mercredi 14 avril 2010

La vie moderne

Ils sont encore jeunes, jouissent d'une bonne situation. Ils ont travaillé dur pour se constituer au fil des années un petit pécule pour leur retraite. Lui, appartient déjà au monde des seniors. Dans deux ans, il aura 57 ans. Il lui faudra choisir: s'arrêter ou continuer, si son employeur ne lui signifie pas son congé. Et allez donc retrouver un job à cet âge canonique !
Stoppé net dans son élan, il lui faudra vivre pleinement une retraite anticipée, courir tous les matins dans les bois sans trop forcer l'été au soleil. Ou bien poursuivre sa tâche, s'acquitter d'honorables besognes, exercer un métier qu'il aime. C'est juste un calcul à faire sur le montant de sa pension future. Il faut qu'il y voie clair sur le nombre de ses trimestres.
Elle, perçoit des droits d'auteur. C'est une artiste à statut précaire. La retraite est une idée lointaine pour les authentiques créateurs. Lui, il s'est confié récemment sur CBS pour évoquer la vie avec elle. "Ils se serrent les coudes". Propos pudique d'un homme qui sait que beaucoup d'autres se serrent la ceinture. Les gens heureux font des jaloux, sécrètent les ragots, attisent les commérages. Lui bon prince, admet que "cela fait partie de la vie moderne".

lundi 12 avril 2010

Le rouleur sans peur

Ils sont fous ces cyclistes, ces cinglés du pavé qui bataillent dans le vent du Nord et la grimace des corps. Il était attendu au coin du bois après son attaque de la trouée d'Arrenberg, huit jours auparavant. Tout à coup, sur la route rectiligne, entre champs verts et ciel gris, l'homme rouge des pavés a fusé. Après l'étourdissante cavalcade du Tour des Flandres, Fabian Cancellara a récidivé comme un malfrat sur Paris-Roubaix.
Une heure durant, le dos courbé sur sa machine, le rouleur sans peur a maintenu à distance la meute des poursuivants. Pas question qu'on lui mordille les jarrets. A l'arrivée, écroulé de fatigue, le champion suisse n'a pas lâché le moindre mot au micro vagabond du speaker. Rien à dire, juste reprendre son souffle et ses esprits, s'en tenir aux premiers gestes. Le blond Helvète a ôté son casque de pistard et jeté un regard bref, noyé d'émotion, à l'indiscrète caméra.
On sentait que l'athlète seul mesurait la dimension de son propre courage. L'oeil de France 2 ne faisait pas de tri dans ses images, filmait dans la routine, peinait à se hisser au-delà du témoignage de rétine.

vendredi 9 avril 2010

La nuit du numérique

Nous sommes à la merci des écrans. Miniature ou géant. Musique sur ordinateur, jeux sur console, images sur téléviseur, écrits sur tablette. Le monde des origines se retranche derrière des écrans d'usine. La nature s'éloigne insensiblement de nous. Les choses de la géographie sont tenues à distance. Le réel est désormais parqué dans son ghetto analogique.
Car les écrans qui protègent du réel tel quel, de son bruit de fond sans signification, nous restituent un écho atténué: des visions et des sons. La nuit du numérique enveloppe l'univers, tombe sur le monde comme une frontière infranchissable.
Hollywood fabrique nos hallucinations. Le divertissement colorie nos écrans sans référent. La création du monde - sujet de notre ancienne contemplation - est supplantée par la récréation permanente, le chahut obligatoire de mille et une productions de substitution.
A l'aube d'un numérique à développement durable, la nature - polluée, humiliée, défigurée - est ignorée comme une vieillerie démodée, une survivance analogique. C'est le temps idolâtre des génies du lieu, le culte des apparitions instantanées, la célébration d'un rite polythéiste à la portée du premier clic.

jeudi 8 avril 2010

La rumeur

Les rôles sont distribués. Rachida Dati, au profil de chipie, est le cerveau du complot. L'ancienne garde des sceaux évente le secret, ébruite la rumeur. Faux. Archifaux. Les démentis pleuvent. Carla, la première dame du pays, vole au secours de Rachida, l'Européenne en plein spleen. " Elle reste tout à fait notre amie".
Biolay, un chanteur couvert de lauriers, porte plainte, à l'écart des micros. Une certaine presse fautive s'excuse auprès du prince, attribue l'erreur à un journaliste du dimanche. Charon, communicateur de profession, Herzog, pilier des prétoires, tempêtent, tonnent, fulminent contre une odieuse tentative de déstabilisation.
Rumeur pour rumeur, on dit même qu'une enquête policière aurait été diligentée. Mais l'actualité heureuse reprend ses droits. La seule et bonne nouvelle qui compte, c'est celle-ci: Il n'y a pas le moindre nuage entre Carla, Nicolas et Rachida. Il a fallu tout ce ramdam pour arriver à cette information qui réjouit les chaumières. La présumée candidate à la mairie de Paris figure parmi les amis - "tout à fait" - du couple élyséen. Rachida ne peut pas rêver de meilleurs gardes du corps.

L'ange gardien

L'acrobate du stade a déployé ses ailes, détourné la tête de Wendel, d'une claquette victorieuse de la paume. L'ange gardien des Rhodaniens a douché les espoirs des rouges Aquitains. Le ballon de Diarra fit frémir le poteau du grand Hugo. Le portier tricolore était battu. On songe à Gordon Banks, à Lev Yachine. On rêve d'une finale avec Lloris, seul sur sa ligne, face au diablotin argentin, au génie enfantin de Messi.

mardi 6 avril 2010

Pédophobe

Le mot "pédophile" désigne mal son objet. Il dit le contraire de ce qu'il prétend définir. L'opinion courante veut qu'il qualifie toute personne abusant sexuellement un enfant. Or il saute aux yeux qu'un tel individu n'aime pas les enfants. Il les méprise au point d'exploiter leur fragilité et de profiter de leur vulnérabilité.
C'est pourquoi il conviendrait de renoncer au terme de pédophile pour lui substituer celui de "pédophobe". Le violeur d'enfants maltraite ceux-là parmi les hommes qui ne parlent pas, au sens latin d'"infans". D'où ce lourd silence sur les crimes de l'enfance.

jeudi 1 avril 2010

SécUSA

Le président français s'est exprimé librement, presque vulgairement, devant un parterre d'étudiants américains. Il a usé de grosses ficelles. Il a raillé la tardive refonte du système de santé avalisé par Washington.
Dans le même sourire, un rien goguenard, sur le ton badin d'une indélicate plaisanterie, Nicolas Sarkozy, brouillé avec les chiffres, s'est prévalu d'un modèle français vieux de "cinquante ans". A ma connaissance, qui est celle de tous, la Sécurité Sociale date de 1945. A moins que l'actuel président s'imagine encore en 1995 et se prenne pour Jacques Chirac.