Les grands clubs d'Europe jouent des coudes, rivalisent de convoitise, cassent leur tirelire pour s'octroyer les bonnes grâces de Ribery le balafré, de Benzema l'endormi, de Nasri le malappris.
Ces virtuoses du ballon rond galvanisent les stades de Bavière ou de Castille, de Manchester ou du Piémont.
Avec un paletot bleu sur le dos, ils traînent sur les pelouses un majuscule ennui. Ces athlètes d'exception se fichent de la nation comme d'une guigne. L'honneur tricolore, ils s'en tamponnent le coquillard.
Les footballeurs d'élite sont des apatrides, des mercenaires cosmopolites. Ils sont citoyens du monde, squatters de paradis fiscaux, déracinés d'un terroir sans dollars.
Leur morale professionnelle leur interdit tout sentiment national. A trop vouloir abolir les frontières, on cesse d'être fier d'une terre. En quoi, ils diffèrent peu des patrons mondialistes dont le pays d'origine se provincialise. Comme ces fortunés de la société, ils sont moyennement policés, de moins en moins éduqués.
Les petits gars en culotte courte se sentent à l'étroit dans leur maillot mal tricoté. Evra et ses copains de tombola n'aiment guère le bénévolat. Ils ne libèrent leur jeu qu'à la condition d'une rançon.
dimanche 17 novembre 2013
vendredi 15 novembre 2013
A peine fardé sur la joue
La petite poire Guyot est une gaieté de la vie. C'est un fruit joli, à peine fardé sur la joue. La nature l'a doté d'un exquis postérieur. On la cueille par la taille. Sa chair désaltère comme une joie, sans loi ni désir.
La petite poire tournoie entre mes doigts. J'y plante les dents. J'aime son affectueuse fraîcheur de jeune fille toute simple.
La petite poire tournoie entre mes doigts. J'y plante les dents. J'aime son affectueuse fraîcheur de jeune fille toute simple.
Il était une forêt
Francis Hallé est le botaniste d'un monde de verticalité, l'ardent croisé des canopées. La forêt tropicale est une énigme langagière, un palimpseste végétal entre ciel et terre. Je sors du cinéma. Je ressens l'ivresse des cimes. L'homme premier est d'habitat forestier.
Le déchiffreur des vies arboricoles filme le récit collectif de seigneurs millénaires. Il jette mille informations, dévoile les secrets d'une société, révèle l'organisation des hauts végétaux.
Nos mots percent mal le mystère d'une langue d'arômes, d'une communication odorante, d'un dialecte d'écorce. L'arbre lève ses branches vers le soleil, témoigne sa ferveur à la lumière. Il sous-traite la mobilité au règne animal pour se reproduire à distance, à l'écart des fatales concurrences.
Le film excite une convoitise. L'arbre est désir de connaissance. Il y a dix ans, Francis Hallé a rédigé un gros bouquin savant. C'est un beau plaidoyer, un mémoire à sa gloire, qu'il faut lire le doigt sur chaque mot.
L'arbre jouit d'une majesté. Il dispose d'une sorte d'éternité qui assied sa souveraineté. Hallé est le Champollion désigné des modes d'expression de la canopée. Le vieil homme est au commencement d'un savoir, applique la raison à de nouveaux territoires.
Le déchiffreur des vies arboricoles filme le récit collectif de seigneurs millénaires. Il jette mille informations, dévoile les secrets d'une société, révèle l'organisation des hauts végétaux.
Nos mots percent mal le mystère d'une langue d'arômes, d'une communication odorante, d'un dialecte d'écorce. L'arbre lève ses branches vers le soleil, témoigne sa ferveur à la lumière. Il sous-traite la mobilité au règne animal pour se reproduire à distance, à l'écart des fatales concurrences.
Le film excite une convoitise. L'arbre est désir de connaissance. Il y a dix ans, Francis Hallé a rédigé un gros bouquin savant. C'est un beau plaidoyer, un mémoire à sa gloire, qu'il faut lire le doigt sur chaque mot.
L'arbre jouit d'une majesté. Il dispose d'une sorte d'éternité qui assied sa souveraineté. Hallé est le Champollion désigné des modes d'expression de la canopée. Le vieil homme est au commencement d'un savoir, applique la raison à de nouveaux territoires.
mercredi 13 novembre 2013
Le casseur de Sempé
Les grognons du terroir breton cassent des portiques, défoncent le palais du préfet, saccagent des radars. Détruire est une langue régionale. La force convainc mieux que d'oiseux discours. L'acte troue la réalité quand la parole n'est que chantonnée sans autre effet.
