mardi 22 octobre 2013

Une cathédrale autodidacte

J'aime la flânerie des librairies. Les étagères de papa sont une caverne d'Ali Baba. Ma main balaie les rangées de papier. Elle n'évente aucun de leurs secrets. Reliures à moisissures, livres à couleurs criardes. J'inspecte des étagères de volumes à poussière.
Des soldats de plomb, des poupées de faux folklore, des figurines de magazine. Ces bibelots sont les vitraux d'une cathédrale autodidacte. Ils renvoient la lumière d'un homme de la terre. Ma main rôde aux alentours. J'extrais les Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Casimir Fabre, l'édition vieille d'un siècle, tachetée d'étoiles brunes. J'ai cueilli la fleur qui m'a souri. Elle s'accorde à ma songerie.

lundi 21 octobre 2013

Le méfait du prince

Le bon plaisir est la tentation des monarques. Hollande, démangé par le prurit de la "générosité", ouvre grand le "sanctuaire" de l'école à Léonarda l'illégale. Il méprise la loi que sa police, "sans discernement", a scrupuleusement respectée.
Dans sa grande bonté d'homme d'Elysée, il se fiche de la légalité comme de son premier devoir d'exemplarité. Le président normal se conduit mal. C'est un président moyen, un calculateur politicien, qui additionne les contraires et divise par deux. Or la fin ne justifie pas les moyennes. Le berger du palais se noie dans le verre d'eau d'une majorité égayée. L'odieuse générosité du prince est une forme de lâcheté, l'ultime coquetterie d'une "gauche pieuse".
Le bon abbé François abandonne la loi à Leonarda, la brunette écolière, qui ne mâche pas ses mots, qui ne demande que ça: "C'est moi qui vais faire la loi". La jeune fille saisit la balle au bond de l'autorité moribonde. Elle n'a pas froid aux yeux.
Hollande parle à la jeunesse. Le chef de l'Etat exhorte Leonarda à la fugue. Il se soucie comme d'une guigne de sa minorité. Hollande cause en orfèvre des choses de la famille.
Dans le même temps, l'Etat laïc réhabilite le sacré en sa République écornée. L'école est classée sanctuaire au patrimoine des grands mots, sur le modèle des église, mosquée ou synagogue. L'école est la religion de la nation. Les policiers sont interdits de croyance. Les gens d'armes n'ont pas de belles âmes. Il est légitime qu'on les discrimine.
Il appartient au gentil vizir de se ressaisir. Car on ne bâtit ni l'école ni le sentiment national sur des synthèses molles. La loi ne peut être reniée au motif de souhaits particuliers. Le méfait d'un prince l'entaille d'un frivole coup de canif. L'imposture se révèle derrière la médiocre posture.
L'impéritie et l'empathie sont des auxiliaires de fantaisie. Seuls commandent les intérêts du pays. La péripétie Leonarda illustre les failles d'un président béat. A mesure qu'il retrouve ses joues de trompettiste, l'homme s'épuise à l'équilibrisme. L'arbitrage flasque tourne à la mascarade. Le hollandisme s'apparente à l'opportunisme du plus banal des centrismes. La contorsion ne suffit pas à calmer la colère d'une nation. A ses heures, le peuple sait être dur.

jeudi 17 octobre 2013

Mésaventure

Les comédiens s'amusent avec des rires et des soupirs. Ils jouent la gaudriole ou Claudel. Au Conservatoire, on ne s'embarrasse pas d'histoire. Ludmila Mikaël a tatoué nos mémoires.
Partage de midi ne souffre pas une moitié de poésie. Manque le rouge à l'encre de Chine. La blondeur d'Ysé messied à sa beauté. La blondeur d'Ysé est une faute de français.
Sterenn Guirriec ôte au texte sa couleur d'incendie. Mesa garde sa voix dans sa gorge. Il déclame son tourment, à deux doigts du crissement. Amalric ressemble à l'enfer, torse nu d'homme d'affaires.
La pièce s'achève en Genèse. M'agace les dents le surlignage d'Adam. J'aime l'idée d'océan au milieu du bateau.

