J'aime la librairie Tschann, docte échoppe à parures érudites. Son pieux silence évacue le bruit de rue. Il veille au repos des ouvrages. On s'y cadenasse à l'abri de Montparnasse.
Attraction fatale des étals. Envie de graviter autour des présentoirs comme on rôde au quartier des prostituées. Détailler la marchandise, aiguiser sa convoitise. Tenir un livre entre ses doigts comme on égrène un chapelet.
J'imagine à partir d'une phrase ultime. Ma songerie slalome entre les volumes. Je reconstitue la pile comme un gosse rafistole une figure de sable.
A la caisse, j'observe l'album Cendrars de Gallimard. Je tends mon petit bouquin rouquin. Je bredouille un boniment marchand, d'apprenti colporteur, d'auteur à la sauvette. Mes yeux ont quitté la gueule de boxeur de Cendrars. J'assiste au courroux de la blonde libraire. Je suis aux premières loges. Elle me jette un regard noir, desserre la mâchoire: "Trop de livres, pas le temps".
Je médite un peu la devise du lieu. Je me souviens du recueil des lettres de Nicolas de Staël, couverture blanche, enrobé de papier froissé. Là sur l'étagère, c'était hier. Je l'ai récité dans la splendeur des Pouilles, à l'heure où plus rien ne ment, à l'instant où le soleil meurt dans son sang.
Je remballe l'indésirable. Vendeur calamiteux, détestable véhèrepaix. Penaud avec mes mots.
mercredi 15 mai 2013
mardi 14 mai 2013
La Tour Eiffel
La Tour Eiffel, dans le dos de l'invité de Claire Chazal, derrière les policiers gladiateurs des échauffourées du Trocadéro, à l'arrière-plan du trophée levé des footballeurs.
La Tour Eiffel figure sur la carte postale. Le photographe l'exige à proximité des champions. Le pognon en revendique l'horizon.
Flaubert, rabat-joie de métier, se serait délecté à pareil spectacle de petite guerre: "De toute la politique, il n'y a qu'une chose que je comprenne, c'est l'émeute" (Lettre à Louise Colet, 7 août 1846). Il a vingt-cinq ans, l'âge des joueurs et des casseurs.
Pas sûr que nos princes saisissent bien la portée des inconduites du Trocadéro. L'art de la bagarre les laisse froids. La querelle de chiffonniers touche à la seule responsabilité du méfait. Le préfet accable la Tour Eiffel, ce vulgaire bout de ferraille. Elle plastronne sur toutes les images. Flagrant délit. La Tour Eiffel est menottée.
La Tour Eiffel figure sur la carte postale. Le photographe l'exige à proximité des champions. Le pognon en revendique l'horizon.
Flaubert, rabat-joie de métier, se serait délecté à pareil spectacle de petite guerre: "De toute la politique, il n'y a qu'une chose que je comprenne, c'est l'émeute" (Lettre à Louise Colet, 7 août 1846). Il a vingt-cinq ans, l'âge des joueurs et des casseurs.
Pas sûr que nos princes saisissent bien la portée des inconduites du Trocadéro. L'art de la bagarre les laisse froids. La querelle de chiffonniers touche à la seule responsabilité du méfait. Le préfet accable la Tour Eiffel, ce vulgaire bout de ferraille. Elle plastronne sur toutes les images. Flagrant délit. La Tour Eiffel est menottée.
lundi 13 mai 2013
Technologie de Picsou
Petitesse d'essaimesse. Pingrerie de l'écrit. Je compte mes mots. J'en soustrais la subtilité. Je bâcle un communiqué grossier, un texte avaricieux.
C'est un courrier sans générosité dont j'ai contracté l'objet. Je flatte une concision qui s'abîme en torsion, une sobriété qui se perd en crispation épicière. Technologie de Picsou.
C'est un courrier sans générosité dont j'ai contracté l'objet. Je flatte une concision qui s'abîme en torsion, une sobriété qui se perd en crispation épicière. Technologie de Picsou.
vendredi 10 mai 2013
Il y a du Tonton dans Pépère
Pépère s'exerce au pédalo, été comme hiver. Il cabote en bord de mer sous surveillance de la chancelière, sauf à lui faire des taquineries et prendre le large vers le Mali.
