dimanche 31 mai 2026

Horde des désordres

Le climatologue Nunez a déjoué la menace du cyclone « Horde des désordres » qui s’est abattu en rafales sur Quatar City et plusieurs villes de l’émirat. La violence des vents de sable a épargné la Tour Eiffel qui n’a pas plié. En revanche, les automobiles électriques, les boutiques et les arbres de la mairie, ont été brûlés, saccagés, déracinés. L’épisode calamiteux a été maîtrisé par les ingénieurs de Météo France/Quatar. Leur sang-froid exemplaire et leur parfaite expertise ont été salué par Cornu, le discret chef du gouvernement anti-mabouls. « Horde des désordres » est un phénomène atmosphérique désormais historique. Il figure d’ores et déjà dans les annales comme l’un des plus féroces cataclysmes que l’humanité ait connu. La parade magistrale de Nunez, qui a stoppé la catastrophe, seul sur sa ligne, comme un brillantissime portier russe des stades, tels les mythiques Yachine ou Safonov, provoque une certaine jalousie parmi les mièvres ministres de Cornu. D’autant plus qu’on lui prête, fort de sa triomphale réussite, l’ambition bien naturelle de lui succéder. Cornu veille, l’observe du coin de l’oeil.

mardi 26 mai 2026

Reste Jordan

Marine est malhonnête. Edouard ne serait pas très net non plus. Bruno, le petit Bruno, leur tourne nécessairement le dos puisqu’il incarne lui, en preux chevalier des gueux, le parti exemplaire du type honnête. Sa morale à deux balles flirte avec la faute professionnelle. Bruno fait des ronds dans l’eau à défaut d’en glisser dans sa poche. L’autre, le grand Bruno, n’est toujours pas descendu de son cheval. Sa dette compte pour du beurre puisque c’est l’Etat qui paie, régale à toute heure, foi de l’ancien capitaine de pédalo. Attal, notre meilleur danseur de tango, entame une tournée prometteuse dans l’Hexagone, bonimente derrière une botte de paille, se mesure sans rire à SuperMenteur. Reste Jordan qui séduit une princesse, à l’instar du grand Charles, raide cinglé de sa « madone des fresques ». Jordan embrouille les Deux-Siciles avec le royaume de France. Notre Bardolino national caracole en tête d’une opinion faux jeton qui pense trop mal. Certes, Jordan appartient bien au club des mabouls. Mais il est le seul à ne pas s’être sali les doigts dans le cambouis des dingueries de la décennie, loin des ministères du funeste petit stagiaire. Dès lors, on ne s’étonnera pas que les mauvais dossiers sortent sans tarder à son endroit : viols à la pelle, à la Bruel, pédophilie d’apprenti puériculteur à Saint-Denis. Bagayoko en aurait la preuve. D’ailleurs ,et c’est une révélation, Benalla a retrouvé son coffre-fort : tout est dedans.

dimanche 17 mai 2026

Deux gifles

Sur la Croisette, on se souvient qu’un fou d’Allah décapita un honnête prof, saigna l’enseignant au collet de sa liberté. Dans le même temps, sur les tarmacs innombrables qu’il foule en surchauffe au terme d’une si mince présidence, Macron tourne le dos à la nation. Une nation sans culture. Une nation négation. A biffer, comme on administre une baffe. Il la rature d’un trait, d’emblée, d’un mauvais geste à Alger. Il l’agrège en chantant, au son de l’hymne à la joie, à l’anonyme comité Théodule des peuples qu’il appelle « Notre Europe ». D’un trait aussi, d’un soufflet, la première dame, sa dame de compagnie des tarmacs, lui aura rabaissé le caquet. C’était la deuxième fois durant le décennat, après la torgnole du type de Valence, réfractaire à la poignée des doigts. Bilan : deux gifles. A comparer aux yeux fléchés des Gilets Jaunes, aux yeux crevés des émeutiers. Bilan de l’Elysée, revu et corrigé : deux gifles et deux yeux toujours pas dessillés.

