mercredi 18 novembre 2009

Sourire chiffonné

Aujourd'hui mercredi. Jour de la brune étudiante. La jeune glacière fripe son visage d'un petit sourire chiffonné. Elle jardine les crèmes dans leurs bacs de couleur. La courbure des dos signale les premières rigueurs d'automne. Les peaux jaunissent à la lueur des néons. Je glisse un minuscule rectangle de chocolat dans un café juste chaud. J'observe la taille des clientes qui s'arrondit, saison après saison. On s'emmitoufle sous les épaisseurs comme on s'empiffre de douceurs.

Vincent pour cent

Marie-Ségolène est incorrigible. Marie-Ségolène, comme les rois et les voleurs, se sent chez elle partout. Nul besoin de la convier à sa table: le couvert de Marie-Ségolène y est disposé d'office. Où qu'elle aille, Marie-Ségolène n'est jamais indésirable. Il y a toujours un coin de nappe pour "le désir d'avenir", une place pour la pauvresse du PS. Sauf aux yeux trop bleus du beau Vincent qui peine à asseoir sa notoriété de prince charmant. Il fait ce qu'il peut pour galvaniser sa popularité de gendre idéal. Les sondages bougent à peine: Vincent pour cent.

lundi 16 novembre 2009

Hugoleador

Il est un grand escogriffe à la mine de moineau dépité. Devant sa cage, l'athlète multiplie les acrobaties. L'homme jette son corps en travers de toute balle hostile. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à l'humoriste Pierre Palmade. Sur sa ligne, il boxe le cuir d'une main sûre de pugiliste. Les filets de Lloris restent inviolés. L'élégant portier des Bleus en a fait voir de toutes les couleurs aux petits hommes verts. Sans péril en sa large demeure, le gardien des ultimes finalités erre comme une âme en peine. Hugoleador tourne en rond dans sa surface. Le gardien à gueule d'ange rêve de haute voltige.

mercredi 11 novembre 2009

Frère et soeur

La rumeur des rues s'est apaisée. Un long silence enveloppe la cité. Les poilus de la "der des der", tout le monde s'en fiche comme de l'an quarante. Les gens du 11 novembre sommeillent chez eux, paressent en attendant le stress du 12. Les guerriers de 14/18 ont le chic de transformer Paris en ville morte. On s'agite un peu du côté de l'arc de triomphe. La télé retransmet la commémoration comme un match de première division. La voix des speakers maintient l'attention. Merkel et Sarkozy s'envoient des fleurs en déposant des gerbes sur la tombe du soldat inconnu. Même taille, même gaucherie. On les dirait frère et soeur.

mardi 10 novembre 2009

Marre du Mur

Ils ont fait le Mur comme un rite iniatique. Ils ont fait le Mur comme une guerre générationnelle. Ils ont fait le Mur comme Mai 68. Ils ont fait le Mur comme les touristes mitraillent la Tour Eiffel. Ils ont fait le Mur comme de médiocres politiciens. Sans vergogne. Ajoutant le mensonge au mensonge, ajoutant leurs tromperies aux forfaits du communisme. Ils ont fait le Mur, le jour approprié, à l'heure politiquement correcte.
Cette course à la première place sur la photo de l'Histoire relève d'une psychologie de cour de récréation. On savait que le pouvoir rendait à moitié fou. Il n'exonère pas de la sottise. Marre du Mur.

lundi 9 novembre 2009

A demeure au Sénat

Les livres sont rangés dans un lieu bien peigné, dans une bibliothèque un peu toc à force d'être d'époque. Nous sommes entre gens du monde. Du grand monde. Alain Minc semble vanter une marque de champagne. Il se réclame de son oeil allumé. La prunelle qui pétille est sa signature de télévision, comme la chemise échancrée du philosophe à trois lettres. Bref, il donne sa définition du brio en montrant sa figure. Les mots suivront comme une caravane qui passe avec son tombereau d'opinions. L'étourdi plagiaire d'un bouquin sur Spinoza glousse de contentement comme une jeune s'extasie devant la glace. Tous les coups bas sont permis. L'effronté reproche à Aron son manque d'éclat. Pas loin du délit de faciès. Elkabach est de mèche, une paume rêveuse entre joue et menton. Il évoque ses prestigieux voisinages de plage à Tanger. Le duo des parleurs se plaît, s'aime beaucoup, passionnément, à la folie, au milieu des notoires notables. Ils effeuillent, caprice après caprice, la marguerite des bonnes fortunes. Ne manque que la Rolex de Séguéla. Les consultants des puissants se sentent à demeure au Sénat.

vendredi 6 novembre 2009

Un continent retrouvé ?

Du temps où la vieille Europe était coupée en deux - comme les guillotinés d'avant 1981 -, on rêvait à un continent retrouvé, à un vaste territoire, riche de ses bariolages nationaux - "sa richesse difficile" disait excellemment Karol Wojtyla -, uni par de communes valeurs humanistes. Or, à cette époque d'effroyable mutilation géopolitique, nul ne se serait interrogé sur l'identité d'une Europe rassemblée. Je me souviens du merveilleux songe de Maurice Clavel, baptisant Prague, capitale de l'Europe. Au nom de la beauté, on raisonnait de travers, on voulait croire aux contes de fée. Mais la brutale réalité s'est refusée aux angéliques lendemains chantants.
L'Europe d'aujourd'hui ne sait, ni ce qu'elle est, ni où elle est. C'est un continent perdu.