A Chardonne, Morand cite une confidence des Goncourt: "Les bonheurs arrivent toujours trop tard dans la vie, sauf celui d'avoir des parents".
Hier, Maman avait trois mois d'enterrement. C'est une enfant qu'on préserve du jour. Le corps mort n'est qu'un fétiche, une poussière de météore. Cent jours, un point dans l'infini.
Le train du bonheur n'arrive jamais à l'heure. Maman ne regarde pas l'été sous les pelletées. Qu'elle soit dans le trou ne tient pas debout.
On mélange tout: Maman et le sable d'un château de sable. Mariposa. Le mot s'est posé sur mon doigt. Maman papillonne dans ma tête.
mercredi 9 juillet 2014
mardi 8 juillet 2014
Un style de mourir
Faute d'été, je regarde du côté des beautés d'encrier. Flaubert jette sa lumière de chronique ordinaire. J'exhume de la poussière l'essai de Chessex. L'ogre vaudois célèbre en Cruchard le galérien du rien.
L'artiste "aux prurits d'épopée" s'interdit le récit de cape et d'épée. Salammbô n'est beau qu'à cause de mots d'une vacuité glacée.
Chessex axe son texte sur l'essentiel: l'aventure des voyelles. Il écoute en boucle la profession de foi du rabat-joie. La lettre à Louise éblouit le gros Suisse. Chessex se saisit du nihiliste d'une main subtile.
" Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut ". Flaubert a trente ans. Il lui en reste autant pour exécuter un rêve dément, devenir un monument.
Flaubert se soustrait du texte. Il se retire du livre. Il a des absences. Il se rature comme Dieu dans la nature. Il ôte à sa phrase l'ambition d'un but. Il s'interdit le coup de crayon d'une opinion. Les mots ne sonnent, ne pensent que du défaut de sens. Madame Bovary est un fragment de géographie, un bloc de risque, un phénomène atmosphérique.
Flaubert tord la littérature du côté d'une musique pure. Lui importent le genre de beauté, la parure d'écriture, une manière de danser, un style de mourir. L'athlète Flaubert tient l'haltère à bout de phrase.
Il fait une chanson du vide de signification. Il frotte les mots jusqu'à l'inexpression. Il veut l'exacte beauté, chaussée de vent d'Orient, sans autre matérialité qu'une sensation d'éternité.
L'artiste "aux prurits d'épopée" s'interdit le récit de cape et d'épée. Salammbô n'est beau qu'à cause de mots d'une vacuité glacée.
Chessex axe son texte sur l'essentiel: l'aventure des voyelles. Il écoute en boucle la profession de foi du rabat-joie. La lettre à Louise éblouit le gros Suisse. Chessex se saisit du nihiliste d'une main subtile.
" Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut ". Flaubert a trente ans. Il lui en reste autant pour exécuter un rêve dément, devenir un monument.
Flaubert se soustrait du texte. Il se retire du livre. Il a des absences. Il se rature comme Dieu dans la nature. Il ôte à sa phrase l'ambition d'un but. Il s'interdit le coup de crayon d'une opinion. Les mots ne sonnent, ne pensent que du défaut de sens. Madame Bovary est un fragment de géographie, un bloc de risque, un phénomène atmosphérique.
Flaubert tord la littérature du côté d'une musique pure. Lui importent le genre de beauté, la parure d'écriture, une manière de danser, un style de mourir. L'athlète Flaubert tient l'haltère à bout de phrase.
Il fait une chanson du vide de signification. Il frotte les mots jusqu'à l'inexpression. Il veut l'exacte beauté, chaussée de vent d'Orient, sans autre matérialité qu'une sensation d'éternité.
dimanche 6 juillet 2014
Le square
Le sable des enfants est encadré de bancs verts écaillés. Le soleil chauffe la peau. Les marmots assaillent le toboggan rose.
L'homme des bureaux s'est calé à l'ombre, face au laid monument des reliques d'un roi. Il plonge ses doigts dans un paquet de petites victuailles.
Il a ôté sa veste d'un geste de fermeté, jeté l'étoffe de sa cravate au bas de sa nuque. Un fil pendouille de l'oreille, comme jadis le bout de coton jauni des vieillards décatis. Il bredouille, mâchouille dans une chemise immaculée.
Les femmes lisent leurs mails au voisinage de leur gamelle. Le réceptacle en plastique est bourré de matériau vitaminique. A l'heure dite, elles rassemblent leurs effets d'un air insatisfait. Aucune joie ne s'exprime dans le petit bois. L'insouciance est la science des gosses.