Je me souviens d'un fou rire, d'un dessin du grand Sempé. Dîner bourgeois. Les convives bruissent de conversations futiles.
En bout de table, l'un d'entre eux veut parler pour de vrai, s'attaque au vacarme. Il peine à se faire entendre. Il perd patience. Il s'enroue. Il saisit son couteau d'argenterie, le cogne au verre de fine cristallerie. Le joli calice se fend en mille morceaux. Silence de mort.
Les notables se sont tus et regardent la rue. Les yeux du gouvernement se braquent sur le délinquant, considèrent le casseur comme un misérable intrus.
Je me souviens d'un fou rire, d'un dessin du grand Sempé. Dîner bourgeois. Les convives bruissent de conversations futiles.
En bout de table, l'un d'entre eux veut parler pour de vrai, s'attaque au vacarme. Il peine à se faire entendre. Il perd patience. Il s'enroue. Il saisit son couteau d'argenterie, le cogne au verre de fine cristallerie. Le joli calice se fend en mille morceaux. Silence de mort.
Les notables se sont tus et regardent la rue. Les yeux du gouvernement se braquent sur le délinquant, considèrent le casseur comme un misérable intrus.
Entre deux pères
Identification d'une femme. Il y a trente ans. Maria Vittoria. Antonioni épingle des visages, comme des papillons, jusqu'au plafond. Il cherche la fille du film. L'histoire d'un regard suffit à l'incendie du récit.
Antonioni est emmuré dans ses photographies. Maria Vittoria. Mavi navigue entre deux pères: le cinéaste, l'homme aux longs doigts.
Antonioni l'apprivoise à moitié. Masseria d'hiver, couleur de cendre, s'y dessine la nuit latine. Virée auto dans un brouillard à couper au couteau. Mémoire d'une jeunesse à Ferrare.
Mavi s'échappe du film. Ruelle romaine. Théâtre à l'italienne. Représentation proustienne. L'actrice aux yeux noirs joue le soir, chevauche le jour. Christine Boisson est la doublure, une seconde nature, un deuxième visage.
Antonioni s'égare, fait fausse route, va quelque part. Venise indécise, entre elle et lui, entre parenthèses. Palais Gritti, sonnerie de hall. Profil diagonal. La petite Arabe balance entre deux espaces, se perd entre deux pères.
Antonioni regarde la photo des deux amants terroristes. Maria Vittoria a une figure d'attentat. Elle trimbale un visage de magazine, de une d'Herald Tribune. Antonioni piste une récidiviste.
Maria Vittoria loge à l'étage dans un anonymat de filles. Elle guette Antonioni. Lointaine comme une reine. La passion tourne autour du soleil, d'une étoile de science-fiction.
J'admire l'art du maître de Ferrare. J'ai besoin du grand coloriste italien.
Antonioni est emmuré dans ses photographies. Maria Vittoria. Mavi navigue entre deux pères: le cinéaste, l'homme aux longs doigts.
Antonioni l'apprivoise à moitié. Masseria d'hiver, couleur de cendre, s'y dessine la nuit latine. Virée auto dans un brouillard à couper au couteau. Mémoire d'une jeunesse à Ferrare.
Mavi s'échappe du film. Ruelle romaine. Théâtre à l'italienne. Représentation proustienne. L'actrice aux yeux noirs joue le soir, chevauche le jour. Christine Boisson est la doublure, une seconde nature, un deuxième visage.
Antonioni s'égare, fait fausse route, va quelque part. Venise indécise, entre elle et lui, entre parenthèses. Palais Gritti, sonnerie de hall. Profil diagonal. La petite Arabe balance entre deux espaces, se perd entre deux pères.
Antonioni regarde la photo des deux amants terroristes. Maria Vittoria a une figure d'attentat. Elle trimbale un visage de magazine, de une d'Herald Tribune. Antonioni piste une récidiviste.
Maria Vittoria loge à l'étage dans un anonymat de filles. Elle guette Antonioni. Lointaine comme une reine. La passion tourne autour du soleil, d'une étoile de science-fiction.