Pépère s'enlise dans le désert. Le Pépère de la nation embourbe ses militaires dans une guerre de religion.
Il chausse des lunettes de chef-lieu. Les binocles de Pépère ne l'autorisent qu'à voir de près: une paluche à serrer, une bise à claquer, un courrier à signer, un discours à prononcer, un journal à feuilleter.
Depuis des décennies, le match s'éternise entre une droite qui rate et une gauche qui gâche. Pépère boxe sans cap. Il longe les rochers. Suit le dentelé des côtes françaises. Car Pépère préfère la petite mer, s'agripper à ses jupes. Voit l'horizon de manière oblique.
L'opinion des cantons, des électeurs de l'ancien Tonton, s'inquiète des problèmes de vision du bon Pépère. Or elle a tout faux, se trompe de profession, confond mystique et politique.
Pépère est un politicien subtil qui prend la pluie sans battement de cils. Il godille immobile, slalome au ralenti. Pépère d'ailleurs grossit, faute d'exercices moteurs. Pas de cap, pas de vision. Pépère s'adapte aux circonstances, renvoie les doctrines en cuisine, ne s'embarrasse pas les yeux d'un grand dessein creux. Aime ou n'aime pas les riches. Les abhorre quand il fait beau, les adore quand il fait gris. Selon le calendrier, au gré du vent saisonnier.
Pépère, à l'instar d'un vulgaire Sarko, ne songe qu'à conserver son magot, à thésauriser ses pouvoirs, au maximum de ce qu'on peut faire. Pépère se voit le plus longtemps Pépère. Bref, Pépère a de l'appétit pour deux mandats.
Même impopulaire, Pépère règne à gauche, sans rival déclaré. Il régnera mieux en rognant les ailes des plus habiles de sa famille. Rabaissera à son heure le caquet de Valls et la morgue de Montebourg. Sans rien faire, Pépère jouit des errements d'une droite atomisée, sans chefferie légitime.
Reste un gros os : alphabétiser l'ouvrier aux subtilités du Pépère. Sans quoi, il votera de travers pour la blonde héritière. Ou gardera son bulletin à l'écart du scrutin. Assurément, il y a du Tonton dans Pépère.
Pépère s'enlise dans le désert. Le Pépère de la nation embourbe ses militaires dans une guerre de religion.
Il chausse des lunettes de chef-lieu. Les binocles de Pépère ne l'autorisent qu'à voir de près: une paluche à serrer, une bise à claquer, un courrier à signer, un discours à prononcer, un journal à feuilleter.
Depuis des décennies, le match s'éternise entre une droite qui rate et une gauche qui gâche. Pépère boxe sans cap. Il longe les rochers. Suit le dentelé des côtes françaises. Car Pépère préfère la petite mer, s'agripper à ses jupes. Voit l'horizon de manière oblique.
L'opinion des cantons, des électeurs de l'ancien Tonton, s'inquiète des problèmes de vision du bon Pépère. Or elle a tout faux, se trompe de profession, confond mystique et politique.
Pépère est un politicien subtil qui prend la pluie sans battement de cils. Il godille immobile, slalome au ralenti. Pépère d'ailleurs grossit, faute d'exercices moteurs. Pas de cap, pas de vision. Pépère s'adapte aux circonstances, renvoie les doctrines en cuisine, ne s'embarrasse pas les yeux d'un grand dessein creux. Aime ou n'aime pas les riches. Les abhorre quand il fait beau, les adore quand il fait gris. Selon le calendrier, au gré du vent saisonnier.
Pépère, à l'instar d'un vulgaire Sarko, ne songe qu'à conserver son magot, à thésauriser ses pouvoirs, au maximum de ce qu'on peut faire. Pépère se voit le plus longtemps Pépère. Bref, Pépère a de l'appétit pour deux mandats.
Même impopulaire, Pépère règne à gauche, sans rival déclaré. Il régnera mieux en rognant les ailes des plus habiles de sa famille. Rabaissera à son heure le caquet de Valls et la morgue de Montebourg. Sans rien faire, Pépère jouit des errements d'une droite atomisée, sans chefferie légitime.