mercredi 16 octobre 2013

Un cri de vaincu

Flaubert ne fait pas grand mystère du ressort de son travail littéraire. Il veut séduire par la phrase. Faire luire sa griffe. Etre aimé en majesté. Il forge l'outil, le destine au souvenir de Marie. Maria ou Elisa.
A l'âge du Christ, il écrit sans hâte. Il est offusqué par Louise, blessé par sa cécité. L'épistolière rate sa sortie. Flaubert met les points sur les i. Flaubert voit clair dans ses chimères. A la Maria de ses mémoires, il obéit en soldat.
"Tu as bafoué devant moi, le dernier soir, et bafoué comme une bourgeoise, mon pauvre rêve de quinze ans en l'accusant encore une fois de n'être pas intelligent ! N'as-tu rien compris à tout ce que j'écris ? N'as-tu pas vu que toute l'ironie dont j'assaille le sentiment dans mes oeuvres, n'était qu'un cri de vaincu, à moins que ce ne soit un chant de victoire ?" (Lettre à Louise Colet, 25 février 1854).
Flaubert voit rouge. Flaubert se souvient. Il s'est fait galérien par fidélité à la grandeur du "rien".

mardi 15 octobre 2013

L'espièglerie d'un seigneur

Ils aiment de la vie son goût de comédie. Ils jouent dehors, dedans, à la buvette, sous les fenêtres. La fraîcheur de Dumas nous enchante. Ces mousquetaires d'Asnières sont libres comme l'air.
Avec pareille bande de malappris, nous sommes en bonne compagnie. Le rythme échevelé sied à leur genre de beauté. Ils rapiècent le texte d'exercices burlesques, griffonnent des parenthèses bouffonnes. Le bloc Dumas tient le choc. Il résiste à cet exquis chahut.
Le roi Louis Treizième est le nom de théâtre d'Antoine Reinartz. Le joyeux galopin s'approprie la couronne avec un délicieux entrain. Brille dans son oeil moqueur l'espièglerie d'un seigneur.

lundi 14 octobre 2013

Les Roms de la mer

Nos yeux s'usent sur les noyés de Lampedusa. Ils dévisagent la mort à longueur d'images. Le roi est nu, l'effroi continue. La mortelle débandade est un sujet de dérobade.
Nos yeux errent sur le sauve-qui-peut d'une misère. L'Afrique fuit vers le fric. Nos yeux imbéciles s'ouvrent au rouge exil d'un rivage de Sicile. Ces hommes volontaires sont des Roms de la mer.
La compassion est sèche comme une panne d'émotion. Bruxelles dépêche son préposé au gestuel. Les corps sont pêle-mêle. Bruxelles excelle à expédier des mails.
Lampedusa essuie ses larmes de carte postale. Chéreau, la Reine Margot. Nos yeux sont éblouis des cadavres de Saint-Barthélémy.

dimanche 13 octobre 2013

La volupté

Nanterre-La Folie. L'université a fleuri dans les taudis. Baudrillard professe, enseigne Bataille aux marmousets d'Auteuil. Nanterre la Chinoise répugne à la veulerie bourgeoise.
Baudrillard bavarde, cause aux oreilles louis-philippardes. La petite salle dans les nuages est assaillie d'une jeunesse à chair pâle. On boit des cafés au pied des escaliers. S'écaillent aux murs les graffitis des mômes, les fresques décaties de frasques démenties. Les révoltés se sont rangés dans les tiroirs d'une société.
La sociologie réunit les plus jolies filles du pays. Baudrillard est une sorte de prélat goguenard. L'embonpoint trahit le désenchantement. Baudrillard ironise sur la marchandise. Le sexe est une convoitise qui bariole à l'envi les journées presque grises. Baudrillard jette un regard de nostalgie sur le feu des envies. Il hésite. Le mot qu'il a en tête est obsolète. Volupté. Syllabes clandestines à faire rougir un traître.
Il remue le mot comme un cadavre théorique, s'encanaille sur sa dépouille. La volupté pratique une trouée dans l'université des enragés. Baudrillard enfourche sa vieille Alfa, nous laisse sans joie. On se débrouillera.
Marx et Mao regardent le mot dans un silence de mort. En pleine saison de conte de fée, la volupté fait sensation, salle Raymond Aron. Je lâche l'époque et ses paltoquets pour Flaubert et son perroquet.