dimanche 11 octobre 2026

L'empathie

Malraux qualifia Mai 68 de "mômerie". Le chahut des bahuts s’est doté d’un slogan épatant. La pancarte des cortèges fait ma joie : « Bloquons tout partout ». C’est une consigne de rue qui n’est pas ambigue. On dirait un résumé de l’immobilité du chantier du stagiaire, de son projet révolutionnaire. Avec lucidité, au milieu des lucioles, la banderole fait le bilan, au mortier des écoles, du péroreur de l’Elysée. Les flics débloquent. Bastonnent les gosses qui font du ramdam, qui jouent du tamtam sur les poubelles. Les flics débloquent trop. Les flics débloquent grave. La gendarmerie manque d’empathie. Ne pas lui jeter la pierre pour autant. Car c’est une génération sacrifiée de policiers qui n’a pas bénéficié de son récent enseignement dans les écoles qui flambent. Le premier ministre, le deuxième ministre, le troisième et toute la smalah jusqu’au trente-sixième, s’empêtrent, se mélangent les pinceaux entre l’école et le gazole. Mais ils s’accordent quand même sur la sainte empathie. « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité » écrivait Simone Weil à Joë Bousquet. Si nos serviteurs de l’Elysée, si pleins d’humilité, n’ont guère lu la philosophe, ils n’en brandissent pas moins le totem de l’empathie comme une publicité, un tic de conformité à la modernité, comme une forme dévoyée de la toute simple attention.

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