Reste que la logique du ratissage large, si elle flatte l'arithmétique dans le sens du poil, se heurte à la nécessité d'ordonner ce beau bouquet d'opinions versatiles en un projet de société qui soit crédible. Décidément, Daniel Cohn-Bendit est incorrigible: il nous refait le coup de "l'imagination au pouvoir".
mardi 16 juin 2009
Conglomérat
Le succès d'Europe Ecologie donne des ailes à Daniel Cohn-Bendit. A tel point qu'il exhorte ses alliés potentiels à copier sa démarche, à s'inspirer de sa méthode iconoclaste. Européen convaincu, le leader vert revendique les bienfaits de l'auberge espagnole. Son mouvement partisan recueille les sans-abri de la politique, les égarés de la société civile. Il est fondé sur l'idée de conglomérat, concept industriel exporté en matière électorale. Europe Ecologie juxtapose les sensibilités les plus hétéroclites comme General Electric fabrique des centrales nucléaires et produit des séries télévisées.
mercredi 10 juin 2009
Liquider Mai 68 ?
A vouloir liquider Mai 68, à vouloir tordre le cou aux idées d'alors, Nicolas Sarkozy a réussi à remettre en selle son fringant leader, rieur sexagénaire reconverti dans le Vert. Du même coup, il marginalise le malheureux chef du Modem, pourtant peu enclin à apprécier l'air du temps libertaire.
Mai 68 a anticipé les réformes sociétales du septennat de Valéry Giscard d'Estaing. Aujourd'hui, le succès des Verts conforte Sarkozy dans sa volonté de surfer sur la vague écologiste. Vrai vainqueur du dernier scrutin, il s'apprête à piller sans vergogne le programme à la mode des amis du vieux Dany. Avec son légendaire aplomb, le chef de l'Etat endosse l'habit neuf de guérisseur de la planète. Il est même capable de faire du bling-bling avec un thème aussi "bobo" que le développement durable.
lundi 8 juin 2009
Les Bartleby de la démocratie
Les électeurs ont privilégié l'abstention, l'action des uns, les convictions des autres. Le débat européen s'embrouillant dans l'illisible, beaucoup ont rechigné à s'y intéresser. La technicité des dossiers, les ententes en coulisse de rivaux d'opérette - s'agissant notamment du mandat de Barroso - et les attaques ad hominem les ont dissuadés de participer au scrutin. D'où l'écrasante victoire des "Bartleby" - du nom du héros d'Herman Melville à la phrase fétiche : "Je préfère ne pas..." - de la démocratie. Reste les 40% de vaillants votants. Ceux-là ont plébiscité les valeureux retrousseurs de manches qui ont vendu l'Europe comme une école de la volonté. L'activisme de la récente présidence française a servi d'illustration à l'argumentaire politique. Sarkozy avait alors mouillé le maillot à la Ribéry. Enfin, le peuple s'est prononcé pour une certaine sincérité écologique, la bonne humeur communicative des messagers de l'apocalypse, la joyeuse campagne d'un éternel étudiant aux convictions européennes solidement enracinées.
Ont été laminés ledit "minable" (dixit Cohn-Bendit), Bayrou trop isolé dans l'isoloir, et le parti socialiste ensommeillé dans sa paresse intellectuelle. Le parti des profs ne travaille plus depuis longtemps. Les électeurs n'apprécient pas la confusion des genres et les erreurs d'échéance. Ils ont sanctionné la politique politicienne, les mots creux et les postures de circonstances. D'où la joie des pêcheurs à la ligne, cent fois plus nombreux que les chasseurs officiels, premier parti de France dans l'instantané du scrutin du 7 juin. D'où la divine surprise des Verts qui en sont bleus, dopés par l'inusable bagout du malin rouquin. D'où l'étonnement d'un parti du président qui redoutait le discrédit.
Dans les vingt-sept pays, les Bartleby de la démocratie ont raflé la mise. Pareil mutisme de masse est indéchiffrable. On fera sans doute parler les muets de l'Union. Sans pour autant percer l'énigme de ces sphynx de scrutin. A compter les voix exprimées, on avancera aussi le succès desdits conservateurs sur les prétendus progressistes. Sur le mode du spectacle plus que de la réalité, la menace incantatoire d'une nature blessée par la culture et l'injonction tous azimuts de l'action volontaire ont triomphé des lancinants discours protestataires.
jeudi 4 juin 2009
Le chef s'abstient
J'examine les bulletins et les tracts enfournés dans l'enveloppe. Les candidats de mon quartier s'y expriment très succinctement, dans une langue assez fruste. Je ne connais aucun des noms imprimés. A vrai dire, l'Europe - l'incontournable Europe ! - ne suscite pas de très impressionnantes vocations. Le Parlement de Strasbourg est une sorte de Sibérie politique où l'on expédie des cohortes d'obscurs en guise de bagnards. Dans leur grande sagesse, les chefs de parti s'abstiennent bien d'y siéger. Carrière nationale oblige. Les électeurs ont bien compris le message. C'est un signal fort pour qu'ils aillent à la pêche.
jeudi 28 mai 2009
Merci Messi
Le football se danse à onze. Les maîtres du ballet s'échangent des caresses de cuir. Iniesta, Messi, Xavi sont des athlètes de poche qui jettent des sortilèges. Les Catalans s'approprient le bonheur du jeu, font luire leur griffe d'auteurs. Ils forcent la chance au gré des circonstances. Ils nous éblouissent au point de faire oublier l'impératif du but. Ils déploient leur talent sur toute la largeur du terrain. A l'occasion, ils expédient le ballon au fond des filets. On se passionne pour ce spectacle vivant, l'oeuvre commune qui se fait au présent, indépendamment du score. La beauté du geste agrippe le regard. Elle dessine une géométrie des corps. Elle rassasie l'oeil comme la contemplation d'une merveille. Merci Messi.
mercredi 27 mai 2009
Fragments
L'anecdote prolifère sur Internet. Les petits bouts de vidéo sont consommés sur le pouce. Le fast food numérique rassasie les fragiles attentions.
L'imprimé privilégie les fragments, les courts récits discontinus, la brièveté d'énoncé. La société se cale sur le pas d'Héraclite. Le travail est cisaillé, décousu, n'est plus éperdu. Les hommes sont hachés menu. Ils errent au bureau de séquence en séquence. L'entreprise se satisfait des miettes. Elle ramasse les éclats du labeur. Le temps des longs enchaînements de signes est révolu. Les rites signalétiques prévalent désormais.
On lit, on écrit, comme on clique. Les yeux clignent comme les lignes. La vitesse s'accommode de petitesse.
mardi 26 mai 2009
Prière
Les arts sont des prières insatisfaites. On peint sur ses plaies. On écrit, on se recueille pour se délivrer du mal. On compose une musique intérieure. Les grottes de Lascaux sont tatouées de terreurs spirituelles. On griffe la matière, on scarifie la peau, on grise le silicium à la recherche d'une communion.
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