jeudi 29 décembre 2022

La fin des haricots (3)

Le sujet, c’est l’envie d’écrire, de faire luire la phrase comme on frotterait des pièces d’argenterie. En chemin, j’ai rencontré le président Macron, les gilets jaunes, le virus de Chine, la guerre. Grand chemin, semé de bandits. Certains de mes livres trouvent une issue littéraire dans la mémoire, des souvenirs recomposés, une vie morte reconstituée. D’autres s’imposent à moi, heurtent de plein fouet une écriture, se présentent tels quels comme des modèles à figurer. Ce sont des croquis d’aujourd’hui, extérieurs au for intérieur. « La fin des haricots » en prolonge les traits, fait écho à l’art des portraits. Il appartient au deuxième style, rosse et féroce. Car je ne considère pas comme fortuit le mot rire dans celui d’écrire. Rire et écrire procède du même élan, du même tourment, d’un même ricanement. Ce dixième ouvrage se situe dans le droit fil d’un premier livre consacré à de Gaulle. Il témoigne d’un retour aux sources. Il s’affiche comme la chronique urticante d’un fiasco national. Les personnages publics dont j’évoque les agissements fugitifs, dont je mentionne les noires impérities, obéissent au monde enfantin de la bande dessinée. A vrai dire, j’observe un théâtre, non pas absurde mais burlesque, où l’acteur au pouvoir endosse la caricature comme une deuxième nature. Je regarde comment s’agitent les chefs à savoir bref. Ce livre n’appartient à aucun genre bien défini. Un peu pamphlet, un peu essai littéraire, peut-être les deux à la fois, il dessine la tragi-comédie du pouvoir. Il s’est écrit à mon insu, tout seul, sans que je le veuille. Là, je parle du livre, comme d’un bloc unitaire. Mais la phrase, je l’ai voulue, désirée, convoitée, courtisée. Il n’y a pas d’histoire. Mais toujours une couleur, faite de consonnes et de voyelles. Et une couleur, c’est beaucoup plus important qu’une histoire. Car je crois que l’imagination la plus pure, c’est de voir de la couleur dans une phrase, dans une écriture, dans un livre. Du ressenti, du subjectif, de l’arbitraire : l’écrit le revendique ici. J’invente au besoin, j’affabule à plaisir. J’observe la gesticulation du pouvoir avec compassion, mépris et moquerie. L’actuelle gestuelle mécanique du pouvoir, à cadence saccadée, renvoie à des saynètes d’un cinéma disparu, aux délires de Louis de Funès, Tati, Chaplin, Keaton, Sennett ou Harold Lloyd. Le genre politique selon Macron ressortit de l’art burlesque. J’écris à la recherche de quelque chose. Je suis un désir dans un désert. Je suis à la remorque de ce désir d’écrire. Alors savoir si c’est un roman, un essai, un pamphlet, à vrai dire je n’en sais rien. Je sais seulement que le désir est impérieux, qu’il exerce un empire ravageur sur mon écriture, qu’il frappe toute laborieuse volonté d’un dédaigneux coup de vieux. Une fois le livre achevé, j’ai été saisi par un vers de Pasolini qui m’a émerveillé : « La connaissance est dans la nostalgie » (Adulte ? Jamais). Oui, mes haricots témoignent d’un cri qui est celui de la nostalgie. Un cri de scrogneugneu. Avant, c’était mieux. Il y avait davantage de soin dans le travail ouvragé. L’éditrice du livre m’a confié que le livre « ne manquait pas d’humour ». On attribue souvent à Boris Vian une phrase qui appartient à Chris Marker, le poète cinéaste : « L’humour est la politesse du désespoir ». Cette politesse du désespoir, je l’ai baptisée, moi, avec mes propres mots : « la fin des haricots ». Bref, j’ai écrit tous les jours des bouts de phrases. A force, cela a représenté une centaine de pages. C’est généralement la taille de mes livres. J’ai relu l’ensemble. Et j’avais l’impression que "ça tenait ». Je n’ai pas projeté au départ que je voulais écrire ce livre. Pour moi, c’était une récréation, un divertissement. Une manière de retarder les échéances. Avant de passer aux choses plus sérieuses, à ce livre auquel je pense un peu tous les jours, celui-là voulu et bien voulu, un livre sur l’écriture, la solitude, le style, le théâtre. J’ai le titre, obsessionnel: « Une manière d’être seul ». Mais je ne sais pas si je suis capable de l’écrire, ce livre. Quand j’écris, j’ai finalement l’impression d’être à ma place. La difficulté est d’y rester.

mercredi 21 décembre 2022

La fin des haricots (2)

Certains de mes livres trouvent une issue littéraire dans la mémoire, des souvenirs recomposés, une vie morte reconstituée. D’autres s’imposent à moi, heurtent de plein fouet une écriture, se présentent tels quels comme des modèles à figurer. Ce sont des croquis d’aujourd’hui, extérieurs au for intérieur. « La fin des haricots » en prolonge les traits, fait écho à l’art des portraits. Il appartient au deuxième style, rosse et féroce. Car je ne considère pas comme fortuit le mot rire dans celui d’écrire. Rire et écrire procèdent du même élan, du même tourment, d’un même ricanement. Ce dixième ouvrage se situe dans le droit fil d’un premier livre consacré à de Gaulle. Il témoigne d’un retour aux sources. Il s’affiche comme la chronique urticante d’un fiasco national. Les personnages publics dont j’évoque les agissements fugitifs, dont je mentionne les noires impérities, obéissent au monde enfantin de la bande dessinée. A vrai dire, j’observe un théâtre, non pas absurde mais burlesque, où l’acteur au pouvoir endosse la caricature comme une deuxième nature. Je regarde comment s’agitent les chefs à savoir bref. L’ouvrage vient de paraître. Il est disponible à l’adresse suivante : https://catalogue.5senseditions.ch/fr/home/518-la-fin-des-haricots.html

