Bohème et Moravie sont comme un poisson ensablé, prisonnier d'un continent, à la recherche d'une trouée maritime. Divedlo est un mot frivole qui veut dire théâtre, gravé sur la pierre à hauteur d'oiseau.
Le petit déjeuner, du côté britannique, est un intermède rapide, le premier jet du futur fast food. Le temps des miels s'accommode des miettes. Je me rassasie de pains grillés. Je voudrais sauver la fainéantise des matinales friandises. J'ai la volonté de contrarier. En écho d'une majesté, je l'appellerais breakslow. Je n'écris pas vite, je tâche d'écrire faste.
Miloslav Mecir, le Slovaque, habite un souvenir en voisin, s'invite en songe tout à trac. J'aime l'exquise nonchalance de grand chat, le tennis d'apparat, l'expresse fulgurance d'un Nastase, sa griffe apposée sur la terre orangée.
mercredi 18 février 2015
lundi 16 février 2015
Sans additif d'adjectif
C'est l'adjectif qui donne la couleur. Le verbe et le nom se cantonnent au dessin. Virer l'épithète de sa tête est une élégance d'esthète. La belle lumière ne s'échappe alors que du jeu des voyelles. Faute de quoi, la phrase arasée, sans additif d'adjectif, est un bois sec, une pingrerie, un corps chétif.
La grande tradition chasse l'épithète comme un métèque, squatteur de texte. Or j'aime d'une phrase ses bonnes joues comme d'un arbre épanoui son surcroît de gros fruits. Je balance entre songe et mensonge. J'hésite entre deux paroles dites. A vrai dire, j'admire la rigueur d'artiste, la raideur janséniste du cristal monacal.
La grande tradition chasse l'épithète comme un métèque, squatteur de texte. Or j'aime d'une phrase ses bonnes joues comme d'un arbre épanoui son surcroît de gros fruits. Je balance entre songe et mensonge. J'hésite entre deux paroles dites. A vrai dire, j'admire la rigueur d'artiste, la raideur janséniste du cristal monacal.
Violents violons
Violents violons. Les chemises noires de l'orchestre ont épaulé leur arme, exécutent un rondeau de Mozart.
Dieu, c'est une musique qui n'a pas besoin d'être jouée. Flagrante. Intouchable et nulle part. Dieu gomme les hommes comme une sciure de sculpture. Il se débarrasse du travail de coulisse. Il voile l'ombre du monde. Dieu retourne la tapisserie. Un ciel étoilé est une musique achevée.
Le tramway est un petit train moqueur dont les enfants batailleurs ont grandi par erreur. La paille laminaire des lustres éblouit l'acajou des stalles de réfectoire. Je vide un verre de vilain vin morave.
La couleur de Bohème est d'humeur blême, d'ombre massacrante. Je me contente de l'édifiante vie des saints. Lire Kafka, c'est assimiler une part d'hostie, un pan de la beauté qu'il a faite, comme s'il était loisible de s'approprier la charité du curé d'Ars.
L'art de Kafka et la bonté du prélat logent à l'enseigne d'une joie bizarre. Dans un quartier d'antiques fabriques, s'entassent l'Einstein de Kokoschka, une toile de Seurat, trois Courbet à couper le souffle. L'oiseau noir aux ailes gothiques survole la Vltalva à hauteur d'Holesovice. La petite place, à côté de l'ambassade, est mouchetée de neige, griffée de maisonnettes muettes, murée dans un silence de façade. L'accent aigu, le petit point et le bout de ligne convexe scandent une graphie de texte tchèque.
Dieu, c'est une musique qui n'a pas besoin d'être jouée. Flagrante. Intouchable et nulle part. Dieu gomme les hommes comme une sciure de sculpture. Il se débarrasse du travail de coulisse. Il voile l'ombre du monde. Dieu retourne la tapisserie. Un ciel étoilé est une musique achevée.
Le tramway est un petit train moqueur dont les enfants batailleurs ont grandi par erreur. La paille laminaire des lustres éblouit l'acajou des stalles de réfectoire. Je vide un verre de vilain vin morave.
La couleur de Bohème est d'humeur blême, d'ombre massacrante. Je me contente de l'édifiante vie des saints. Lire Kafka, c'est assimiler une part d'hostie, un pan de la beauté qu'il a faite, comme s'il était loisible de s'approprier la charité du curé d'Ars.
L'art de Kafka et la bonté du prélat logent à l'enseigne d'une joie bizarre. Dans un quartier d'antiques fabriques, s'entassent l'Einstein de Kokoschka, une toile de Seurat, trois Courbet à couper le souffle. L'oiseau noir aux ailes gothiques survole la Vltalva à hauteur d'Holesovice. La petite place, à côté de l'ambassade, est mouchetée de neige, griffée de maisonnettes muettes, murée dans un silence de façade. L'accent aigu, le petit point et le bout de ligne convexe scandent une graphie de texte tchèque.
dimanche 15 février 2015
Les fiancées évadées
Sur le pont Charles, au milieu de spectres asiatiques, Vivaldi vivifie les doigts d'accordéoniste. L'hiver qui pince le menton est un fruit de saison. Il donne un coup de fouet. Il flanque une fringante virtuosité à la sonorité éraillée de l'instrument à grosses joues.
