Une Europe requinquée, c'est l'amalgame réussi des grands pays et des petites nations, la voix forte des peuples qui s'accordent sur un même horizon. D'où l'ardente obligation d'allier les contraires, l'eau et le feu, la démocratie et la gouvernance de l'Union. L'Amérique et l'Asie nous regardent de haut. Ils nous snobent: Obama aujourd'hui, Rumsfeld hier. L'heure est venue de nous redresser pour les voir à nouveau, les yeux dans les yeux. Sans arrogance ni complexe. "La vieille Europe" n'a pas dit son dernier mot. Elle doit le prononcer, debout face aux deux empires d'Orient et d'Occident, sans baisser ni sa garde ni son visage. Il y a 70 ans, de Gaulle appelait à résister, à forcer son destin. C'est au tour maintenant de l'Europe de se ressaisir et de choisir elle-même son avenir.
mercredi 5 mai 2010
Debout l'Europe !
Desserrer l'étau. Sortir de l'euro. Renoncer. Les vieux démons démangent l'Europe. La défaillance grecque exhorte au rebond. Il est temps que ce continent senior retrouve un job à la hauteur de ses ambitions passées. Qu'il serre les rangs dans l'épreuve. Il lui faut à nouveau peser sur le monde, ne pas se reposer, recommencer à inventer l'avenir.
mardi 4 mai 2010
Hadot/Ernaux
Mort de Pierre Hadot. Reconnaissance pour ses livres de philosophie, aussi instruits qu'érudits, qui rassasient comme un fruit, d'une écriture aussi claire que l'eau vive.
Par petits bouts, puis tout haut - la seule manière d'en avoir le coeur net - dans ma chambre d'Helsinki, je m'émerveille de la justesse de mots d'Annie Ernaux. Je lis sans hâte. "Les Années" passent parmi les temps morts de l'ennui. C'est l'ouvrage d'une vie, le récit légendé d'un album de photos. L'auteur se dévisage sur de vieux clichés, témoigne d'une enfance d'après-guerre, des gens sans gloire d'une France d'espoir.
C'est mille fois mieux qu'un traité de sociologie boutonneux, qu'un tissu de gros mots jargonneux. La littérature éclaire l'époque là où la science autoritaire bricole du toc.
lundi 3 mai 2010
Une cordée désaccordée
L'Europe est une équipée à risques, une cordée désaccordée. A la première Grèce venue qui dévisse, les alpinistes de tête s'interrogent sur les vertus du secourisme. Ils apprécient le renfort d'une deuxième cordée lointaine, idéale pour sauver les apparences d'une bonne entente. Le Fmi, très américano-centriste, fera l'essentiel du job. Athènes est désormais jumelée à Washington.
On dit qu'en altitude la raréfaction de l'oxygène conduit les hommes à se désolidariser, à renier tout altruisme, à s'échapper vers un destin solitaire d'individus réfractaires à la main tendue.
On peut se demander si le fléchissement de la prospérité qui sanctionne les politiques d'abandon de nombreux territoires méridionaux du Vieux Continent ne provoque pas un même réflexe immunitaire d'auto-défense des bons élèves du Nord.
L'empathie communautaire ne s'exprime alors que du bout des lèvres. L'attelage brinquebale. Il est fait de bric et de broc, de cracks et de cancres. Il est à craindre que toute la cordée européenne ne chute dans le vide à tirer à hue et à dia.
Le blouson de la compassion
Obama en blouson a inscrit la Louisiane sur son agenda. Il est solennel et fraternel devant la catastrophe industrielle. Il discourt, droit comme un golfeur, sous les bourrasques de pluie. Il est douché par l'événement, trempé jusqu'au cou. Il grimace à peine, cligne des yeux quand même.
Il parle avec calme, regarde à droite, regarde à gauche, de manière pendulaire, doucement endormante, offre son visage au public, sa diction d'exception jusqu'à l'extinction des mots de circonstance.
Il méprise l'hostilité des éléments, rechigne au luxe d'une parapluie. La compassion exige un minimum de bravoure. Elle réclame d'en prendre plein la figure, d'être habillé en tenue de villégiature, d'être vêtu avec retenue. La compassion pour la Louisiane est la B.A. d'Obama, la bonne action du grand sachem des victimes, le boniment d'usage du président impuissant, la posture nécessaire du gouvernant publicitaire.
vendredi 30 avril 2010
Sainte Anne
On voit des fous, lents et muets, violents et langues déliées, nus et éperdus, prostrés sur un lit défait, en chiens de fusil. Ils quémandent une cigarette qu'on leur accorde sur leur bonne tête. Un ballet de blouses blanches tournoie autour des draps, neutralise l'errance d'une voix grondante, s'active à redresser l'erreur des corps.
L'aliéné et l'infirmier marchandent leur intégrité comme deux boutiquiers en tablier. Le fou s'apprivoise par le truchement du médicament. Il se révolte à mesure qu'on le domestique. Il saisit sa liberté, l'impose au silence létal de l'hôpital, joue son va-tout d'homme fou.
Ces corps de cristal sont des acteurs fulgurants, souverains de démesure, qui empoignent à pleine main leur condition. Ils relèguent les professionnels de la comédie dans leur petite cour de récréation. Ils sont incarcérés dans une hospitalité négociée à longueur de journée. La télévision les dévoile, avec l'obscénité de la pleine santé. Dans programme, il y a "âme". Arte a squatté les couloirs de Sainte Anne, parmi les ombres et les regards d'homme.
jeudi 29 avril 2010
Identité française ?
L'identité est passée à la trappe. On ne saura pas la fin du film. On ne saura pas, sacrénom, ce que c'est d'être français. On collectera seulement, ici et là, quelques bribes d'information.
Le Gaulois du temps présent, celui des lois sur la burqa, n'est pas polygame. Ils ont vérifié en haut lieu. Avec de pareilles données, on commençait bien le débat. La rhétorique de l'identité tournait rond. Mais M. Besson, le chef de mission, a baissé pavillon, censure l'opinion, n'organise plus de réunion de préfecture. On nous a volé un grand projet, chipé nos papiers d'identité enfin déchiffrés.
Menterie
Les hommes de pouvoir sont des menteurs. Gordon Brown injurie dans son for intérieur, micro ouvert, traite par dessus la jambe la brave électrice de son parti, amadouée par un sourire travailliste.
Les banquiers sont des menteurs, de fieffés dissimulateurs. Ils vivent sur un grand pied de leur mendicité dramatisée.
Les Grecs sont des menteurs. Ils ont maquillé leurs comptes, grimé leur profil de médaille.
Les volcans d'Islande sont des menteurs. Ils ont emmené en bateau tous les avions du Vieux Continent. Ils ont craché des sornettes dans la tête des chefs de bureau du ciel.
Freud est un menteur. Son biographe l'écrit sans peur, noir sur blanc. Bref, le marketing est l'école de la menterie ordinaire, l'institut de formation où se fabrique notre civilisation. Faute de grands songes à partager, l'actualité de ce temps se contente de petits mensonges.
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