Reste un gros os : alphabétiser l'ouvrier aux subtilités du Pépère. Sans quoi, il votera de travers pour la blonde héritière. Ou gardera son bulletin à l'écart du scrutin. Assurément, il y a du Tonton dans Pépère.
jeudi 9 mai 2013
Mes soldats
Je me penche sur des rectangles de papier blanc. Je consulte un vieux carnet où j'ai griffonné des adresses. J'en déchiffre la graphie dont la trace a pâli. J'écris des noms de rue sur des enveloppes perdues.
J'ouvre le livre rouge à sa page de départ. Je taille des mots précis, en fignole le ressenti, m'applique au dessin des voyelles. La pile paroissiale s'amenuise, dégringole d'un étage. Un petit soleil en zèbre l'incarnat. Je me défais de mes soldats.
Je bénis un à un les chefs de maquis. Une dernière fois, je tapote leur joue rouge. J'absous les textes déserteurs désormais à merci d'une sacoche de facteur.
J'ouvre le livre rouge à sa page de départ. Je taille des mots précis, en fignole le ressenti, m'applique au dessin des voyelles. La pile paroissiale s'amenuise, dégringole d'un étage. Un petit soleil en zèbre l'incarnat. Je me défais de mes soldats.
Je bénis un à un les chefs de maquis. Une dernière fois, je tapote leur joue rouge. J'absous les textes déserteurs désormais à merci d'une sacoche de facteur.
mercredi 8 mai 2013
Le petit traître
Il n'aime pas mon accueil. Remue les cils, fait le difficile. Je suis inhospitalier d'instinct, de nature, peut-être de métier.
Il a besoin de picaillons, demande une sorte de pardon dont me déplaît le son. Je le traite en petit traître, brin de paille de la valetaille, prestataire d'une médiocre colère.
Il ment comme un tripatouilleur de dents. Il hausse le menton pour se figurer l'horizon. Je le fais tourbillonner comme dans les jeux de guigne et d'yeux bandés. Je l'assieds devant l'encrier.
Je lui dicte les mots qu'il faut. Il signe d'un griffonnage plein d'écume et de rage.
L'oiseau de malheur, triste sieur de travaux d'intérieur, songe à déguerpir. Je suis démangé par l'envie d'outrager son postérieur.
Il a besoin de picaillons, demande une sorte de pardon dont me déplaît le son. Je le traite en petit traître, brin de paille de la valetaille, prestataire d'une médiocre colère.
Il ment comme un tripatouilleur de dents. Il hausse le menton pour se figurer l'horizon. Je le fais tourbillonner comme dans les jeux de guigne et d'yeux bandés. Je l'assieds devant l'encrier.
Je lui dicte les mots qu'il faut. Il signe d'un griffonnage plein d'écume et de rage.
L'oiseau de malheur, triste sieur de travaux d'intérieur, songe à déguerpir. Je suis démangé par l'envie d'outrager son postérieur.
lundi 6 mai 2013
Italie, Normandie
Le ciel d'ici m'expédie dans mes rêveries. Je soigne ma mélancolie par les songes d'Italie. Revoir le Basilicata, les eaux rêveuses de Maratea. Boire un verre de spritz en attendant la nuit. Sentir les légers picotis d'une ivresse repentie.
Je soigne mes regards par le désir de Flaubert. Derrière une Normandie de pluie se dresse un colosse de terre maudite. J'adore le grand gars des labours. Sa joie de paltoquet, de bourgeois défroqué.
J'ambitionne à mes heures de crayonner sur son bout de nez, de colorier sa figure de forcené, de tacheter de mots sa face de bourreau. L'ermite intermittent ne rêve que de bon temps, de passions vénériennes, d'escapades eurasiennes. Je lis l'épistolier. J'ai des titres. "La cicatrice du brave" ne date pas d'hier.
Je soigne mes regards par le désir de Flaubert. Derrière une Normandie de pluie se dresse un colosse de terre maudite. J'adore le grand gars des labours. Sa joie de paltoquet, de bourgeois défroqué.
J'ambitionne à mes heures de crayonner sur son bout de nez, de colorier sa figure de forcené, de tacheter de mots sa face de bourreau. L'ermite intermittent ne rêve que de bon temps, de passions vénériennes, d'escapades eurasiennes. Je lis l'épistolier. J'ai des titres. "La cicatrice du brave" ne date pas d'hier.
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