mercredi 28 avril 2010

Silja line

Feu vert des grands manitous de l'air. Dans le ciel ouvert, les jets marchent comme sur des roulettes. Par l'oeilleton de l'avion, on suit les pointillés des territoires de la Baltique. Nuit noire à terre. Défile en auto l'écorce tigrée des bois de bouleaux.
Bleu de joie au réveil sur la joue du grand ciel. Viking le rouge est accosté face à Silja, gros bateau jumeau à bande azurée. Sonnerie du fils et clap de fête. Finie l'attente égarée, le tremblé d'un improbable récit. L'histoire commence au lieu précis des retrouvailles devant le plein soleil d'Helsinki.

vendredi 23 avril 2010

Visibilité

Visibilité. L'habileté de la visibilité. Occuper une certaine surface de spectacle, un volume médiatique. Notre bondissant président, sorte de "patte à ressort" de bande dessinée, ne se cache pas derrière son petit doigt. Il occupe à temps plein son carré de lumière, ses quarts d'heure cumulés de warholienne célébrité.
Il rabroue les petits malins qui pervertissent le code rituel du bain de foule et ses éclaboussures de main tendue. Or la visibilité rapetisse l'imagination, désenchante le rêve. Elle s'interdit la poésie de l'absence. Elle déboulonne même les statues. Depuis Hegel, relayé par de Gaulle, on sait qu'il n'est de grand homme pour son valet. Le retrait, la réserve, la pudeur, le manque sont des trucs de pouvoir auxquels Sarkozy dédaigne de consentir. Il vit sous la dépendance de la publicité, drogué de visibilité, adonné à l'obscénité de la scène.
Or Dieu lui-même, le roi des rois, s'exempte du monde. Il s'exclut du grand jour. Il tient sa gloire de son invisibilité. Il magnifie l'obscurité des pauvres. C'est une leçon de pouvoir.

Les yeux revolver

La femme à la burqa a des yeux revolver. Elle a enseveli son corps dans un drap funèbre. Elle est morte au regard d'autrui. Son voile est fendu d'une mince meurtrière, d'où ses deux yeux sentinelle guettent la lumière du soleil. Ce corps château-fort est retranché du monde des visages à découvert. Il est masqué dans la cité. Il nie le face à face de la reconnaissance, de la confiance, de la plus simple des relations humaines. Il se mure dans le murmure intérieur, dans un drapé privé. Il se rétracte dans une posture de contre-attaque.
La femme à la burqa s'exonère du premier geste éthique d'un visage exposé, d'une tête identifiée dans la faiblesse et l'humilité de sa nudité. Emmanuel Lévinas nous enseigne l'enjeu moral, la signification anthropologique de ce visage-là: "Tu ne tueras pas".
La femme à la burqa rompt ce pacte minimal des hommes entre eux, fragilise une société qui craint la violence comme la peste. Si la femme à la burqa consent à dévoiler l'ovale de son visage, elle renonce au soupçon de ses yeux revolver.

lundi 19 avril 2010

Eloge de l'auto

En ces temps d'écologie totalitaire et de tyrannie de la verdure, le coup de cendres d'un petit volcan d'Islande a suffi à requinquer le secteur fragilisé de l'automobile. La pollution du ciel a donné un coup de fouet à l'industrie du pot d'échappement. Nos avions sont désailés et nos rails entravés. Reste la bagnole et son sympathique panache de fumée. Les loueurs de voiture sont sur un petit nuage.
L'auto est une idée neuve, réhabilitée par les cheminots apathiques et l'éruption volcanique. L'automobiliste, dépouillé de ses oripeaux de chauffard et de prédateur, retrouve sa dignité d'homme libre.

vendredi 16 avril 2010

Vulcain l'Islandais

C'est un enfant qui joue qui décide du cours du monde. C'est un roi sans divertissement qui s'amuse avec des riens, qui agite quelques cendres. C'est un volcan d'Islande qui nous tire la langue. Il crache de la braise, jette ses raclures dans l'azur. Il vomit les restes enterrés de l'histoire de l'humanité. C'est un cracheur de feu, un personnage de La Strada, un énergumène de foire qui délie ses fers, un ancêtre éructant qui fait pleuvoir ses vieilles dents.
C'est Vulcain le terroriste qui exprime sa nature en mangeant sa progéniture. Il fiche la frousse à nos avions, ronge l'os de leurs carlingues. Ben Laden, l'invisible ennemi, ne serait-il qu'un volcan mal endormi qui se réveille à l'instant ?.
Vulcain l'Islandais a fait peur aux moteurs de l'avion de 7h40. J'ai imprimé mon billet électronique, place réservée 20 C. Les chefs de Roissy ont annulé le vol d'Helsinki de peur qu'il ne dégringole. Sur les images de tous écrans, on voit un gros champignon, aux relents atomiques, qui dérive sur la passive Europe. Vulcain l'Islandais sait dessiner des nuages à grosses joues. Il fait des moustaches sur le ciel des avions. C'est Vulcain l'Islandais, avec sa trogne des mauvais jours, qui commande la manoeuvre.

jeudi 15 avril 2010

Les bords du maire

Réhabiliter le vélo aux abords de l'eau, la "petite reine" le long de la Seine, la flânerie sur les berges de Paris. Substituer le piéton mobile à l'automobile. Attirer le passant et son coquillage cellulaire à l'oreille. Le laisser imaginer le bruit de la mer, l'autoriser à vagabonder dans des lieux bondés. Faire du fleuve une attraction marchande, un parc à thèmes à l'usage des bourgeois bohèmes. Le border d'une grande Promenade des Anglais avec des joggers à jugulaire, pleins de fils autour du cou.
Inventer le lien social fleuve. Le promeneur sera à demeure le long du golfe clair. Il actionnera sa machine à désennuyer, son petit portable rectangulaire, son bidule domestique qu'il sort tous les dimanches de la semaine. Cela fera du bien de se parler.

mercredi 14 avril 2010

Economique ou soigné ?

Les idées du parti socialiste sont traditionnellement taxées d'angélisme par la droite. Malgré ses stocks de professeurs en magasin, le parti de Jaurès serait toujours fâché avec l'économie.
Martine Aubry, impatiente de fabriquer un projet, a sorti de son chapeau un mot nouveau destiné à moderniser le lexique de la rue de Solferino: "Care", soin ou sollicitude en langue du pays.
Il est vrai que "la société du soin" est une formule simple, faute d'être claire, qui devrait plaire à l'opinion. Elle touche l'imaginaire collectif. En effet, tout célibataire s'est un jour ou l'autre résigné à franchir le seuil d'une blanchisserie. Il a posé son linge sur le comptoir. La dame du pressing l'a questionné droit dans les yeux: "Economique ou soigné ?".
Le parti socialiste souhaite tordre le cou à l'économique, vite fait, low cost et bas de gamme, au nom d'un nouveau monde à bâtir, luxueux, plus soigné, mieux repassé.