Nous
sommes nés quelque part, nous les imbéciles heureux de Georges Brassens. Jésus
vaille que vaille est enfanté sur la paille. Jupiter s’auto-commémore à
Chambord. Il a le sourire carnassier du quadragénaire. C’est le roi mage de sa
propre image. La vie est un selfie
qu’il apprécie. Je doute que la secte dure deux millénaires.
dimanche 24 décembre 2017
jeudi 21 décembre 2017
Uppercut
Le
type d’Antibes vient des steppes. Il boxe dans l’axe exact du luxe. Château
Grimaldi, il gîte à l’étage, hors Picasso. Il taille au couteau les soleils du
stade, la féerie d’un tableau d’Uccello. C’est un drap flanqué sur la chaux,
une bataille de couleurs, une querelle de soldats, un match de mauvais gars.
Parc des Princes est une toile de Staël,
brutale, un uppercut pleine gueule. Nicolas de Staël von Holstein a peint un
feu d’artifices musculaire. Il
figure des divinités de chair dans une nuit, méchante comme une teigne.
Il est
entré dans la danse par la fulgurance. L’indivision est une précision, une
prouesse, un geste de politesse. Il y a le corps cassé d’ « un
coiffeur » sur le banc de touche extérieur, une reprise de volée, pleine
lucarne, jambes parallèles, à moitié comme des ailes.
samedi 9 décembre 2017
Lien social éphémère
A la
fin de sa vie, Sartre confie : « Il y a dans l’espoir même une sorte
de nécessité » (L’espoir maintenant,
éditions Verdier, 1980, page 21). Or la gloire d’un quidam absorbe le besoin de
croire des hommes. Johnny est une
idole qui ne tombe pas du ciel. C’est un fauve aux yeux mauves. Il chante, il
danse. C’est un boxeur de ring, rude au mal, dans les cordes vocales. L’artiste
est pugiliste. Il compense la désespérance sociale. La star fait croire à
l’aurore. Les fidèles de l’arène veulent une vérité charnelle. La ferveur est
une demande de bonheur. Au commencement, il y a l’engouement.
Les
religions jettent des traits d’union, fabriquent des communions, ouvragent du
lien social. Les dieux relient les lieux. La divinité assemble les hommes d’une
même piété. Elle les joint comme des mains.
Mais
les dieux expriment une fatigue. Ils sortent harassés des siècles passés. Ils
désertent les consciences. Au for intérieur s’impose un silence extérieur.
L’idole
sans ciel occupe une place vacante. L’idole des jeunes s’est substituée au jeûne
divin. L’idole dansante est bien vivante, immanente et chantante. Les dieux
étaient cachés. L’idole est dévoilée. C’est un corps de rock star. On veut la
toucher. C’est une relique de chair. Elle guérit un désespoir, ajourne une
mémoire, gomme une mort. Sa promesse sur terre est une ivresse passagère.
Les
hommes, pétris d’humus, se destinent à un pathétique terminus, sous des
pelletées de terre. La star est un bellâtre qu’on idolâtre. Elle donne aux
hommes un songe à rogner, un rêve à aimer. Johnny est un lien social éphémère.
Comme on le dit d’une boutique à murs provisoires. L’émotion d’une communion
dure le temps de recueillement de la nation. A bout de souffle, la religion
passe le flambeau à d’Ormesson.
Mais
la gloire se compte en quarts d’heure, à l’école de Warhol. La société produit
beaucoup de prophètes bien formatés. Mais cela ne suffit pas. Elle a besoin
d’un surcroît de Johnny(s) pour raviver les liens distordus, recoudre le tissu
des fraternités déchirées. Il y a le foot et Johnny, le rock et Messi, et puis
rien. C’est le vide. On manque d’idoles qui fassent salle comble. Leurs affiches se décollent comme des
banderoles dont on se fiche. Les foules se foutent des reines d’un jour. Elles
ne sont pas rassasiées. La société, chaque matin, doit veiller à multiplier les
pains.
Le
lien social éphémère est un leurre communautaire. La machine à produire du
sacré fonctionne comme une planche à billets démonétisés. La religion est un
grand corps malade. On colmate par des artefacts. On rafistole les vieilles
idoles.
Bref,
la rock star illustre une misère. Faute de mieux. A défaut d’un dieu. Face au
vide, Johnny amorce une entraide. C’est le gala des gars du monde. On partage
ses photographies comme des fragments d’hostie.
Je
me souviens des funérailles moscovites de Vladimir Vissotski, le chanteur de
folie des révoltes de Russie. Plus d’un million d’endeuillés, en ce jour de
juillet mille neuf cent quatre-vingt, ont déferlé hagards derrière un corps
drapé de noir. A l’époque, la rébellion d’un poète rassemblait une nation,
réalisait pour de vrai l’union soviétique.
