vendredi 18 janvier 2013

La guerre du désert

La grande rixe du désert est née d'un affront terroriste. L'armée d'Alger mate dans le sang les pirates des sables. Le bruit et la fureur strient le silence des dunes. L'horizontalité des corps suspend la parole de mort.
On ne sait rien. On imagine un démentiel tumulte sous des ciels sublimes. Au-delà des mots, il y a les soldats du Mali. Nos hommes rivalisent de bravoure. Ils ont peur de périr.
Car la question du mourir distord les conditions du corps-à-corps. L'islamiste ne craint pas les gouffres. Il est envoûté par un vertige de néant. Allah jacta est. Il brûle sa vie par les deux bouts du fusil. Il se jette à la mort, au plus fort de sa gloire. Il y acquiert l'éternité d'une sainteté.
Peu importe le nombre des combattants. Nos bidasses craignent pour leur tas d'os. Le devoir national motive moins qu'un ciel sacrificiel. La guerre du désert oppose la ferveur à la peur, la religion à la nation. C'est pas gagné.

jeudi 17 janvier 2013

La blouse d'urgentiste

Honni soit qui Mali pense. Hollande fait écho à la peur de Bamako. Il endosse la blouse d'urgentiste face aux islamistes. Les capitales du Vieux Continent n'expédient que des petits mots affectueux pour le nouvel an. Ils présentent à nos soldats leurs meilleurs voeux.
Mourir pour le Mali n'exalte guère une Europe désunie. Le changement, c'est maintenant. Nous bougeons nos chars. Demain sera trop tard. Le Mali révèle l'impéritie de nos amis.
Les combattants français parent au plus pressé. La guerre est une porte vers l'enfer. Les représailles mûrissent au soleil. Le conflit s'étend à l'Algérie. On nomme otage la monnaie d'échange de pareil engrenage.
Hollande imprime sa volonté de ne pas flancher. Il crie dans le désert. Solitude du gardien de but au moment du pénalty. Le portier tricolore se remémore les mots de Peter Handke.
N'a-t-il pas plongé trop tôt ? Cédant au complexe d'une prétendue mollesse.

mercredi 16 janvier 2013

Travail, famille, nation

La nation était la terre des familles où naissaient les rejetons des lignées. Les aléas de la géographie et les fracas politiques en définissaient les contours stabilisés. La paix fixait des frontières d'enjeu guerrier.
Ce campement de groupes humains liés par le sang, au même parler venu des mères, partageait une sorte de sentiment. National, patriotique, clanique. Il s'enrichissait de la liberté d'adopter, accueillait des étrangers, franchisseurs de limites, échappés d'autres sédentarités. La nation métissée prospérait de ses sangs mêlés.
Le mode de production et d'échange économique s'est développé au point d'exiger une mobilité généralisée de la société. Les techniques de communication ont périmé les frontières, provincialisé la nation. Vu d'avion, le monde fait bloc, boule de solidarité. La culture se calque sur une nature sans couture.
D'où les adieux de Depardieu. Le citoyen du monde s'exile du clocher où il est né. Nous sommes des Depardieu sans feu ni lieu. L'indistinction des nations brouille les couleurs, la palette chromatique de la ronde mappemonde. On n'y voit plus que du bleu. "La terre est bleue comme une orange". Eluard, en poète cosmonaute, identifie la seule citoyenneté qui vaille.
La famille miniaturise la nation. Les aléas de la vie et le fracas des passions en altèrent la solidité. Le lien sentimental a fragilisé les vieilles unions patrimoniales. La famille est fendue comme les murs d'une demeure. La famille s'éparpille. La tapisserie s'effiloche. On ne sait recoudre les trous de mémoire. La famille se recompose à l'infini, persévère dans le fiasco.
Corps obsolète, la famille ballotte comme une marionnette victime de ses passions. "Le mariage pour tous" la ramasse à la petite cuiller, moribonde, les deux pieds dans la tombe. Papa et maman ont fait leur temps. Ce nouvel agrégat élargit le concept traditionnel de la famille, un peu comme l'union européenne supplée au désamour de la nation.
"L'inverti" selon Proust se convertit au mariage de bourgeoisie. La marge annexe la page. Guigne les conforts de l'institution. "Les chevaliers de la manchette" - la plaisante expression figure dans Les Confessions de Rousseau (Pléiade, page 69) - revendiquent le droit d'adopter garçonnets et fillettes. Visent une respectabilité de chefs de famille.
S'aimer, s'aimer soi-même, cela n'est jamais qu'aimer pareil. La vie vient de sexes indivis. On abandonne leur partition comme on se libère d'une nation. Le brouillage des paysages sexués fait écho au gommage des territoires à drapeaux. La confusion des genres s'apparente à la fin des nations. On n'y voit plus que du même.
Il n'y a qu'un seul métier. Orfèvre. Tous les autres travaux sont des courbures d'imposteurs. Le travail s'est détaché de l'élaboré. Travail détravaillé comme on dit café décaféiné. Le travail fatigue parce qu'il ennuie. On ne donne plus de travail car il n'est pas très donnable. On ne l'octroie qu'au Chinois. A la machine par surcroît.
La mort du travail, créateur de merveilles, inaugure le règne des besognes sans vergogne et des labeurs sans honneur. Mélasse de masse. On n'y voit plus que du toc. On n'y voit plus que du low cost. Monde morne et monotone, sans travail, sans famille, sans "patrie". Exit les grigris d'Emmanuel Berl. Notre quotidien, fait de mauvais pain, s'abreuve des anti-discours de Pétain.

