vendredi 7 octobre 2022
Les yeux bleus
Pour nous les gueux, les yeux de président n’étaient jamais bleus. Naguère, les regards n’étaient pas clairs. Ils étaient noirs. De de Gaulle à Hollande, l’œil de deuil prévalait. Avec Macron, la République change de prunelle comme de chemise, ou de paradigme. Elle impose une transparence glaciaire. Elle nous fusille du regard.
Jadis Hallier taxait Giscard de « colin froid ». Or aujourd’hui le pays est gouverné par un trio de colins hyper froids : Macron, Borne, Lemaire. Manu, Lili, Nono ont les yeux trop bleus. Glagla. Froid dans le dos. Ils nous réfrigèrent pour l’hiver.
jeudi 6 octobre 2022
Au début de l'automne
Au hasard de la galerie d’art de Marie-Hélène, j’ai revu Jean Michel qui exposait ses toiles, avec fièvre évoquait Blaise Cendrars. Je me suis amouraché de son moucharabieh.
L’artiste cachait ses émotions à ses heures d’administration. Il épaulait Georges Duby à La Sept, l’inventif brouillon d’Arte. Proche de Soulages, il s’était consacré à la peinture, le seul visage qu’il se reconnaissait comme sa propre nature.
Ce gentilhomme de la télévision visait la cible aujourd’hui délaissée des « audiences attentives ». Et cette qualité d’attention, de modestie, d’artiste accompli, je l’observais dans l’amphi du Séminaire Multi-Médias, rue Descartes, à la Montagne Sainte Geneviève. Jean-Michel Meurice était recueilli, à l’écoute des technologies, des images et des sons. Jean-Michel Meurice est mort au début de l’automne.
mercredi 21 septembre 2022
L'art d'un dieu
Godard est mort. Dieu, la reine. Je ne me sens pas très bien. C’est un coup du sort qui déflore un visage de terreur, qui subtilise à nos regards une impeccable majesté, une manière sur la terre d’exalter la beauté.
Godard nous laisse en rade, nous abandonne aux mascarades de la crétinerie, aux torpeurs de la laideur.
“Pierrot le fou” est une œuvre géniale, le rêve wagnérien d’un art total. L’art d’un dieu: peinture, musique, danse et poésie. Godard fait des poèmes avec des fenêtres dans le ciel, des découpages de la nature, des profils et des figures, des bribes somptueuses.
Rimbaud, Nicolas de Staël étaient ses frères de grande querelle. Godard lègue un testament d’artiste diamantaire: “Soigne ta droite”. Fignole ton petit pan de légitimité jusqu’au bout. Le grand art est une boxe. Godard chiade les encoignures.
Il a forgé l’outil d’ouvrier qui lui sied. Le cinéma, son dernier cri, à bout de souffle.
Dans un film sur Sarajevo, il énonce tout de go son credo: “La culture, c’est la règle; l’art, c’est l’exception.” C’est ce quartier de soleil, ce fragment de splendeur qui se dérobe aujourd’hui.
Je voudrais revoir “Week-end “, revoir la scène de la ferme où les paysans à fourches s’approchent du pianiste, sur la pointe des pieds.
La beauté des films de Godard ne doit pas mourir, se détériorer dans de vagues archives. Au voisinage du maître helvète, on est sur le qui-vive, dans la fulgurance et le grand métier. Il n’y a qu’un seul métier: tous les autres sont des courbures d’imposteur. Godard chantait la sainteté du coquelicot. Il en restituait l’écho.
“Le roi vient quand il veut “. Godard savait la remarque de Michon. La mort est une allégorie des beaux arts. Un de chute. Les temps se hâtent.
Faute de vrais rois, on se satisfait de pâles denrées d’hérédité. Le roi d’Angleterre légitime n’est pas le petit Charles au teint rosé. Non, le seul roi d’Angleterre que je reconnaisse est Irlandais. C’est Samuel Beckett. Indiscutablement. Observez les photographies de sa belle tête, de sa longue silhouette. Tant que Beckett régnera, rien d’essentiel ne capitulera.
