lundi 19 septembre 2011

France/Canada

Rugby sans champagne. Canada dry de match. Trop d'eau sur la pelouse. Peu de passes et pourtant des espaces. Le rugby est interdit de pétiller.
Ironie du sort. Traille, la calamiteuse passoire du quinze tricolore, se taille un chemin dans la défense canadienne. Traille errait à l'arrière. Lent, pataud, emprunté. Traille était une sorte de treuil inutile. Piètre bilan: plus d'erreurs que d'essais. Traille est une mitraillette enrayée.
Fini les bévues: Traille en met plein la vue. Il déborde en ailier, repique vers l'intérieur et marque entre les perches. Essai de trois-quart, de "furia francese". Ouf !"Try" se rappelle au bon souvenir de son patronyme.

Domino Blanc

Dominique Blanc. Domino blanc. Toutes les couleurs, toutes les valeurs, toutes les douleurs.
La comédienne est chez elle dans son atelier. Elle forge du théâtre. Elle fabrique du Duras. C'est un texte clinique, sans beauté ni musique. Obsessionnel comme le fiel.
Dominique Blanc récite les mots comme on écosse des haricots. Le théâtre gît dans son tablier.
Elle sait la dignité du simple. L'actrice administre sa leçon de diction. Elle maîtrise l'émotion, sait la garer des flammes. Elle éraille sa voix d'une juste sobriété. Dominique Blanc stoppe la dégoulinade, évacue la fausse morale. L'hémorragie durassienne n'est pas la sienne. Elle évoque "La Douleur", en dissipe la lourdeur.
Elle va d'une table à l'autre, se recroqueville sur un banc de hall. Elle se meut sur scène avec une élégance de bête souveraine. Son métier d'artiste, texte et geste, vient des chevilles.

La Tour Eiffel dans le dos

Parler. Trier dans ses idées. Identifier le mot qu'il faut. Pas faiblesse, ni manquement, mais faute. "Faute morale". Moment d'égarement éthique. Pas rien. Les chrétiens disent péché.
L'homme qui parle à Claire Chazal, avec la Tour Eiffel dans le dos, s'auto-flagelle. Il tente le tout pour le tout, la contrition rédemptrice. Il use d'une communication millimétrée pour recueillir un pardon.
Fausse modestie d'un homme "pas fier". Surjeu du masque glabre, lèvres pincées, dans le droit fil du visage las du prévenu new-yorkais menotté. Il faut gommer des consciences le sourire de champion, place des Vosges.
Mue progressive d'une figure qui s'anime et se cale derrière l'autorité du procureur américain. Métamorphose finale du regard à l'évocation de la crise internationale. L'homme est requinqué, redevient doctoral, professe ses convictions avec aisance et persuasion. Le tempo des mots s'accélère.
La stratégie de l'aveu a déblayé le terrain. L'expert de la nation exécute sa partition. Il est consulté. Il est relégitimé. Il fait étalage de sa proverbiale compétence.
Reste que l'homme incarne plus que jamais un socialisme patricien. Version cosmopolite du radicalisme à la Baylet, à l'ancienne, sans l'accent et le cassoulet.

vendredi 16 septembre 2011

Vent debout

Ils sont debout. Vent debout. Car les mots prononcés ne sont jamais que des sons jetés dans un souffle. "Paroles, paroles" à la Dalida. "Words, words, always words", à la Shakespeare.
Ils sont debout. Questionnés par le maître sourcilleux, à sourcil broussailleux. A leur pupitre, faute de tableau, ils récitent la leçon de morale. Ou de politique, allez savoir.
Ils sont debout. Nous sommes assis. On les accuse de quoi au juste ? Ils sont debout. Baylet, Aubry, Hollande jouent les notables de province avec un naturel suspect. Valls revendique, montre ses crocs de jeune chiot, fait teigneux, se situe dans le registre du sportif motivé.
Montebourg s'écoute parler, s'exprime avec une condescendance de hobereau, familier du barreau. Royal sourit, du rouge sur les pommettes, s'égare dans le décousu de ses réparties.
Ils sont debout. Vent debout comme des gouvernants. Comme Sarkozy à Benghazi. "Vive la Libye libre !". On songe à de Gaulle au Québec, à de Gaulle dans ses conférences de presse. Manque à nos petits généraux le talent théâtral du grand Charles.

mardi 13 septembre 2011

Porteur de valises

J'ai décidé d'ôter le masque, d'écrire à visage découvert. Je suis porteur de valises de profession. J'exerce depuis quatre décennies. C'est un métier usant. Chaque année, plusieurs fois dans l'année, je remets une mallette pleine à la Direction Générale des Impôts. Elle est bourrée d'euros. Sous le manteau, je finance la campagne de Bercy. Pas le temps de chômer: leurs élections sont annuelles.
Si jamais j'ai la mémoire qui flanche, si d'aventure je regimbe, si j'oublie les liasses, je suis un homme mort, je suis dans la ligne de mire d'une justice impitoyable.

Grotte Chauvet

Dans la pierre gît le merveilleux. Falaise d'Ardèche à mille crocs brandis. Les entrailles sont noires d'entailles. Parois peintes comme des corps. La torche anime l'animal mural.
Hennissement du dernier des quatre chevaux. Guernica, toile de faussaire.
Bigarrures de paumes rouges. Traces de peur. Herzog n'a plus vingt ans. La grotte conserve sa longue fraîcheur. Herzog a remisé ses skis, renoncé à sa première folie. Il rate la ferveur endiablée de la communion pariétale.
L'homme est trop distinct au voisinage des règnes indissociés. L'ours ou le loup, la panthère ou le rhinocéros n'ont d'autre identité qu'une frayeur floue. Ils dansent sous la dictée du feu.
Au commencement était le corps scarifié. Ballet de chair sculpté. Avec des voix, des cris, des psaumes qui rythment le temps des rouges visions nocturnes. L'odeur de grotte saisit l'esprit et brouille les pistes.

lundi 12 septembre 2011

En manque de pouvoir

Le pouvoir est une drogue dure qui embastille les chefs d'Etat. Dans le temps où ils prônent l'indépendance nationale, ils sont eux-mêmes emprisonnés dans une geôle.
Le pouvoir est un pompon, une illusion. A l'instant de le quitter commence l'enfer du manque.
Le pouvoir est l'antichambre de la mort. De Gaulle meurt un an après son majestueux départ.
Mitterrand, suiviste en tout du général abhorré, ne survit pas plus longtemps aux adieux élyséens. Dans l'intervalle, l'exercice du pouvoir aura neutralisé les ravages d'un mal fatal.
Chirac est en plein naufrage. En bout de course, il avait confié qu'il y aurait "un après, et puis la mort ". Il pressentait le pire. Sa mémoire s'est aujourd'hui dérobée.
Pompidou a souffert le martyre. Il est mort en scène, dévoré par le pouvoir. Reste le cas Giscard. Le fringant vieillard exhibe trois décennies d'exil au compteur. L'homme se porte comme un charme: toujours intelligent, brillant, méchant. Ce président dur à cuire, si différent de son peuple, est préservé par la vanité. Le pouvoir lui appartient d'autorité: il y habite à demeure.