lundi 14 janvier 2013

Finir au Havre

"Loin du parler français, je meurs". L'écrivain du Voyage n'a pas la bougeotte. Il réside en sa langue. Ce propos testamentaire a pour destinataire Albert Paraz. Au théâtre de l'Oeuvre, un comédien artisan s'approprie le texte célinien, éructe du Bardamu.
On est ému par la délicatesse de phrase. On tend l'oreille. On se délecte de somptuosités pareilles. Balmer nous embarque. On décolle de terre. Céline volontaire à la guerre. Céline condamné à l'enfer. Céline aux colonies. Céline et Lola. Céline et Molly. Céline sans le sou dans "la ville debout". Céline toubib à la Garenne-Clichy.
On feuillette les albums de Ferdinand. C'est Tintin au pays du pétrin. Tintin ballon: Ferdinand en sait long sur la misère, les chienneries et la mort. Molly la douce almée, une féerie par erreur, illumine les beaux draps. Bardamu déconne avec sa songerie d'infini.
La jeunesse sent l'automne. C'est "l'entrain de la vieillesse". Dans sa soixantaine brève, Céline parla d'en finir. La mutité devant la majesté. S'asseoir devant le soir. Regarder les bateaux. "Finir au Havre".
Balmer joue la crapule avec scrupule. Manquent la fièvre et le phrasé raffiné. Céline se lit chez soi, hors jeu, sans effet de mâchoire, comme un recueil de noires prières.

dimanche 13 janvier 2013

Un bruit de bouchon

Dans le dîner en ville, je suis gêné par la lumière. Je redoute la stratégie de l'éclat destinée à fuir l'ennui. Décor vitaminé. Ambiance de dents jaunes, rires à caries, haleine de mandarine pourrie. Conversation de mains moites et bon ton du salon. Je rêve de graillon.
On mâche ses mots comme une viande avariée. Cas d'école du vêtement qui colle. Un bruit de bouchon éveille du songe creux. Le temps frappe à la tempe.
Je patiente cent sept ans dans une salle de ramdam. Clignotent les orbites de la dame de maison. Sa nuque penche à droite, pivote et coulisse comme une machine d'usine. J'ai l'impression d'être sous l'eau, à distance des couteaux, sans saisir un mot. Je bois la tasse.

vendredi 11 janvier 2013

Un rêve déçu

"On appelle aujourd'hui révolutionnaire un protestataire qui se regarde protester". Le mot est du dernier Malraux. Il se moquait des émeutiers du mois de mai.
Dans les campagnes au loin, on tousse à cause du "machin pour tous". Les provinciaux montent à la capitale comme les damoiseaux enfourchent leur cheval. On a réservé son billet pour la randonnée des pavés. On pratique le tourisme obligatoire des revendications déambulatoires.
La famille mobilise. Les cortèges euphorisent. Les révolutionnaires dégainent leurs cimeterres. Ils ont la passion de l'institution. Ils ont fait le voyage. Pas pour rien. Par le train. Pour le bien et les bambins. On chahute dans les rues pour sauver une vieillerie d'autrefois: le mariage chenu. Sans doute un rêve déçu.

jeudi 10 janvier 2013

Masculin/Féminin

Il y a brouillerie entre eux, elle et lui, depuis la nuit des temps, dès l'aube d'une bizarrerie, d'une nudité valant genre de beauté.
Il et elle s'apprivoisent sans bien saisir l'étrangeté de l'attraction. Tournoient deux mondes aimantés par l'énigme d'une loi.
Le mariage pour tous brouille la distinction des sexes, légitime l'embrouillamini des unions intimes de mairie. "Masculin/Féminin" évoque de vieux temps godardiens. Masculin/Féminin, césure de nature, recoud ses liens par la culture.
La société gomme le sexué. On se mariera entre gens de même genre. Droit des sexes entre soi. Pourquoi pas. L'anthropologie se tait sur le bien-fondé de pareilles compagnies. Ne se prononce aucunement sur le chambardement des filiations.
Elle ne jette un regard de désaveu que sur la seule union incestueuse. Intouchable tabou. D'où la sottise d'expression "mariage pour tous".