Je fuis l'art énamouré d'affichiste. De mon lit, j'apprécie les ciselures arachnéennes des branches qui grillagent les rainures du fleuve. J'observe l'idiotie maniérée des cygnes. Un tandem d'oies cendrées fend le ciel de Bohème comme s'il jaillissait d'un arc hypothétique.
On suit le soleil qui mène au Château. On frôle des grandes bringues. On plonge sur Prague et ses clochers en forme de seringue.
Kafka fait courir au musée des jeunes gens amusés. Je me penche sur la calligraphie des manuscrits. Je m'intéresse à la vie des saints. L'écriture virevolte au bras d'une tourmente. Elle danse légère, libre comme l'air, en toutes circonstances, pareille au vermicelle, aux lettres d'alphabet d'un petit potage d'enfant.
Felice, Julie, Milena, Dora. On contemple les photographies des fiancées évadées. Du cercle à l'ovale, les quatre visages détiennent une part d'Evangile. Frantisek, le petit juif, serre les doigts de sa cuisinière en chef. Il se cramponne à la matrone. Il est terrifié par le chemin à pied. Il cale devant l'école.
Je fuis l'art énamouré d'affichiste. De mon lit, j'apprécie les ciselures arachnéennes des branches qui grillagent les rainures du fleuve. J'observe l'idiotie maniérée des cygnes. Un tandem d'oies cendrées fend le ciel de Bohème comme s'il jaillissait d'un arc hypothétique.
On suit le soleil qui mène au Château. On frôle des grandes bringues. On plonge sur Prague et ses clochers en forme de seringue.
Kafka fait courir au musée des jeunes gens amusés. Je me penche sur la calligraphie des manuscrits. Je m'intéresse à la vie des saints. L'écriture virevolte au bras d'une tourmente. Elle danse légère, libre comme l'air, en toutes circonstances, pareille au vermicelle, aux lettres d'alphabet d'un petit potage d'enfant.
Felice, Julie, Milena, Dora. On contemple les photographies des fiancées évadées. Du cercle à l'ovale, les quatre visages détiennent une part d'Evangile. Frantisek, le petit juif, serre les doigts de sa cuisinière en chef. Il se cramponne à la matrone. Il est terrifié par le chemin à pied. Il cale devant l'école.
mercredi 4 février 2015
Un frêle esquif
La petite fille s'est fichée devant nous, droite et vulnérable, attentive et résignée, les coudes collés au corps comme pour saluer un jury de sport. Une même jeune fille supplée désormais la petite fille bousculée. L'espièglerie s'achève un jour de cérémonie.
Le père, le fils, la fille se frottent les épaules, comme au sortir d'une eau glaciale, suffoqués, demeurés sur le quai. Ils sont pâles dans la cathédrale.
La jeune fille est première, lit sa propre prière. Elle ne cille pas au domicile de Dieu. Le grand fils mêle ses voyelles, trouve des mots troués de sanglots, s'étonne d'une consonne qui résonne. Le père déplie une page, étire l'élastique de son visage, n'ira pas loin, empoigne la nuque des petits gardiens.
La mort laisse au port les rescapés d'un frêle esquif. L'homélie du chanoine déconcerte peu la pierre de patrimoine. L'homme chenu, revêtu d'une chasuble vieux mauve, apprivoise le cri de bête fauve.
Les pavés du parvis sont disjoints. Un soleil enlisé ne peut tiédir, ni le baiser des pommettes, ni le muet égarement d'une main qui ballotte.
Il est tard: j'embrasse la prof de guitare. Prague. Dans ma sacoche, je fourre les Lettres à Milena. Kafka est mort à quarante ans.
Le père, le fils, la fille se frottent les épaules, comme au sortir d'une eau glaciale, suffoqués, demeurés sur le quai. Ils sont pâles dans la cathédrale.
La jeune fille est première, lit sa propre prière. Elle ne cille pas au domicile de Dieu. Le grand fils mêle ses voyelles, trouve des mots troués de sanglots, s'étonne d'une consonne qui résonne. Le père déplie une page, étire l'élastique de son visage, n'ira pas loin, empoigne la nuque des petits gardiens.
La mort laisse au port les rescapés d'un frêle esquif. L'homélie du chanoine déconcerte peu la pierre de patrimoine. L'homme chenu, revêtu d'une chasuble vieux mauve, apprivoise le cri de bête fauve.
Les pavés du parvis sont disjoints. Un soleil enlisé ne peut tiédir, ni le baiser des pommettes, ni le muet égarement d'une main qui ballotte.
