Koltès se lit d'une traite. Dans la solitude des champs de coton. J'en vérifie l'aptitude au temps long. Une heure à déclamer, en prévision des Amandiers, de la journée Chéreau, à prononcer des mots comme se poursuit le bréviaire d'un homme de presbytère.
Je récite Koltès. Je m'acclimate à sa phrase. D'une pièce, d'un seul tenant, elle se jette dans l'océan, dans le blanc d'avant. Elle dit une fatalité d'anthropologie. Une peur d'insecte tenaille le dealer du texte. Dans un monde de brutes, les demoiselles cassent la vaisselle, sont lauréates des pugilats.
Isaach de Bankolé est un acteur camerounais, l'Abad de Quai Ouest, dont la bouche est scellée. Avant les représentations, le comédien travaille sans rien, construit un corps sans bruit, habite une faillite, s'accoutume au défaut des mots.
L'entourage s'effraie. Le grand Nègre est hospitalisé à Sainte-Anne. "Moi j'ai tout de même passé une nuit là-bas. Ils ont ouvert le grand dortoir, c'était comme la Banque de France: portes blindées, larges comme ça".
samedi 30 novembre 2013
jeudi 28 novembre 2013
Travailler du chapeau
Une enfance rurale m'enseigna le parler coloré des villages. Je suis sensible à l'éloquence du soi-disant bon sens. En nos hameaux, on ne se payait pas de mots. L'illuminé du clocher, en pays labouré, "travaillait du chapeau".
Selon une fédération de la prévention, la nation compte un million de travailleurs du melon. Varin fait partie de la confrérie. Varin de chez Peugeot bricolait du chapeau, taquinait de la retraite feutrée.
La raison l'a sauvée. Il recouvre ses esprits, à défaut de sa liasse de Monopoly. Varin renonce à porter le galurin. Le Medef en accusation n'appréciait pas son couvre-chef de fonction. Varin rebrousse chemin. Il vivra sa retraite nu-tête.
Selon une fédération de la prévention, la nation compte un million de travailleurs du melon. Varin fait partie de la confrérie. Varin de chez Peugeot bricolait du chapeau, taquinait de la retraite feutrée.
La raison l'a sauvée. Il recouvre ses esprits, à défaut de sa liasse de Monopoly. Varin renonce à porter le galurin. Le Medef en accusation n'appréciait pas son couvre-chef de fonction. Varin rebrousse chemin. Il vivra sa retraite nu-tête.
mercredi 27 novembre 2013
Galli-marre !
La modernité rétrécit la liberté, réduit le champ d'une minimale correction, amenuise le souci d'exactitude.
"Ca ne trompe pas". Je prends de la chevrotine dans la rétine. Le ça de Freud devient syllabe de cacao. Galli-marre ! Le véloce éditeur publie la correspondance de Chardonne et Morand sans disposer d'un matériel d'imprimerie précis, respectueux de la langue, de ses règles de courtoisie. Je me souviendrai longtemps de la page soixante-sept. Comme d'un guet-apens.
Le "c" cédille majuscule s'est égaré du clavier. La maison du bon vieux Gaston se conforme au vouloir péremptoire d'un ordinateur. Elle se moque du petit croc de boucher, emboité au "c" d'alphabet, que Chardonne trace à la diable. Elle se rit du manuscrit.
Le grossier grossiste déballe mal ses bibelots d'artiste. Il produit de la phrase comme de la betterave.
"Ca ne trompe pas". Je prends de la chevrotine dans la rétine. Le ça de Freud devient syllabe de cacao. Galli-marre ! Le véloce éditeur publie la correspondance de Chardonne et Morand sans disposer d'un matériel d'imprimerie précis, respectueux de la langue, de ses règles de courtoisie. Je me souviendrai longtemps de la page soixante-sept. Comme d'un guet-apens.
Le "c" cédille majuscule s'est égaré du clavier. La maison du bon vieux Gaston se conforme au vouloir péremptoire d'un ordinateur. Elle se moque du petit croc de boucher, emboité au "c" d'alphabet, que Chardonne trace à la diable. Elle se rit du manuscrit.
Le grossier grossiste déballe mal ses bibelots d'artiste. Il produit de la phrase comme de la betterave.
Les yeux au ciel
On contemple une écorchure. Les tuyaux perdent leur sang. L'eau du plafond s'égoutte dans une poubelle de voirie. Il pleut au rez-de-chaussée.
La fuite fait fuir. L'alarme n'émeut pas le gendarme. Le pompier nous identifie comme des casse-pieds. Il est en panne d'échelle. On lève les yeux au ciel. L'inutile plombier coche les cases de son carnet à souches. On paie sans avoir la paix.
On communie autour d'une plaie. On compte les heures au regard d'une citerne d'éboueur. On ne peut violer le domicile au-dessus, en l'insouciante absence de son locataire. Au matin du dimanche, l'homme paraît à sa fenêtre, coupe l'eau de ses braillards sanitaires. On baisse la nuque.
La fuite fait fuir. L'alarme n'émeut pas le gendarme. Le pompier nous identifie comme des casse-pieds. Il est en panne d'échelle. On lève les yeux au ciel. L'inutile plombier coche les cases de son carnet à souches. On paie sans avoir la paix.