mercredi 13 mai 2026

La vérité d’une chair

Le sport exalte les corps, révèle une chair qui exulte, témoigne d’un esprit qui s’extasie dans l’épreuve. A six ans, je déchiffre l’épopée dans les mots enchantés d’un journal de chevet, « L’Equipe ». Plus qu’à l’école, j’y fabrique des idoles : Jazy, Boniface, Spanghero, Douis, Gonzales, Laver, Gaul, Poulidor. Marion est un coureur de fond. C’est un athlète, de la tête et du squelette, un sportif des mots et des cendrées, d’assez haut niveau. Il est philosophe pour de vrai, soigne une foulée de styliste ; la cloche du dernier tour n’est pas une voix off.Jean-Luc Marion s’intéresse à Emmanuel Lévinas, aux apparitions, à l’infini du visage à l’image d’Alberto Giacometti, au peintre phénoménal, au génie d’Ornans, Gustave Courbet. L’académicien aux semelles de vent des pistes guette les surgissements, les épiphanies, les coups d’éclat du réel, les étincelles du visible. Marion rime avec illumination, passion, conversion, résurrection. Dans « La Raison du sport », l’ouvrage trop sagement dénommé, il nous émeut par sa joie à l’écrire, sa jouissance à réveiller l’esprit d’une enfance, sa ferveur à remuer la nostalgie d’une jeunesse. Jazy, l’exemplaire, le svelte et modeste typographe, est épinglé sur les murs en poster légendaire, Che Guevara des cendrées, d’entrée de jeu salué, dès l’amorce des mots, figure emblématique du héros olympique embringuée dans un fiasco final sur la piste de boue du stade de Tokyo. Jazy en détresse, quatrième sous la pluie, ou le chagrin d’une génération qui rêvait de beaux gestes. L’athlétisme est un sport, pur de tout accessoire, réduit à la portion congrue du corps. C’est pourquoi il s’apparente à l’art premier des grands fêlés, à la flagellation des forcenés de l’ascèse. Mais quand le corps se fait machine, quand il motorise le mouvement, de ses propres organes, quand il inverse le châtiment du travail à la chaîne d’usine, quand de ses jarrets il propulse la bécane, alors se produit le miracle d’une discipline d’une effarante rudesse : le cyclisme et sa cruauté dentelée. Le Tour de France est un cycle de souffrances. On y meurt à vélo. Or ce Tour, Giro, Vuelta, on ne le voit pas. On y songe avant et après. C’est une réalité éphémère, un événement de prestidigitateur. Il arrive, il passe, il disparaît. A toute vitesse. La foule du talus n’a rien vu. Le phénomène a lieu dans la seconde de son jaillissement, entre deux clignements d’yeux. Marion détaille les règles biscornues du rugby qui sacralisent le statut d’une balle à face d’ellipse. Rien à voir avec l’académique ballon rond et son rebond cartésien. Reste le dernier tour, la dernière ligne droite, le final d’extase de « la prise de chair ». Marion analyse les émotions d’un corps qui court, peaufine une performance, s’entraîne d’arrache-pied, s’étourdit de fractionnés, en précise les douleurs, en observe les félicités. Du corps à la chair, s’opère une sorte de transfiguration. L’athlète se trouve, mieux, il se découvre. Il ne s’appartient plus, se confie ailleurs, à autrui, peut-être à l’esprit. Il vainc la douleur sans en être vainqueur. Marion, subtil phénoménologue, chemine vers les Evangiles, les relit à la lumière d’un Christ qui marche en tête, d’un dieu qui court et qu’on suit, qui se fait le lièvre du tour de piste, sans enjeu de médaille, sans rivalité de succès, pour le seul bonheur d’une intensité à vivre, d’une plénitude à ressentir, d’une vérité de chair à éprouver sur la terre. "La Raison du sport", Grasset, février 2026, Jean-Luc Marion

dimanche 10 mai 2026

La fin de la propriété privée

Nous vivons dans une espèce d’espace, habitons l’agrégat Schengen, ce mot fétiche qu’on dégaine à Bruxelles pour fixer une absence d’appartenance et privilégier une bienheureuse errance. La nation est à fuir comme la peste, à bannir comme une notion obsolète. Elle figure la petite propriété mesquine des vieux peuples batailleurs. C’est pourquoi on gomme les frontières comme on casse un mur porteur. Exit la nation belliciste. On fait déborder le vase identitaire. On fait couler la peinture en dehors de sa limite, on mélange les pigments, on vise l’embrouillamini comme une beauté absolue. On est content de l’amalgame, on s’extasie du méli-mélo, on glorifie le grand tas, on vénère le machin qu’on croit américain. Dans l’Europe, il y a leurre. C’est la rançon à payer de la déconstruction des nations. Ce chapelet d’espaces ouverts à tous les vents n’a plus rien à défendre. Il se désarme de lui-même. C’est une auberge espagnole qui se fiche bien de garantir une paix, qui somnole dans son dogme. L’Europe emprunte au communisme ses infantiles menteries. L’Europe se fabrique à la planche à billets : il en faut toujours plus. Dans une génération, peut-être deux, viendra la parousie. En attendant Godot, on se contorsionne, on fait le dos rond. On a fauché la nation à son peuple. C’est plus que ses économies, c’est sa géographie, c’est son lieu de vie. On l’a déshérité du plus enraciné de ses biens de proximité. On l’a défait de la nation comme d’une propriété privée. La spoliation du pré carré français ne signifie pas autre chose que la fin du droit de posséder son propre destin.