Il est tard: j'embrasse la prof de guitare. Prague. Dans ma sacoche, je fourre les Lettres à Milena. Kafka est mort à quarante ans.
mardi 3 février 2015
Temps de charlatan
Tapie est précis quand il définit la menterie: "Si j'ai menti, c'est de bonne foi". La lèvre de bateleur est de nature menteuse. Sa duplicité est une forme de sincérité. Tapie fait corps avec une fausseté qui tord la vérité. Tapie, phénomène de société, est une allégorie de la publicité. Il est notre grand homme.
Pigasse, homme du Monde, est le banquier complice de Tsipras. Avant la gloire de Syriza, Pigasse fustigea le funambulisme du Grec, provocateur de krach.
Mais le pouvoir intimide le libre commentaire. Mais l'argent adoucit le raisonnable jugement. Un même bagout sans répit impressionne une vox populi, fragile d'esprit.
Déesse Ka, jadis anonyme prof de fac, engrangea sur sa bonne mine une renommée de Paganini de l'économie. Il n'était pas Barre. Point barre. Un malentendu courut les rues. Sa légende figurait sur les vitraux des journaux.
Les coups de menton de télévision - Valls excelle dans l'exercice de feinte querelle - contribuent à l'autoritaire commercialisation d'une contrefaçon. La communication réussie fourgue un produit de mauvaise manière, de mauvaise compagnie.
Le rythme d'une phrase vient en marchant dans les champs. J'interroge sur le temps, un gars du coin, un paysan:
- Va faire meilleur, un peu ?
- Non. Temps de voleur. Pas mieux.
- Temps d'assassin ? Comme le disait l'Arthur, l'Abyssin ?
- Non. Temps de charlatan. Temps d'après le grand Charles.
Pigasse, homme du Monde, est le banquier complice de Tsipras. Avant la gloire de Syriza, Pigasse fustigea le funambulisme du Grec, provocateur de krach.
Mais le pouvoir intimide le libre commentaire. Mais l'argent adoucit le raisonnable jugement. Un même bagout sans répit impressionne une vox populi, fragile d'esprit.
Déesse Ka, jadis anonyme prof de fac, engrangea sur sa bonne mine une renommée de Paganini de l'économie. Il n'était pas Barre. Point barre. Un malentendu courut les rues. Sa légende figurait sur les vitraux des journaux.
Les coups de menton de télévision - Valls excelle dans l'exercice de feinte querelle - contribuent à l'autoritaire commercialisation d'une contrefaçon. La communication réussie fourgue un produit de mauvaise manière, de mauvaise compagnie.
Le rythme d'une phrase vient en marchant dans les champs. J'interroge sur le temps, un gars du coin, un paysan:
- Va faire meilleur, un peu ?
- Non. Temps de voleur. Pas mieux.
- Temps d'assassin ? Comme le disait l'Arthur, l'Abyssin ?
- Non. Temps de charlatan. Temps d'après le grand Charles.
lundi 2 février 2015
Un drap au-dessus
La rogne, la hargne, la trogne. Il vocifère à se décrocher la mâchoire. Il s'époumone, tonne contre lui-même. On ne dompte pas un mastodonte. Une volonté de fer se moque d'un talent velléitaire. Karabatic aux dents bleues sourit comme un dauphin aquatique, joue avec le feu dans les yeux. Karabatic mastique un bout de chair qatari.
L'essaim des géants se décompose en mouvement. L'oiseau gardien est un pantin désossé, une marionnette à longs bras qui lance des vivats. Une bande de hand est un gang de dingues. Même pas peur s'imprime en for intérieur d'Omeyer.
Le Vigan jette en boule ses vêtements sur le sable. Il nage vers le large. Il peint dans la vague l'autoportrait d'un noyé. Jean, c'est Gabin. Quai des brumes ranime un genre de beauté, un style d'infini, Le Havre où Céline voulait finir assis, ni ivre ni poli.
L'ivrogne de comptoir s'appelle Quart-Vittel. Il détaille les contours d'une merveille. "Mon rêve, c'est de dormir dans de vrais draps blancs. Tu sais, un drap au-dessus et un drap en dessous".
L'essaim des géants se décompose en mouvement. L'oiseau gardien est un pantin désossé, une marionnette à longs bras qui lance des vivats. Une bande de hand est un gang de dingues. Même pas peur s'imprime en for intérieur d'Omeyer.
Le Vigan jette en boule ses vêtements sur le sable. Il nage vers le large. Il peint dans la vague l'autoportrait d'un noyé. Jean, c'est Gabin. Quai des brumes ranime un genre de beauté, un style d'infini, Le Havre où Céline voulait finir assis, ni ivre ni poli.
L'ivrogne de comptoir s'appelle Quart-Vittel. Il détaille les contours d'une merveille. "Mon rêve, c'est de dormir dans de vrais draps blancs. Tu sais, un drap au-dessus et un drap en dessous".
Inscription à :
Articles (Atom)