Depuis les statues grecques du “Mépris “, Godard appartient à une lignée de rois, dotés du même regard loyal, situé de plain pied dans le sacré.
dimanche 21 août 2022
C'est comment qu'on Fresnes ?
Les ploufs de pataugeoire et les petites pétarades merdiques de karting insupportent les jeunes incarcérés. Ils se sentent blessés dans leur pedigree de petites gouapes.
Ils fustigent ce genre de veillées scoutes lénifiantes, paternalistes, nullissimes.
En revanche, ils réclament l’organisation rapide de rodéos urbains, en vraie grandeur. Ils veulent du hors sol, hors les murs. Illico presto. La fierté du voyou n’est pas négociable.
vendredi 19 août 2022
De la platitude
Le meneur de jeu galvanise les egos. Quand vient son nom, la caméra cadre au mieux un sourire niais, le contentement de l’invité.
Le sujet est d’actualité : « Pourquoi Zelenski n’a t-il qu’un seul vieux ticheurte sur le dos, toujours le même ? »
On va le savoir assez vite. Sont réunis un général, une universitaire, une journaliste, une toubib. La bourdivine sociologie est respectée. Un cinquième commensal s’affiche à l’écran. On lui demande s’il entend. Lui aussi sourit, très poli. Il est assis chez lui devant des rangées de livres à l’infini. Il apprécie qu’on le photographie comme s’il habitait une librairie. Il révèle ainsi qu’il sait lire.
Sur le plateau, les experts forment un quatuor d’auteurs. L’image associe leur dernier ouvrage à leur actuel visage. Un livre par tête, en revanche. La bibliothèque entière n’est autorisée qu’à l’expert télétravailleur. Satisfaction générale. Platitude à son sommet d’audience.
A la fin, l’animateur remercie tout le monde. Y compris la mercière de Périgueux. Les jolis sourires se raniment.
jeudi 11 août 2022
Lumière d'août
Service Littéraire ne suffit pas. Je complète, j’enrichis mes lectures. Je feuillette Voilà et Gaçi. Pas seulement sur la plage. Je m’informe grave.
Dans l’eau, Macron fait des ronds. Il canote, il pétarade, c’est selon l’angle du photographe. Il travaille quand il pagaie. Il exhibe un poitrail car c’est l’été. La griffe Manu du décolleté supplante même le vieux modèle Bernard-Henri, déprécié dans les médias. Madame Manu se distrait avec sa smalah, qui squatte le fort, barbote dans la pataugeoire. On dirait Abdallah à Moulinsart.
Entre deux pizzas, Manu réfléchit au mandat. Le premier était conforme à son génial bouquin castriste de futur académicien : « Révolution ». Mais Manu, l’extrême centriste, sait qu’il est taxé de suffisance. « Révolution, saison 2 » ne devrait pas tarder à paraître, à rétablir la vérité d’un homme. Manu se ressource, se réinvente à chaque instant. Il se soucie des incendies, se tourmente du Beluga, du pouvoir d’achat, du sort d’Odessa. C’est un chic type.
Il a relu Faulkner malgré les Canadairs. « Lumière d’août » est un titre qu’il apprécie, qu’il ne cantonne pas au seul Mississipi. Il lui va bien. Le service de presse de l’Elysée n’a pas démenti.
dimanche 7 août 2022
"Majestuosité"
Je guette la beauté du monde derrière l’ordinaire écran d’ordinateur. Je regarde les images de mer, de soleils éphémères, de villégiatures balnéaires. Je visite le site d’un grand groupe hôtelier dont l’honorable président séjourna jadis à l’année au palais de l’Elysée.
A son style, je remarque le rédacteur des notices inspirées qui instruisent des délices des rêveuses destinations. Il ne signe pas ses textes, ses trouvailles d’artiste. Pas besoin. Il se dévoile : un rien l’habille. Car « majestuosité », c’est fort, c’est du Paul Bismuth craché.
Au four et au moulin, le président déploie une activité d’enthousiaste stagiaire, rédige à tire-larigots, comme une discrète Pénélope de province. L’essentiel ne lui a pas échappé : « la majestuosité » du palace de San Remo.
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