mercredi 27 octobre 2010

Repas

Repas. Repasse pas les plats. Dans la salle à manger, carrelage blanc, liseré noir, j'étais assis face à papa. Mon regard s'échappait derrière l'ovale de son visage vers la fenêtre quadrillée, l'horizon vaste et gris, toiture de tuiles et gros nuages, collines du pays d'auge. J'aimais les rideaux couleur d'orange qu'un rare soleil illuminait.
A côté, maman mastiquait machinalement les aliments. Ce claquement de mâchoires m'agaçait comme tout mouvement mécanique des hommes. Le noir devoir dictait sa volonté au venimeux plaisir.
Papa, au doux sourire, mangeait soigneusement, calfeutré dans son for intérieur. Son silence, troué parfois d'une fulgurance sauvage, s'accordait à merveille aux voyages immédiats de mon imagination. Il n'y a plus de repas, il n'y a plus de papa. Reste la prière cramponnée à la terre. Ressuscitent les images d'hier.

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