samedi 18 avril 2026
Le charme fou d’une femme
L’errance des sons, les péripéties de sens, définissent un lieu de perdition. La littérature trie dans ses ratures : « C’était des gens qu’on voyait puis qu’on n’a plus vus. » Horreur absolue. La divine ivrogne du « Petit Lieutenant ». Nathalie Baye. NB. Nota Bene.
Nathalie Baye est une jeune fille des beaux quartiers qui distrait la princesse Soutzo, avenue Charles-Floquet. L’épouse de Paul Morand s’étiole dans la cécité, choit dans l’ennui, sombre dans la vieillesse. La lectrice dyslexique s’applique à bien restituer le galop des mots, une cadence de roman, un rythme d’épopée.
L’affectueuse danseuse est plus charmante que charmeuse, plus amante qu’amoureuse. Sa gracieuse allure signale une physionomie qui concilie les faux amis, un visage d’hospitalité qui acquiesce avec gentillesse, ne rend jamais la monnaie de sa pièce.
Elle est de plain-pied dans une songeuse cordialité, affiche une franche simplicité. J’étais ébloui par le strabisme affriolant de Karen Black. Je suis ému par la fossette exquise, la parenthèse incisée au coin des lèvres de Nathalie Baye. Elle mord la pommette d’une joue, révèle une sorte de compassion d’accordéon. J’y déchiffre un signe étrange, une signature d’humanité, la vraie plissure de la littérature, le charme fou d’une femme.
Je jette les livres dans les déchetteries. Pas moyen de mettre la main sur un bouquin. Léotard est quelque part dans une mémoire. Il se portraiture, triture une pourriture de clown avec de l’écriture et du rouge de biture. Bouleverse le sang. Un homme à la mer. À la Baye.
Ce texte est extrait de « Fragments d’un sentiment » (5 Sens Editions, novembre 2023)
https://catalogue.5senseditions.ch/fr/recit-de-vie-connaissance/536-fragments-d-un-sentiment.html
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