samedi 17 octobre 2026
Les sortilèges d’une nouvelliste
Un recueil de nouvelles est un bouquet de fleurs, aux éclats disparates, aussi vagabondes qu’un arc-en-ciel. Avec l’index, on extrait une tige, l’une après l’autre, dans le désordre du caprice. On s’éblouit d’une corolle comme on stoppe un regard sur une jolie robe.
On lit une fleur, la déchiffre des yeux. Chaque pétale est une phrase de cristal, l’intense nécessité d’un instant de vérité. On zigzague dans le livre de Laure Fardoulis, comme on farfouille dans un grenier. Les souvenirs jaillissent des coffres, recomposent une vie, évoquent un style, ébauchent une silhouette.
C’est une danse, lentement mûrie, aussi douce qu’une nostalgie, qui s’écrit avec une élégance de gestes, un soin du texte, un sens de l’hospitalité.
Le lecteur s’attable à sa page. Il est l’invité comblé de la romancière, le partenaire élu d’une séductrice, qui excelle au jeu, jette à ses yeux ses sortilèges de nouvelliste.
L’ouvrage côtoie « Feu de braise » sur l’étagère, jouxte Rodogune dans mes admirations. Pas un hasard. L’homme de dos de la nouvelle inaugurale des récits de Laure Fardoulis n’est autre qu’André Pieyre de Mandiargues. Les deux livres voisinent dans une même lumière de somptuosité, dans un temps d’été immobilisé, à merci des pénombres fugitives.
"Les résidents immatures"(Laure Fardoulis, Editions Douro, 2025)
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