J'admire l'art du maître de Ferrare. J'ai besoin du grand coloriste italien.
mardi 12 novembre 2013
Voir beaucoup de ciel
Ce diable d'automne tarde à révéler sa vergogne. La nature voile ses joues rouges. L'avenir se cache pour mourir. Une loi gouverne l'écorce des doigts. Les feuilles luisent d'un sang vermeil.
Gustave se glisse dans le lit d'Eulalie. Il n'a pas vingt ans, mais envie d'embrasement. Flaubert a fui la Normandie. Il tente une escapade, se dérobe aux ciels gris. Le Midi l'éblouit. Hôtel Richelieu, rue de la Darse à Marseille. Il songe au "pays du soleil". Il cogne à la porte des dames Foucaud, échange quelques mots.
Eulalie fixe le souvenir d'Elisa. S'appellent pareil. La baigneuse de Trouville, Elisa Foucault, Schlesinger par raccroc. Gustave est la proie de maîtresses entêtantes. On sait des Goncourt que Flaubert confie sa chair à la belle marseillaise. Eulalie a deux fois dix-huit ans, de quoi ranimer l'enchantement d'un roman. A vingt-cinq, trente et quarante ans, Flaubert revient sur les lieux, toise les murs de l'hôtel Richelieu. Les deux foucades de Gustave sont inflammables à la première syllabe.
Flaubert s'instruit comme Godard. Il n'apprend que des éléments. A la Chantepie qui gémit de mélancolie, il écrit: "Votre médecin a raison, il faut voyager, voir beaucoup de ciel et beaucoup de mer" (Pléiade, La Correspondance, tome II, lettre du 30 mars 1857).
Gustave se glisse dans le lit d'Eulalie. Il n'a pas vingt ans, mais envie d'embrasement. Flaubert a fui la Normandie. Il tente une escapade, se dérobe aux ciels gris. Le Midi l'éblouit. Hôtel Richelieu, rue de la Darse à Marseille. Il songe au "pays du soleil". Il cogne à la porte des dames Foucaud, échange quelques mots.
Eulalie fixe le souvenir d'Elisa. S'appellent pareil. La baigneuse de Trouville, Elisa Foucault, Schlesinger par raccroc. Gustave est la proie de maîtresses entêtantes. On sait des Goncourt que Flaubert confie sa chair à la belle marseillaise. Eulalie a deux fois dix-huit ans, de quoi ranimer l'enchantement d'un roman. A vingt-cinq, trente et quarante ans, Flaubert revient sur les lieux, toise les murs de l'hôtel Richelieu. Les deux foucades de Gustave sont inflammables à la première syllabe.
Flaubert s'instruit comme Godard. Il n'apprend que des éléments. A la Chantepie qui gémit de mélancolie, il écrit: "Votre médecin a raison, il faut voyager, voir beaucoup de ciel et beaucoup de mer" (Pléiade, La Correspondance, tome II, lettre du 30 mars 1857).
lundi 11 novembre 2013
Le film des Philippines
Le monde ne tient pas debout. Un typhon suffit à balayer ses maisons. Le Philippin manque de pain. Dans les décombres, l'homme, la femme, l'enfant interrogent leur ombre. Les morts d'Asie nourrissent des documentaires précis. La civilisation a des jambes d'allumette, des fondement en carton. C'est quoi ces parois de désarroi ?
Les yeux embrassent la bouillasse, considèrent ce qui se passe. La lèvre ourlée d'une fillette est une aile engluée dans le sable. Sur la joue s'y dessine un papillon de chair. L'horreur caracole sur l'échelle de Richter du malheur.
On zappe l'Asie. On oublie la sympathie. Les petits pas d'un homme d'Etat le mènent à Oyonnax. Il serre des mains. Il ne sert à rien. Je m'endors sur le film des Philippines.
Les yeux embrassent la bouillasse, considèrent ce qui se passe. La lèvre ourlée d'une fillette est une aile engluée dans le sable. Sur la joue s'y dessine un papillon de chair. L'horreur caracole sur l'échelle de Richter du malheur.
On zappe l'Asie. On oublie la sympathie. Les petits pas d'un homme d'Etat le mènent à Oyonnax. Il serre des mains. Il ne sert à rien. Je m'endors sur le film des Philippines.
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