mardi 30 juin 2026

Gentleman Ousmane

Il erre en chien famélique sur la pelouse d’un vert trop vif, à la Hockney. Il s’interroge sur son avenir, sur sa place dans le navire. Il dribble de manière étourdissante, se joue du latéral d’en face, se déhanche comme un beau diable. Dembélé bataille dans le silence, l’insolence, la somnolence. Le toucher de balle est une sensation royale. Le ballon d’or alterne faux rythme et coup de boutoir. On dirait un fauve mal éveillé qui se divertit d’une proie, de deux, de trois. Son allure chaloupée évoque Garrincha, hors format, en plus déliée. Après avoir entortillé les défenseurs, le long de la touche, il repique vers le centre. Sa vitesse d’exécution frôle l’endormissement, l’hypnose d’un fakir. Sa souplesse lui confère une majesté d’altesse. Á l’instant choisi de l’estocade, il rassemble une vitalité meurtrière, enroule une balle assassine, aussi évidente que travaillée, dans sa fulgurante trajectoire, somptueusement emberlificotée. Dembélé domine le sujet, impose un art de jouer de toute beauté. Ses prouesses éblouissent par leur finesse. Sans égale, la star du Onze tricolore réenchante le jeu de balle. Dans ce tournoi mondial où figurent Messi, Neymar, Mbappé, Ronaldo, Kane, Haaland, il se révèle comme le plus offrant des artistes du stade. Trois buts comme trois uppercuts. Trois splendeurs d’un homme discret, taiseux, farouche, peu démonstratif, égaré sur son aile, oublié en bord de touche. Il n’y a qu’un métier : orfèvre. Tous les autres sont des courbures d’imposteur. Un, deux, trois: merveille. Un, deux, trois: lucarne. Un, deux, trois: soleil. On se décoiffe devant Ousmane, le gentleman. Pour l’ensemble de son oeuvre

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