On communie autour d'une plaie. On compte les heures au regard d'une citerne d'éboueur. On ne peut violer le domicile au-dessus, en l'insouciante absence de son locataire. Au matin du dimanche, l'homme paraît à sa fenêtre, coupe l'eau de ses braillards sanitaires. On baisse la nuque.
mardi 26 novembre 2013
Sa figure de mauvais acteur
J'ai laissé Emma Bovary à son enfermement normand. Flaubert revient de suite. Il est momentanément dans l'escalier. Il a fini Carthage, le travail d'un quinquennat, tissé page après page. C'est un péplum crépusculaire qui satisfait son goût de l'Antiquité romaine. Il pressent le ratage. Salammbô a l'âge des Misérables d'Hugo.
Je saute un siècle. D'autres courriéristes sont en piste. Les lettres de Chardonne et Morand ressuscitent la vie d'artiste. C'est un gros pavé Gallimard qui pèse son pesant d'oxymores. Leur légèreté de feuilles volantes est d'un agrément précieux, sorte de politesse du soleil, à l'heure des adieux.
Déon annonce la couleur, abat d'emblée la carte Chardonne. Car le délicat esthète de La Frette remonte le moral, dilate l'orgueil du scribouilleur confidentiel: "Un écrivain aura du prestige s'il n'est pas lu, si on ne trouve ses livres nulle part, si on ne voit pas sa figure de mauvais acteur. C'est dans la nuit que l'on atteint à une notoriété respectée".
Je suis assailli de bonnes choses. Je suis rassasié de jolis mots. J'aime ce qu'écrit Pierre-Marc de Biasi, fin lettré de l'université. Ce flaubertien de métier préface un bel ouvrage érudit sur Pierre Michon, l'ouvrier diamantaire d'une même extase littéraire.
Je saute un siècle. D'autres courriéristes sont en piste. Les lettres de Chardonne et Morand ressuscitent la vie d'artiste. C'est un gros pavé Gallimard qui pèse son pesant d'oxymores. Leur légèreté de feuilles volantes est d'un agrément précieux, sorte de politesse du soleil, à l'heure des adieux.
Déon annonce la couleur, abat d'emblée la carte Chardonne. Car le délicat esthète de La Frette remonte le moral, dilate l'orgueil du scribouilleur confidentiel: "Un écrivain aura du prestige s'il n'est pas lu, si on ne trouve ses livres nulle part, si on ne voit pas sa figure de mauvais acteur. C'est dans la nuit que l'on atteint à une notoriété respectée".
Je suis assailli de bonnes choses. Je suis rassasié de jolis mots. J'aime ce qu'écrit Pierre-Marc de Biasi, fin lettré de l'université. Ce flaubertien de métier préface un bel ouvrage érudit sur Pierre Michon, l'ouvrier diamantaire d'une même extase littéraire.
dimanche 24 novembre 2013
La papouille de diplomate
Ils pavoisent au petit matin. Négociations réussies sur l'uranium enrichi, du côté du Golfe Persique. Les diplomates sont aussi des primates.
Le succès affiché nécessite d'ostentatoires baisers. Bourrades dans le dos. Les diplomates se tapent sur l'omoplate. Convoitent les joues comme des tomates de Catherine Ashton. Les hommes à cravate se palpent l'avant-bras, se cajolent l'épaule.
Kerry surenchérit dans la papouille de diplomate. Il marque son territoire de chef. Il soigne son image, maintient la hiérarchie sur la photo des embrassades. Le public hexagonal identifie son régional de l'étape. Fabius est aux nues, au diapason de l'ambiance de réveillon.
Le succès affiché nécessite d'ostentatoires baisers. Bourrades dans le dos. Les diplomates se tapent sur l'omoplate. Convoitent les joues comme des tomates de Catherine Ashton. Les hommes à cravate se palpent l'avant-bras, se cajolent l'épaule.
Kerry surenchérit dans la papouille de diplomate. Il marque son territoire de chef. Il soigne son image, maintient la hiérarchie sur la photo des embrassades. Le public hexagonal identifie son régional de l'étape. Fabius est aux nues, au diapason de l'ambiance de réveillon.
Leur tonne de barbaque
Les Springboks sont forts comme des Turcs, pèsent leur tonne de barbaque. Nos fiers pioupious ne progressaient pas d'un pouce. Le jeu de mains était sans lendemain, haché menu par des géants venus de loin. Parra botta dans les nuées. Parra parait au plus pressé.
Un grillage de hauts pectoraux interdisait l'accès aux poteaux. Nos corps de guerriers se déchiquetaient sur les fils barbelés. Aucune escarmouche ne pouvait faire mouche.
La révolte de Papé conduisit au minime essai d'Huget. Faute d'espoir, il y a Dusautoir, méritoire devant l'Histoire. Le rugby des Bleus était tassé dans son petit jeu. La victoire était fermée de l'intérieur. Botha et les siens renvoient le Quinze de Saint-André à l'anonymat de ses insuccès.
Un grillage de hauts pectoraux interdisait l'accès aux poteaux. Nos corps de guerriers se déchiquetaient sur les fils barbelés. Aucune escarmouche ne pouvait faire mouche.
La révolte de Papé conduisit au minime essai d'Huget. Faute d'espoir, il y a Dusautoir, méritoire devant l'Histoire. Le rugby des Bleus était tassé dans son petit jeu. La victoire était fermée de l'intérieur. Botha et les siens renvoient le Quinze de Saint-André à l'anonymat de ses insuccès.
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