mercredi 13 octobre 2010

Le sénateur et le député

L'invective fleurit ici et là comme un réflexe de métier, une seconde nature. L'insulte arbitre les débats. Les hommes politiques, gens des villes par étymologie, ne sont - par les temps qui courent - ni très policés ni très urbains. Ils giflent la démocratie en toute impunité.
Jean-Luc Mélenchon traite les journalistes par dessus la jambe, taxe l'un d'entre eux de "salaud", de "larbin". Arnaud Montebourg qualifie un grand média de "chaîne délinquante".
Le sénateur et le député, orfèvres en mouvements de menton, donnent une bien piètre image de la représentation nationale. Ils confondent "faire peuple" et "faire vulgaire". La démocratie parlementaire n'est pas une criée de braillardes poissonnières.

mardi 12 octobre 2010

La grive

Catalogue de livres rares. La librairie Privat m'a adressé deux grands feuillets en papier glacé. Y figurent des ouvrages de chasse. J'ai coché d'une croix un vieux numéro de la revue trimestrielle La Grive. C'est un oiseau que j'affectionne, que j'ai observé avec piété dans les ciels d'automne. Fusils cassés avec mon père, en lisière de La Papillonnière, nous nous postions derrière les hêtres, sans autre mot que des regards. A petits cris, les grives surgissaient de l'horizon. Nous tirions deux cartouches, l'un et l'autre. L'oiseau chutait dans l'allée. Nous saisissions ses plumes fines dans notre paume assassine.
Je vais, boulevard Haussmann, droit vers mon père, son sourire de bonté, les années d'innocence et de déchirante complicité. La librairie m'attend au tournant, au tourment de mes souvenirs.

lundi 11 octobre 2010

Bête de télé

Après "Face aux Français" sur France 2 et "Le Grand Jury" sur LCI, Jean-Luc Mélenchon passe à la vitesse supérieure: "Vivement dimanche", l'émission dominicale de Michel Drucker, brevet de la légitimité people. Il joue désormais dans la cour des grands. Promotion de bouquin aux petits oignons. Plan média d'homme de métier. Mélenchon est un bon client, grognon juste ce qu'il faut.
Ce Pialat de la politique crache dans la soupe avec un art consommé. Mélenchon ronchonne avec talent. Mélenchon rabroue les journalistes, fustige les connivences de corporation, houspille les questionneurs complaisants. Il croise le fer avec la terre entière. Il s'exprime dans un parler fleuri, mélange de Jean-Marie Le Pen et de Georges Marchais. Sa verve littéraire et son brio tribunicien éclipsent l'extravagance du message délivré. Il crève l'écran, émeut l'opinion, réveille la torpeur des toquechauds bienséants. A force de distribuer les noms d'oiseau à la volée, Mélenchon est désormais une vraie bête de télé.

jeudi 7 octobre 2010

Lié et humilié

Le ministre a expédié sa lettre de démission à une publication de presse. Il se trompe d'employeur. Il se ravise. Il s'empresse de rappeler sa loyauté au président qui l'a fait roi, majesté du Quai d'Orsay. Il est lié et humilié. Le ministre humanitaire s'enferre. Kouchner est au bord de la crise de nerfs. Son profil de médaille s'écaille. La belle âme a le vague à l'âme.

mercredi 6 octobre 2010

Criailleries de foire

Evangiles selon Luc et Jean-Luc. Bonne parole de people. Ferry ferraille, secoué de tics réprobateurs, maugrée, opine du chef, pince ses lèvres l'oeil noir. Mélenchon ronchonne, s'emballe tout à trac, s'exalte, sourit d'aise, désarçonne le questionneur, s'octroie la posture du raisonneur récalcitrant.
"Face aux Français", ces deux gladiateurs de plateaux s'en sont donnés à coeur joie. Leurs criailleries de foire, cols déboutonnés, n'ont enchanté qu'eux-mêmes. L'émission de France 2 n'offusqua que Guillaume Durand, son premier officiant. Ferry cala l'art moderne dans sa ligne de mire. D'un mot, il déboulonna la statue du vénérable Picasso. L'animateur, groggy, était KO debout.

Serres-tête

Biogée consacre la souveraineté de pensée de Michel Serres. Ce livre iconoclaste bouscule les genres, chahute les règnes, balaie les règles de bienséance intellectuelle. Il est tissé, phrase à phrase, au plus près des vifs du bas-monde, d'après motif au grand air de la mer et des ciels.
Il brouille les pistes, mélange péripéties de la vie, racontars de bonne femme, rigueur mythique et philosophie d'amour. C'est une oeuvre pleine à craquer, gorgée de suc et de miel, fraîche et neuve, qui remue les entrailles et agite le cortex.
Chef d'oeuvre par la manière et la matière, Biogée nécessite patience de lecture, impatience de relecture. Il ne se donne qu'à l'authentique travailleur de la raison. Ce délectable ouvrage souffle un grand vent d'aventure sur l'énigme à déchiffrer de nos vies. On peine à quitter pareille facture d'excellence artisanale. On veut préserver le précieux bouquin des contraintes du quotidien, le cantonner à portée de main. On revendique sa compagnie comme un luxe.

mardi 5 octobre 2010

Négresco

Elle claudique sous la verrière d'Eiffel, jette un oeil vers le ciel. Jeanne Augier déambule parmi ses bibelots, trimbale sa vieillesse dans ses meubles. Elle demeure en plein coup de coeur, habite un gîte de folie.
Les six étages du Négresco dévoilent son genre de beauté, toiles des couloirs pêle-mêle, mobilier de collection, chambres fastueuses sur la mer de tous les bleus. On séjourne au palais dans un luxe attentionné. La glorieuse Nana, peinturlurée comme un perroquet, esquisse un pas de patineuse. Elle gravite autour des yeux écarquillés. L'emblématique sculpture veille à la démesure du lieu.