Sur
les Champs-Elysées en habits de Johnny, un visage aux yeux rougis, une trogne
de pèlerin transi, trouve les mots, lâche un cri : « Là, on perd
quelque chose de gros ».
C’est
la liesse, avant la messe de kermesse. Les récitants de La Madeleine manquent
de souffle, de fièvre, jamais hors d’haleine. Seul Rondeau, mèche à la Malraux,
use de mots à juste écho. Il sauve l’honneur du rocker.
mercredi 6 décembre 2017
J'entends plus la guitare
C’était
un même jour d’octobre mille neuf cent soixante-trois. De Gaulle était notre
roi. Kennedy serait assassiné dans un mois. Cocteau et Piaf meurent en même
temps, à six heures d’intervalle. Le poète a l’âge de Johnny aujourd’hui. La
Môme est très jeune, moins de cinquante ans. Jean d’Ormesson fait équipe
avec Johnny comme Piaf et Cocteau jadis. Paroles et musique. Ils ont choisi le
même jour pour jouer leur vilain tour.
« J’entends plus la guitare ». C’est le titre magnifique d’un film de Philippe Garrel, grand artiste. Il évoque une parole coupée, une musique interrompue.
« J’entends plus la guitare ». C’est le titre magnifique d’un film de Philippe Garrel, grand artiste. Il évoque une parole coupée, une musique interrompue.
mardi 28 novembre 2017
Meurisse, l’impérissable
Hier sur Arte, Le Deuxième Souffle. On célèbre Melville.
Je n’ai vu que Paul Meurisse. On n’oublie pas Blot. Le commissaire tutoie le
légendaire, fait écho dans nos mémoires.
La couleur n'était pas inventée. Les images étaient grises.
Les histoires étaient noires. Les robes étaient blanches. Le cinéma était un
divertissement de temps couvert. Il reproduisait le terroir granitique.
Paul Meurisse est un fils de Dunkerque. Il rêve
d'Albuquerque. Il se terre clerc de notaire au pays des houillères. Sa vie est
encastrée dans un cadastre.
Paul Meurisse est le plus grand acteur du siècle. A
revoir "Quand passent les faisans", on se pince. Meurisse se
hisse au plus haut. Aux autres laissent les os. Il rapetisse Serrault, fait
oublier Blier. Il ringardise les plus sublimes. Robert Dalban est le
lieutenant d'un monument. Yvonne Clech est "une sorcière aux dents
vertes".
Audiard chaparde les mots du bistrot, volent dans les
plumes de Céline. Il retouche Destouches.
Sur la nappe, il y a les acteurs, en vraie grandeur. Le
film est un champ de menhirs à perte de rire. Audiard est cerné de phénomènes.
Audiard fait parler les dolmens. Alexandre, Hyacinthe et Arsène.
Paul est pâle. Paul Meurisse a la délicatesse de la
prestesse. Serrault est traité de "pithécanthrope de Rodez", Blier de
"petit jouisseur". Les escrocs s'échangent des mots d'archanges. Deauville. Il pleut des
hallebardes. On ne voit pas Le Havre. Papa lit San Antonio dans son
Wigwam. Le cinéma du Casino affiche "Le monocle rit jaune". Meurisse,
l’impérissable.
dimanche 26 novembre 2017
Vers la mer
Vous connaissiez La Vague de Courbet et les ciels de Corot.
Vous serez ébloui par la mer de Malherbe. Guy de Malherbe peint la lumière à pleine chair, aux premières
loges du luxe littoral et des
beautés minérales.
Il expose à la Galerie La Forest Divonne (12 rue des Beaux-Arts 75006
Paris) jusqu’au 18 janvier 2018.
jeudi 23 novembre 2017
La fable de l'unanimité
Castaner
est débonnaire. On le nomme vicaire de Jupiter. Il est le favori, le protégé,
le planqué d’une Macronie, insoucieuse de démocratie.
Castaner
est d’un commerce délicieux. Il arbore un poil réglementaire aux normes
publicitaires. Le lieutenant tient lieu à tout instant. Il est souriant comme
un premier communiant. Castaner a l’accent du terroir innocent. Il est affable
au point de croire à la fable de l’unanimité.
C’est
un marcheur, colporteur de bonheur, à godillots brevetés par le caudillo d’en
haut, distributeur de selfies comme de sucreries.
Casta-nerfs
les garde en toute occurrence. Il gère la maison d’Emmanuel en pépère Noël.
Pour ce faire, il dispose de la légitimité robotique du mode de sélection
soviétique. Macron et les siens fêtent à leur façon le centenaire de la belle
Révolution d’octobre. Castaner parle avec naturel de l’essentiel. Il est l’homme
de main des lendemains qui chantent, le légat du prolétariat, l’idéale doublure
d’une réelle dictature des petites mains ouvrières. Autrement dit, le communisme de Macronie est au bout du
fusil. C’est une pétoire à deux coups, deux révolutionnaires mandats.
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