mardi 20 octobre 2009

Un mauvais rêve d'abeille

On ne sait pas très bien où on va. Certes, on met le cap sur les Régionales. Avant de foncer sur les Primaires et les Présidentielles. Autant d'escales indiscutables. Mais pour aller où ? On ignore vers quelle destination Nicolas Sarkozy nous achemine. De semaine en semaine, la répétition des discours pointillistes et des réformes ponctuelles brouille toute vision d'ensemble, installe une assez lassante monotonie politique. Le président ne réside nulle part, ne tient pas en place, s'active, s'échine, maigrit, durcit son regard. Il n'a toujours pas terminé son régime d'exercices, sa cure de "ruptures".
S'il ne manque pas de ressort, ce président est dénué de hauteur. Avec lui, on ne voit pas loin. Comme tout le monde, il a été percuté de plein fouet par la crise des subprimes. Au-delà du slogan implicite "Oui, je bosse", décliné à l'envi pour exhorter au travail les plus récalcitrants, le contenu du message présidentiel demeure mince. Le projet de faire de la France une ruche de labeur ne convainc pas d'instinct. Aucune volonté générale n'adhère à ce mauvais rêve d'abeille.
Nicolas Sarkozy appartient à la race des fins politiciens, dans la lignée de François Mitterrand. Son grand écart idéologique, de Martin Hirsch à Philippe de Villiers, son compagnonnage objectif avec Olivier Besancenot, rappellent les patientes manoeuvres du héros de Solutré. Il adore les gadgets, les ors et l'esbroufe, avec le même absolu mauvais goût que l'Auvergnat Giscard. Reste qu'il peine à se projeter au-delà de son ombre, au delà du "quarter" des comptes de résultat, réduisant son ambition politique à la gestion du très court terme. De Gaulle anticipait l'Histoire en reconnaissant la Chine, Pompidou réveillait l'ardeur industrielle du pays, Chirac regardait vers l'Est et le Sud, vers l'Asie et l'Afrique. Sarkozy semble pour l'instant se borner à de la gestuelle anecdotique. Il se fourvoie dans l'inessentiel, rétrécit l'horizon au localisme des Hauts de Seine.
Il est vrai qu'il n'est pas aidé. Aucune résistance nulle part. François Fillon fait tapisserie. L'opposition ne s'oppose qu'à elle-même. De temps en temps, le sémillant Copé risque une vacherie pour détendre l'atmosphère. Le vaniteux Bayrou se mire complaisamment dans la glace. Le théâtral Villepin passe des auditions au cours Simon.
Bref, le plafond politique est bas. Aucune lumière particulière n'est à attendre d'une Europe qui sourit dans le vide, d'un Barroso qui n'éblouit personne. On ne sait pas du tout où on va. A une certaine idée de la France, perdue après de Gaulle, s'ajoute une certaine idée de la fonction présidentielle, soldée sous Sarkozy.

La mort

La mort qui frappe en silence, de manière tacite, avec une précision muette, anéantit le miracle d'un visage, l'embrasement d'un sourire, la grâce d'un regard. Sur la pointe des pieds, elle cambriole les corps. Je ne dispose que d'un pâle outil de mélancolie pour retarder l'oubli. La mémoire recompose comme elle peut, ravive le feu d'une vie sous la forme atténuée du souvenir. Une image intérieure s'est fixée en arrière de la conscience, obligeant au recueillement, jusqu'à mon dernier souffle de vivant.

lundi 19 octobre 2009

Dimanche Douillet

Pas de viol, pas de guerre. Pas de commentaires de sociologue, ni d'exégèse de Kouchner. Pas de pendaison en prison, ni de suicide au travail. Journée sans stress. Journée sans pertes. Juste une petite grève ici ou là à se mettre sous la dent. Journée calme. Dimanche Douillet.

vendredi 16 octobre 2009

Villers l'hiver

On allait à Villers sur Mer, ces dimanches pluvieux d'hiver. On allait chercher nos oiseaux empaillés: bécasse, grive ou colvert. La route était grise, sauf le sourire de papa.
Je regarde la photo. Je vois papa sur le papier comme s'il était pareillement naturalisé. Je me résous mal à cette pensée d'Indien réducteur de têtes. A cette subordination forcée, au ricanement glacé de la reproduction morte.

jeudi 15 octobre 2009

Dans le blanc de la page

Quand je cherche un mot, une cadence, une sonorité de voyelles, je regarde dans le blanc de la page, je fixe le bleu de l'écran. Mes yeux vagabondent dans le vide. Je les retourne en moi-même comme une arme contre soi, en pleine tête. Les bouts de phrase sont des fragments de vertige. La danse des petits dessins hésite. Avant de s'agiter comme un beau diable.

Pas bon wagon

On quitte l'été comme un paradis. On chute dans la rigueur. On sait l'horizon borné par un front sans lumière. On cache son corps engoncé du regard de la misère. La nuit d'hiver pince la chair. On a été raflé, poussé dans un pas bon wagon. Les rêves sont trop loin. Pas moyen de sauter du train saisonnier.

mercredi 14 octobre 2009

Jean sans Peur

Il appartient à la génération iPod. Il brigue la présidence de l'EPAD. Il est le fils du premier magistrat de France. Il ne doute de rien, n'a pas froid aux yeux. Le jeune Sarko travaille plus - 12 heures par jour - pour gagner plus, rapporter gros. Mais ailleurs qu'à l'université où les années ne passent pas vite. Les caciques de la politique voient d'un mauvais oeil ce fier pistonné, tendance UMPère. Haro sur le blondinet ! Notre Jean sans Peur de Neuilly, duc des Hauts de Seine, a vocation à se faire assassiner. Dans notre doux royaume, les querelles d'héritage sont vieilles comme la Guerre de Cent Ans.