa maîtrise des textes majestueux. Mandiargues n’écrit pas vite : il tâche d’écrire faste. Mandiargues ne se donne pas à lire sans d’emblée se raidir. On entre un jour par la bonne porte. J’ai lu « La Marge » à Barcelone. J’y découvrais la nuit, ses ruelles odorantes, au rythme de l’errance narrative, à la cadence enivrante d’un cheminement fatal. C’est un roman sublime, exquis, raffiné d’un grand poète, primé en 1967 par l’académie des Goncourt. Ce trésor n’est pas plus épais qu’une boîte de cartouches. J’envie, d’une jalousie féroce, le lecteur qui découvrira ces pages magnétiques, déambulant au hasard dans les travées entortillées de Barcelone.
L’écriture de Mandiargues joue avec la lumière, les couleurs, les humeurs et les sons. L’artiste fait luire sa griffe au soleil. La joie méditerranéenne jaillit des sortilèges de l’écrivain huguenot, irradie les pages de Rodogune, somptueuse nouvelle, plante un couteau dans la cruauté du bonheur. Se lit à haute voix. Amour fou. On n’en sort pas indemne.
Sur ma paume, la lumière de Sardaigne saigne. Nous sommes loin du crincrin des machines à compter. À mille lieues de la stridence incivile des sirènes. J’étais fait pour elle, Rodogune, comme l’oiseau d’un seul ciel. Le « aigne » de Sardaigne, méchant comme une teigne, me rentre dans la peau, lentement, comme une morsure de soleil.
Rodogune est la jeune inconnue à la courbure de hyène. Je lis les mots du peintre, souffle sur les grains de sable du phénoménal Staël : « Il avait vu quelque chose comme le bonheur. » L’invincibilité du ciel, son évidence absolue, me cloue sur le banc d’un quai de gare. Rien à faire. J’écris avec le bout des griffes. Je songe aux citronniers de Pula, à Pierrot le Fou, au dancing de la marquise. Je revois la maison de joie de Sinistria. Nous enfourchions le dos tiède d’une vague affectueuse. Je relis, je revois son chignon noir dans l’ovale d’un fichu de paysanne. Elle repose sur ma joue, le derrière en bataille.
Dans la continuité ou par contiguïté, il faut lire le merveilleux « Lis de Mer ». S’abandonner au charme vénéneux de Tout disparaîtra, l’ultime récit d’un quotidien où le métropolitain n’a jamais été aussi bien dépeint. Au petit bonheur, au vent du caprice, il convient d’égrener les cinq tomes de Belvédère, qui sont des recueils de prière, des textes de ferveur, des communiqués lapidaires en forme de dernier salut sur la terre. Reste à aimer « La Motocyclette », récit inspiré d’une Bardot chanteuse chevauchant une
Harley-Davidson, et tant de merveilles littéraires délicieusement érotiques.
Dans « Matinales », Jacques Chardonne vend la mèche : « On veut une neige fraîche où personne n’a encore marché. » L’écrivain charentais, partenaire épistolaire de Paul Morand, s’interrogeait le 11 décembre 1962 sur l’avenir de la littérature : « Je dirais, Mandiargues ». Oui : Mandiargues s’avance solitaire dans le siècle. C’est un splendide centenaire, un styliste admirable, qui frappe discrètement à la porte des plus grands prosateurs de langue française.
« Vanina ». À Jean Paulhan, novembre 1956 : « Magnifique roman de Mandiargues. Je le crie partout. » Chardonne change de ton, sort de ses gonds. L’art de Mandiargues provoque une sauvage exaltation, compose une sorte de psaume noir, d’allure incantatoire. Chardonne taille le silence, cisèle un cristal musical. Mandiargues est un luxueux coloriste, un adorateur de dorures, un collectionneur de terreurs. Son genre de beauté fait peur, ride les eaux lisses d’un éphémère bonheur. Chardonne découvre la peinture en littérature. Vanina est le titre originaire du légendaire « Lis de Mer ». La suffocante beauté de Santa Maria di Siniscola se jette sur la phrase comme un fauve qui dépèce, une bête prédatrice dont la trace de canines invente un secret alphabet.
L’assuétude à l’habitude est une forme d’hébétude. Je m’adonne à Chardonne en exergue de Mandiargues. Ils ont vingt-cinq ans d’écart. Avec Proust et Flaubert, je double la mise. Gustave précède Marcel d’un bon demi-siècle. Ces deux tandems figurent un carré d’estime. À aucun, je ne refuse rien. J’abdique tout esprit critique. Je vis à leur crochet. Je me vautre dans une relecture en boucle. Je parasite un sang d’artiste. À cette heure et sans pardon, je n’admets pas de cinquième larron. Je fais poireauter les autres dans le vestibule. Rousseau, Chateaubriand, Céline et Gracq sont priés de patienter un petit moment. Je les relirai, ou pas.
Ce texte est extrait de « L’amitié de mes genoux » (5 Sens Editions, juin 2018).
https://catalogue.5senseditions.ch/fr/poesiereflexiontheatre/192-l-amitie-de-mes-genoux.html
dimanche 9 mars 2025
Mouiller le maillot
La guerre est un exercice de morts volontaires. Le casse-pipe est un suicide groupé, béni des papes d’état-major. Mourir pour le maillot. Mourir pour le drapeau. Jamais mourir pour rire. Batailler pour de vrai.
Un soldat tombe. Lucu supplée Dupont. A Dublin, le Quinze tricolore a souffert le martyre durant un gros quart d’heure. A Dublin, les hommes de main, de jeu de vilains, avaient grandement faim. Les échappées belles de Bielle s’apparentaient à des désespoirs de gamelle. C’est la fringale qui ouvre le bal. Ils avaient vingt ans, le goût de l’ouvrage, le respect de l’étendard.
Lucu fut un merveilleux poilu, à fausse calvitie, un admirable grognard, un substitut exemplaire en sa qualité de hussard du banc des « coiffeurs ». J’ai vu Lucu à la baguette, à la chistéra d’apparat. Durant une heure de plénitude absolue, Lucu honora Dupont, le meilleur du bataillon, fit oublier le grandissime éclopé. Maxime est grand, suffit de comprendre le son de son prénom. Ces hommes-là vont droit au texte, la tête au combat, pour la beauté du geste.
La guerre est déclarée sur des marches d’Elysée. Les menaces grouillent aux portes, affluent comme des termites à nos frontières trouées. Un freluquet de palais convoque l’épée. Je veux bien mourir, mais pour plus haut que moi, offrir une vaillance à ma première et seule chance, la France.
« Notre Europe », dans le sabir du monarque, n’est qu’un pater noster de pacotille, une culpabilité imposée du dehors de nos corps. Je meurs, tous les jours, du bonheur de jouir à mon aise de la langue française. Je déserterai illico presto le terreau belge, si l’on m’agite sous le naseau les étoiles fanées, les trente-six chandelles du petit fanion paroissial de Bruxelles. Je mourrai à mon poste, la plume plongée dans l’encrier, ivre de l’idiome, dans la griserie du gribouillis. Avec les mots, je mouille le maillot. Je meurs de ma belle mort. Volontaire d’une guerre française.
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