dimanche 24 novembre 2013

Leur tonne de barbaque

Les Springboks sont forts comme des Turcs, pèsent leur tonne de barbaque. Nos fiers pioupious ne progressaient pas d'un pouce. Le jeu de mains était sans lendemain, haché menu par des géants venus de loin. Parra botta dans les nuées. Parra parait au plus pressé.
Un grillage de hauts pectoraux interdisait l'accès aux poteaux. Nos corps de guerriers se déchiquetaient sur les fils barbelés. Aucune escarmouche ne pouvait faire mouche.
La révolte de Papé conduisit au minime essai d'Huget. Faute d'espoir, il y a Dusautoir, méritoire devant l'Histoire. Le rugby des Bleus était tassé dans son petit jeu. La victoire était fermée de l'intérieur. Botha et les siens renvoient le Quinze de Saint-André à l'anonymat de ses insuccès.

vendredi 22 novembre 2013

Gracquien, livre deuxième

Je sens bien que je vais être dérangé. Flaubert fera tapisserie. Je me délecte à l'avance de leurs textes, des lettres décachetées entre Paul Morand et Jacques Chardonne. Vitesse de l'un, justesse de l'autre.
Les deux vieilles badernes éclairent ma lanterne. La verve épistolière date du temps des chaumières. Elle n'a pas survécu à la paresse d'essaimesse, à l'écriture de rue. J'ai la nostalgie du bien écrit.
Le visage de Charles Juliet, je l'ai guetté toute la journée au coin de l'écran carré. Juliet l'émacié est une terre labourée, une mince torche vive, une voix empêchée, à peu près muette. Sa longue patience casse la preste ambiance.
Je compulse l'un des tomes du Journal de Charles Juliet. "Avant d'avoir vingt-trois ans, je n'ai guère lu que quatre ou cinq livres. Le second que le hasard m'ait mis entre les mains a été Un Beau Ténébreux...Pendant des jours et des jours, je n'ai cessé de le relire...".
A distance d'âge, j'ai partagé cette émotion de feu, cette brûlure de l'imagination. Je suis gracquien, livre deuxième.


jeudi 21 novembre 2013

Une espèce d'éternuement

Flaubert se définit comme "l'homme des songeries". Il ressasse, frotte sa cervelle aux murs de sa cellule.  "Nous ne devons entrer dans la vie réelle que jusqu'au nombril. Laissons le mouvement dans la région des jambes". Il ne bougera pas d'un iota. Sauf par panique, idée fixe, brusquerie poétique.
A Croisset, il trifouille l'encrier et barbouille du papier. Il blasphème à tue-tête dans un gueuloir d'esthète. Le curé du patelin est un ignorantin, son Dieu bon enfant "une espèce d'éternuement". Sa joie vient du bourgeois. A regarder Achille, il sait qu'il met dans le mille.
On lit la phrase de sa boutique à doses homéopathiques. Posologie oblige. "J'écris fort lentement parce qu'un livre est pour moi une manière de vivre". A Maurice Schlesinger, il confie la mauvaise influence, la douteuse fréquentation d'Elisa. Il s'excuse auprès du mari d'une besogneuse fantaisie.

mercredi 20 novembre 2013

Les yeux d'une rousse

Il est un âge, une situation en carton, un temps de gabegie, où l'on s'enivre de vie comme d'une eau qui pétille.
En fin de course, quand se grippent les ressorts, on s'interroge sur l'envers du décor, on lit la mort aux trousses dans les yeux d'une rousse. On voit l'éternité dans de la flotte éventée. La vie s'amuse de petites ruses.

Xénophobie positive

Patriotisme de gradins. On veille aux frontières. Le stade est un champ de drapeaux tricolores. Les banderoles chauvines ne troublent guère les zélotes d'un esprit planétaire.
La Marseillaise est un cri de guerre, aux paroles de malaise, un chant de haine à la face de l'Ukraine. L'enthousiasme n'a pas d'état d'âme. La joute sportive s'apparente à une xénophobie positive.
Sakho montre les crocs. Mamadou est un buteur fou. La tribune présidentielle est au septième ciel. Hollande a bravé les sifflets. Il commente le match de la dernière chance. Il est qualifié pour d'autres périls.

mardi 19 novembre 2013

La fable de l'idéologie

Une vie de photographe. Arrêt sur image. Le tireur à baskets vertes a suspendu le cours d'un destin. Visages décomposés, coups de mentons d'une délégation de ministres au siège de Libération.
On bâcle une sympathie rapide à l'endroit de la victime. On s'appesantit sur des concepts. La liberté de l'information est menacée. Le quotidien soixante-huitard mérite une solidarité anti-salopards.
Moins emblématique dans l'inconscient progressiste, moins porteur des bonnes valeurs, le média BFM TV ne jouit pas des mêmes gâteries. Pas de discours solennel des édiles locaux, pas un mot.
On se tait comme si on enterrait Gérard de Villiers, romancier trop populaire. Le silence affiche ses préférences.
Le braqueur fou est prétexte à de pieuses déclamations. Le pouvoir fait les gros yeux. Il invente un péril pour mieux s'observer dans la glace. Il politise un fait divers, fabrique une frousse, exhorte au sursaut démocratique. L'idéologie se saisit de la fable jolie.
Je chasse le nuage de fumée. Je vois quoi ? Un repris de justice fait usage de son arme. La police est à ses trousses. Un homme hésite entre la vie et la mort.



lundi 18 novembre 2013

La chambre royale

J'aime les livres parce que j'ai peur des lèvres. Flaubert ne cause pas d'autre chose. En novembre 1859, il écrit ces mots à Amélie Bosquet: "Chacun de nous a dans le coeur une chambre royale. Je l'ai murée, mais elle n'est pas détruite".
Flaubert évente un secret, confie à la féministe les ressorts d'une fixité littéraire. Il est ensablé. Il n'a pas bougé de la plage. La marée haute n'ordonne pas de hâte. Flaubert est enterré face au Havre, à côté d'un regard.