Les enfants du square courent après les pigeons, un ballon, un avenir bidon. Aucune dénégation ne fronce le visage long des petites bonnes. La négresse se répand sur un banc, l'Asiatique s'active de manière frénétique, l'autochtone songe à l'automne. La ville sauvage, derrière les feuillages, fait un boucan du diable.
L'homme des bureaux s'est calé à l'ombre, face au laid monument des reliques d'un roi. Il plonge ses doigts dans un paquet de petites victuailles.
Il a ôté sa veste d'un geste de fermeté, jeté l'étoffe de sa cravate au bas de sa nuque. Un fil pendouille de l'oreille, comme jadis le bout de coton jauni des vieillards décatis. Il bredouille, mâchouille dans une chemise immaculée.
Les femmes lisent leurs mails au voisinage de leur gamelle. Le réceptacle en plastique est bourré de matériau vitaminique. A l'heure dite, elles rassemblent leurs effets d'un air insatisfait. Aucune joie ne s'exprime dans le petit bois. L'insouciance est la science des gosses.
Les enfants du square courent après les pigeons, un ballon, un avenir bidon. Aucune dénégation ne fronce le visage long des petites bonnes. La négresse se répand sur un banc, l'Asiatique s'active de manière frénétique, l'autochtone songe à l'automne. La ville sauvage, derrière les feuillages, fait un boucan du diable.
samedi 5 juillet 2014
Le peuple bleu
L'Allemagne est méchante comme une teigne. Notre portier est fusillé de près dans ses filets. En représailles des dérapages budgétaires. Le peuple bleu ébauche un mouvement de sauve-qui-peut.
La Germanie casse la rêverie avec sa manie d'être efficace. Un seul coup de tête la désendette. Benzema ricane dans sa barbe d'imam. La chancelière préempte les vestiaires. Le pépère de pédalo annule l'escapade à Rio.
La Germanie casse la rêverie avec sa manie d'être efficace. Un seul coup de tête la désendette. Benzema ricane dans sa barbe d'imam. La chancelière préempte les vestiaires. Le pépère de pédalo annule l'escapade à Rio.
jeudi 3 juillet 2014
Jeanne assassine
Au feutre, au pinceau, à l'encre de Chine, Nicolas de Staël ne dessine rien de neutre, mais l'écho d'une femme, de Jeanne assassine.
J'ai dérobé le bouquin de l'exposition d'Antibes pour cela: les dessins des collections particulières, les nus et figures d'intense joie.
Je ne bouge plus les yeux à la page du Guitariste. Il est déglingué comme le Christ dégingandé de Cimabue. Le feu des doigts danse sur la diagonale du bois. L'art expédié, entre deux portes, donne du fil à retordre.
J'aime sa beauté vierge. J'aime le dessin parce qu'il ne peint rien, pas même une lèvre. Le dessin n'a que la peau sur les os. Il faut qu'il mange.
Picasso a seize ans quand il exécute le croquis de Lola, dix-huit quand il se regarde sur la toile, s'approprie l'aurore, l'épingle à son oeil noir. Picasso a faim de dessin. J'ai chipé les cartes postales, carrer de Montcada, quartier du Born de Barcelone.
J'ai dérobé le bouquin de l'exposition d'Antibes pour cela: les dessins des collections particulières, les nus et figures d'intense joie.
Je ne bouge plus les yeux à la page du Guitariste. Il est déglingué comme le Christ dégingandé de Cimabue. Le feu des doigts danse sur la diagonale du bois. L'art expédié, entre deux portes, donne du fil à retordre.
J'aime sa beauté vierge. J'aime le dessin parce qu'il ne peint rien, pas même une lèvre. Le dessin n'a que la peau sur les os. Il faut qu'il mange.
Picasso a seize ans quand il exécute le croquis de Lola, dix-huit quand il se regarde sur la toile, s'approprie l'aurore, l'épingle à son oeil noir. Picasso a faim de dessin. J'ai chipé les cartes postales, carrer de Montcada, quartier du Born de Barcelone.
mercredi 2 juillet 2014
La bécane Ocana
Je longe le périmètre de mon domaine. J'ai retrouvé Flaubert et le bon air. J'inspecte une terre de libraires, les sillons du crayon, une micro-géographie de Saint-Michel à Saint-Sulpice, de Gibert Jeune à L'Age d'Homme.
