samedi 17 mai 2014

Trois pommes

Maman a treize ans, mais elle ne possède que du vent, du temps qui lui échappe. Elle est le doigt du fusain, le crayon du dessin. Maman a treize ans, peut-être douze. Elle ébauche une cruche, trois grosses pommes.
A droite, une date: six mars mille neuf cent trente et un. Je naquis d'un croquis. Vingt-deux ans après, Maman donne la vie pour de vrai.
Maman a treize ans, fait son âge ou davantage. Maman crayonne avec son sang une nature pas très morte. L'homme n'est pas plus haut que trois pommes. Il s'abreuve à l'eau noire. Se désaltère à la figure trinitaire. Je reste en carafe.

jeudi 15 mai 2014

Cher Gabriel

Les agissements de l'agessa sont d'odieux tourments. L'insécurité sociale règne en toute iniquité. L'anonyme Etat mime le grondement d'une grosse Bertha. Il tire dans le tas, coupe le gaz, débranche les petits gars, active la fin de moi.
Je veux vous dire mon amitié, ma révolte. Vos écrits sont des coups de griffe sur la joue des académies. Jusqu'à ma dernière cécité, je me décoifferai devant la beauté. Ex imo.

mercredi 14 mai 2014

Rayé de Rio

Nous, gens de peu, courons derrière une croissance, dernière croyance des gueux. Nous remuons notre postérieur derrière une chimère. Le footballeur court derrière un bonheur, une balle, la voix d'un speaker.
Deschamps, pluriel de Marcel Duchamp, compose une équipe ready-made, de barbouilleurs à crampons, d'artistes d'usine, au détriment de Picasso sublimes.
Nasri récidive ses niaiseries. Il est rayé de Rio pour son sourire jaune. Nasri et Ben Arfa rejoignent le banc des peintres maudits, le musée des refusés de Jacquet, Cantona et Ginola, dans le plan social du groupe tricolore, du collectif académique.
L'Histoire repasse la même séquence de pieds plats. La jalousie du travailleur exige de sacrifier la fantaisie du créateur. Le ressentiment fabrique les pires bons sentiments. La beauté de geste n'appartient qu'au cercle vilipendé des esthètes.

mardi 13 mai 2014

Péché de gourmandise

Inutile de persévérer. Montaigne est illisible. Son vieil idiome est impénétrable. Trop d'herbes folles à enjamber. Je n'ai pas l'équipement pour m'aventurer dans le roman de ses errements.
Céleste m'a recueilli. Dans sa maison de Proust, j'ai séjourné sans hâte. J'ai patienté de quoi voir venir.
Dans la bibliothèque, sans bruit, j'ai consulté la Correspondance de Madame de Sévigné. J'ai chapardé le premier tome des Mémoires de Saint-Simon.
J'ai résolu de me fourrer dans les cancans du méchant duc. Huit volumes de Pléiade à dépoussiérer des étagères. Les feuillets de l'incipit exigent que je m'y précipite. J'ai besoin de me vautrer dans une longue nuit de style. Péché de gourmandise.

lundi 12 mai 2014

Malaise et Marseillaise

Les couplets de La Marseillaise ne sont plus chantables en l'état. On a besoin d'un coup de main d'académicien, d'un poète estampillé parolier pour rénover l'hymne guerrier. Il est temps de substituer Jean-Loup Dabadie à Claude Rouget de Lisle. Même si "Les loups sont entrés dans Paris" prêtent à contentieux éthique.
Plus de "sang impur" dans un refrain contre-nature. Carton rouge. Il faut en finir avec cette "horde d'esclaves, de traîtres, de rois conjurés" (couplet II) qui grésille dans nos oreilles gonflées de haine. Le général Dumas en pleurerait dans sa tombe.
Il faut tordre le cou à "nos bras vengeurs" (couplet VI), si détestables de nationalisme et d'esprit revanchard. Il faut faire taire la xénophobie hystérique qui suinte des "cohortes étrangères qui feraient la loi dans nos foyers" (couplet III).
On garde la musique de fanfare qui motive le footballeur. Mais on supprime toutes ces vilaines rimes de chanson nauséabonde. En attendant que Jean-Loup Dabadie se colle à l'établi, qu'il soigne La Marseillaise de son malaise, je préconise un silence recueilli des ministres de la patrie.

Un petit chef de bataille

La cravate politique est bleue comme la colère du peuple. Bleue roi comme un désarroi. Valls exhibe son accessoire textile, bleu de Prusse, comme un message codé de média de masse.
Il est taillé dans le marbre du musée Grévin. Sa statue est équidistante de la Tour Eiffel et de Claire Chazal. Valls valsifie les chiffres, versifie l'économie. Il a le ton volontaire d'un menton de militaire.
Il grogne qu'il est patriote. Il crie très haut son amour du pays, son amour du drapeau. Il fait sa prière avant de se coucher devant la chancelière.
Il fronce la tête, raccord avec les nuages de la dette. La solennité conforte son statut de sommité. Il se hausse du col à mesure que sa cote dégringole. Il est de droite dans ses bottes. C'est la politique de la volte-Valls. Il se momifie sous les sunlights, surjoue l'autorité d'un petit chef de bataille.    

dimanche 11 mai 2014

La soubrette d'Auxillac

Derrière le texte, au bout du contexte, il y a Céleste. Proust est encabané dans une volonté surannée. Il est possédé par la nuit, le ressenti d'un style. Il n'appartient qu'au petit matin.
Marcel commande. Céleste gouverne. Le prince décati et la fée du logis s'aiment à la folie. La gracieuse domestique trimbale un très sérieux loustic.
Proust se nourrit de peu, de réminiscences et d'adieux répétés, d'essence de café. Il observe de son lit le monde de l'oubli. Une blessure sans imaginaire crée un malade pulmonaire.
Le petit Marcel use d'un charme oriental. Il bâtit une cathédrale avec des violettes de Parme. Il trace les lignes d'un corps comme on jette un sort. La soubrette d'Auxillac s'abandonne au doux maniaque, veille à ses caprices d'esthète.
Monsieur Proust est la bouleversante confession d'une camériste d'artiste. Ce récit d'une passion est splendidement rédigé par le normalien collaborationniste Georges Belmont.