samedi 21 mars 2026

La soie du soir

J’ai aimé tout le corps d’Italie, pas seulement ses yeux Toscane qui enfièvrent un homme, mais les recoins, les cachettes d’une silhouette, les bouts de chair d’une terre qui éclaire, qui colore les mystères. J’adore Syracuse et Ferrare, la Sicile et l’Emilie-Romagne. Maratea et la côte du Salento. Le Basilicata et l’ancienne Apulie. A Pula, voisine de Cagliari, je songe à Mandiargues, à Bona, à Rodogune. A Corpo di Cava, non loin de Sorrente, je bivouaque au Scapolatiello, m’attable au festin des grands ciels, d’un nid d’aigle princier. Des rochers de Calabre, j’imagine Stromboli. Du Caruso, à Ravello, je plonge dans les eaux sans écho. Je remonte par la route, la plus belle du monde, d’Alberobello à Massafra. Encore plus haut : je stoppe à Sienne, pense à Ferré, au temps qui passe sur la place. Je suis à Venise. Je retourne à Ravenne et reviens à Ferrare. L’Italie est une peau de brune qui se caresse au ralenti. J’en baise toutes les voyelles, toutes les parcelles de ciel, les fragments sensuels, ses rouges et ses lèvres, l’ocre où je me rue, me vautre, me perds, me noie dans le stupre. L’étroite autoroute de montagne est le territoire de souveraineté, le fief des camions bolides. On glisse sous les tunnels comme dans un fourreau d’arme blanche. On surplombe Vintimille comme un leurre, un remords du ciel. A Viareggio, on s’embringue vers Sienne. Une autoroute enfantine taquine les feuillages de Toscane. Ciel d’un bleu dur comme une blessure. On stoppe l’ivresse de toboggan. Halte au Borgo San Luigi à Montereggioni après six heures de route brutale. On s’octroie une voluptueuse paresse au soleil qui fait loi. La géométrie des piscines interroge l’ennui. La pierre composite des murs recueille une variété d’ocre qui miroite sans hâte. Sur la place crépusculaire, une peinture élémentaire instaure une splendeur, évacue les fureurs de la terre. On soupe au Pozzo, à huis clos, dans les fortifications du hameau. Je commande un americano. J’aime l’amertume sur la peau, les vieilles beautés pastel, la soie du soir qui ponctue l’été. Une sonnerie griffe les coloris. La voix de Baptisto parle un dialecte d’éternité. Je ne bois pas d’eau mais un verre de vernaccio de San Geminiano.

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