Je zigzague au ralenti. Je dérive en majesté. Je jouis du balancement du plaisir. Soudain, j'accorde ma désinvolture aux écriteaux de La Procure. Les grands mots honorent la pleine saison du vélo.
Ocana est une marque de bicyclette. Luis Ocana s'est fiché une balle de pistolet dans la tempe. Comme Achille Zavatta. Un petit ouvrage est édité à la sauvette, raconte la gloire d'un athlète qui prend la poudre d'escampette. Vingt ans. Il commémore sur le tard l'homme des coups de boutoir. L'album retrace l'automne du maillot jaune.
Vain temps. L'homme se sauve comme une bête sauvage. Le champion s'échappe du peloton, faux pelage. Luis Ocana savait l'art d'être cabochard, dénia au grand Eddy l'exclusivité du panache guerrier. La colère d'Ocana noircissait l'asphalte des lacets. Il aimait les cols, qu'il grimpait seul.
Ocana était forçat. Par révolte. Merckx, c'était Picasso. Ocana, Nicolas de Staël. Blondin définit bien le gredin, écrit haut les mots qu'il faut, célèbre dans L'Equipe l'introuvable fantaisie, l'insoumise générosité du fils de mineur des Asturies. "C'était un géant, c'était un seigneur, et c'était le soleil".
Le coureur de Fagor a tutoyé la barre, éprouvé la vie pour voir. La voir se tordre en corps mort.
A l'angle de la rue Castellane et de la rue Greffulhes, je lorgne le vélo rouillé d'un brave camelot d'antiquités. Il jette sur le trottoir un surcroît de vieux objets, d'inutiles bidules, de livres sans sérieux. Ces bibelots du passé débordent de l'échoppe surannée.
J'observe la bécane Ocana, guidon abandonné. Envie de la chaparder. C'est le moyen de transport du propriétaire. C'est mon vecteur d'émoi.
Je zigzague au ralenti. Je dérive en majesté. Je jouis du balancement du plaisir. Soudain, j'accorde ma désinvolture aux écriteaux de La Procure. Les grands mots honorent la pleine saison du vélo.
Ocana est une marque de bicyclette. Luis Ocana s'est fiché une balle de pistolet dans la tempe. Comme Achille Zavatta. Un petit ouvrage est édité à la sauvette, raconte la gloire d'un athlète qui prend la poudre d'escampette. Vingt ans. Il commémore sur le tard l'homme des coups de boutoir. L'album retrace l'automne du maillot jaune.
Vain temps. L'homme se sauve comme une bête sauvage. Le champion s'échappe du peloton, faux pelage. Luis Ocana savait l'art d'être cabochard, dénia au grand Eddy l'exclusivité du panache guerrier. La colère d'Ocana noircissait l'asphalte des lacets. Il aimait les cols, qu'il grimpait seul.
Ocana était forçat. Par révolte. Merckx, c'était Picasso. Ocana, Nicolas de Staël. Blondin définit bien le gredin, écrit haut les mots qu'il faut, célèbre dans L'Equipe l'introuvable fantaisie, l'insoumise générosité du fils de mineur des Asturies. "C'était un géant, c'était un seigneur, et c'était le soleil".
Le coureur de Fagor a tutoyé la barre, éprouvé la vie pour voir. La voir se tordre en corps mort.
A l'angle de la rue Castellane et de la rue Greffulhes, je lorgne le vélo rouillé d'un brave camelot d'antiquités. Il jette sur le trottoir un surcroît de vieux objets, d'inutiles bidules, de livres sans sérieux. Ces bibelots du passé débordent de l'échoppe surannée.
J'observe la bécane Ocana, guidon abandonné. Envie de la chaparder. C'est le moyen de transport du propriétaire. C'est mon vecteur d'émoi.
mardi 1 juillet 2014
La débandade des proies
La sueur révèle le pot aux roses de la terreur. Les joueurs ont peur. Ils courent, une heure, deux heures. Derrière un ballon de couleur.
Ce spectacle de tacles exprime la débandade des proies. Les banderoles des sacrificateurs de stade communiquent l'état civil des prédateurs. Les Nègres du Nigeria ont été mangés in extremis, au bord du précipice. On entend des chants de supporters. On entend Deschamps dans les vestiaires.
Ce spectacle de tacles exprime la débandade des proies. Les banderoles des sacrificateurs de stade communiquent l'état civil des prédateurs. Les Nègres du Nigeria ont été mangés in extremis, au bord du précipice. On entend des chants de supporters. On entend Deschamps dans les vestiaires.
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