vendredi 16 décembre 2022

Quatre hermaphrodites

L’école mélange les filles et les garçons dans ses classes de sales gosses. Les ministresses ne sont plus des potiches décoratives dans nos audacieux gouvernements d’extrême centre. Borne est davantage qu’un ornement. Seuls les territoires à pognon de dingues, les conseils de grands sachems du CAC 40, se barricadent encore. Pas touche au viril grisbi ! Le sport, autre lieu de la thune décomplexée, pratique l’apartheid des sexes, avec la même désinvolture qu’un fait de nature. Mais c’est idiot de composer deux équipes uniformément genrées. Une seule suffit, métissée d’hommes et de femmes. La bande des onze qui zigzaguent sur une pelouse devrait se conformer à la règle égalitaire suivante : cinq femmes, un hermaphrodite, cinq hommes. Avec un banc de touche de quatre hermaphrodites.

mardi 13 décembre 2022

DécemBRRR...

Quand on veut, on peut. La planète refroidit. On respire mieux. On tousse. Il fait un froid de gueux. On est heureux. Désormais, le réchauffement des pôles est une vieille lune, une tracasserie d’antan. La brave éolienne a terrassé le dragon torride. La fin du diésel a eu raison de la moiteur tropicale. On a bien travaillé, les gars. Les présumés gars, pour parler comme il faut, comme le font les danseurs de tango de science-po. On se rapproche de sa cavalière, on oublie les gestes barrière. Pardon. On est bien à se geler les doigts de pied. On se tricote des chandails en laine de Ségolène. C’est elle, la reine de la cop 21 qui nous a sauvés du désert et des étés incendiaires. La niaque du Giec a payé. La nouvelle ère glaciaire est une victoire humanitaire, le triomphe fracassant des stratégies volontaires. DécemBRR… Quand on veut, on peut.

lundi 12 décembre 2022

Flaubert

Deux siècles, même un peu plus, que Flaubert est né, qu’il est sorti du néant pour écrire sur rien, pour hisser la littérature à sa grandeur nature : la force d’un style. « J’ai l’âge de Flaubert quand il erre loin de l’estuaire, s’assied dans le sable, fourre ses yeux dans la mer. Le Havre est sur ses lèvres. Flaubert va s’endormir là où Céline voudra finir. Culottes courtes et carottes cuites. Flaubert se ranime. Une silhouette l’éveille comme un éclat d’album. Elle ravage le paysage, piétine une vie d’enfant sage. Flaubert est beau. Tard, il songe encore à sa distinction de figure. La vie de Gustave va brûler d’un sang brutal. Elle est trouée, éborgnée par un alcool qui cogne. La baigneuse de Trouville s’approprie la mémoire d’un gosse débile. Elle flèche sa chair sur l’idiot de la famille. Flaubert s’absente de ses genoux. Il re-garde. Il garde deux fois. Il regarde, roi dans ses yeux. Une lumière de grand août interroge le rouge écarlate d’une étoffe à stries noires. Le garçon a l’âge de raison, deux fois dans ses os. La double raison donne une fraîcheur à sa déraison. Flaubert est fou. Il voit flou. Il est halluciné par un surcroît d’images. Gustave écrira ses Mémoires, gravera son désespoir comme on trace ses initiales sur une pierre tombale. Flaubert saisit le fétiche comme une algue sèche. Il traîne la soie sur le sable comme une robe d’épousailles. Il la gare des mouillures de la mer. Ses doigts ont senti le corps sans peau du manteau vide. Il froisse la pelisse. Il s’entiche d’une revenante. Flaubert se terre à l’auberge de l’agneau d’or. Il bouquine Byron, se remémore Cervantès. Il confie au papier l’éblouissement d’une épiphanie. Le collégien de quatrième a croisé le chemin d’une reine. » Ce texte est extrait de « La cicatrice du brave » (5 Sens Editions, 2017, pages 31/32). https://catalogue.5senseditions.ch/fr/poesiereflexiontheatre/90-la-cicatrice-du-brave.html

samedi 10 décembre 2022

La fin des haricots

L‘ouvrage porte le dossard 10. Il est le dixième marmot de la famille de mes mots. Il jette un œil distancié, un regard amusé sur la tragi-comédie du pouvoir. « La fin des haricots » brûle la politesse à Noël. Il paraît le 20 décembre.

lundi 7 novembre 2022

C'était hier

« C’était hier. A la table du conseil des ministres, on dénombre quatre présidents. De Gaulle est entouré de Pompidou, Giscard, Chirac. A sa droite, « l’ami génial », Malraux. La témérité de De Gaulle a fatigué d’avance les générations ultérieures. Après, bien après de Gaulle, elles gouvernèrent avec l’énarchie du désespoir. Dans le « refaire la France » de De Gaulle, ce n’est pas la France - comme aujourd’hui – qui gênait. C’était « faire », l’introuvable « faire ». Au sens des petits gars de l’île de Sein. » Ces phrases sont extraites de « C’est encore loin de Gaulle ? » (Editions du Bon Albert, 2002) et de « La fin des haricots » (5 Sens Editions, à paraître).