Figaro, Bordeaux, Gauloise, ou bien Le Monde, Bourgogne, Gitane, ou bien encore La Croix, Beaujolais, Marlboro, ou même Libération, Côtes du Rhône, Camel. A chaque nouveau lecteur de choisir son tiercé citoyen. Dare-dare, il faut inscrire le boire, lire et fumer gratis dans la Constitution.
lundi 26 janvier 2009
Boire, lire et fumer
Faire boire un âne qui n'a pas soif. Travail herculéen des états généraux de la presse. A ce titre, l'Etat fera don d'un journal aux jeunes gens de dix-huit ans. Libre à eux d'en faire un "business", de le revendre à quart de prix. Ainsi, à dix-huit ans, on aura le droit de se noircir les doigts pour pas un rond, d'emballer le poisson avec du papier gratuit. Pour être tout à fait complète, cette fête de la citoyenneté devrait prévoir une tournée générale des cafetiers avec gratuité du ballon de rouge pour les nouveaux lecteurs de presse - plan de relance de la filière viticole oblige -, assorti d'un paquet de cigarettes - plan de soutien à la nicotine dans le cadre de la prévention contre la maladie d'Alzheimer.
Moutonnaille
"Le monde n'est que franche moutonnaille". Jean de la Fontaine sait la grégarité des opinions et le mimétisme des comportements. La crise bancaire illustre cette irresponsabilité de troupeau. L'emballement planétaire pour Barack Obama fait craindre pareil aveuglement. En un clin d'oeil, les mêmes économistes, hier libéraux à la Hayek, se convertissent au keynésianisme le plus étatique. Les attitudes se calquent les unes sur les autres. La contagion d'une pensée unique touche les esprits de proche en proche. Les acteurs de la société se marquent à la culotte au point de foncer ensemble dans le mur ou de se jeter en choeur dans le ravin. L'époque est loin d'avoir éradiqué le mouton de Panurge. Ce surpeuplement bêlant est de nature à paralyser l'innovation, à étouffer la nouveauté. Il faut réhabiliter le loup solitaire, réfractaire aux embrigadements faussement sécuritaires.
vendredi 23 janvier 2009
Repaires de buveurs
Je feuillette un livre rouge, très rouge désir. Je tombe sur ces mots de Mandiargues: "J'entrai dans des repaires de buveurs...La phrase continue à sa cadence, longue et lente, majestueusement timbrée. Il suffit d'une poignée de syllabes pour enfiévrer la chair et empourprer l'esprit. Il est question d'une ville bâtie sur l'eau. La nouvelle s'appelle Miroir Morne. Il y a du péril à franchir un seuil. La littérature est une confrérie d'ivrognes.
Il pleut ciel
Vendredi d'un Paris au ventre gris. La pluie se sauve, s'enfuit du paradis. Le spectacle de la rue, du ciel embué, est code-barré. Les gouttes d'eau miment l'exode des autos. La pluie oblique noircit les idées. Il pleut ciel.
jeudi 22 janvier 2009
Comme l'oiseau
L'oiseau n'a jamais apprécié l'avion. L'original méprise nécessairement la copie. L'aéronef imite mal la mouette. C'est pourquoi la gent ailée se rebelle. En bande kamikaze, les oiseaux harcèlent les Airbus, foncent dans les réacteurs, expédient des coups de bec dans les tibias. La piraterie des airs demeure impunie. Or l'oiseau exige réparation, revendique des émoluments d'auteur, demande le respect du droit moral. La révolte des volatiles s'étend dans un ciel sans limite.
mercredi 21 janvier 2009
Oba-marre
Le métis Obama défile à la télévision comme un mannequin L'Oréal. Le monde est un podium où parade le grand homme. Les speakers se sont reconvertis en bateleurs de quinzaine commerciale. Le plaisant président alterne les postures graves de docte professeur et les gestes déliés de joueur de base-ball. Quand il montre ses dents, l'Amérique s'ensoleille. La lumière blanche de l'émail rayonne sur son costume du dimanche. Cet homme sans tache, sorti d'un conte de fée, s'est taillé un trop beau rôle pour ne pas être suspect. J'en ai déjà ma claque. J'en ai Oba-marre.
Le besoin de croire
Obama veut "réinventer l'Amérique". Sarkozy souhaite "reconstruire le capitalisme". Rien de moins. Les nouveaux chefs d'Etat n'ont pas froid aux yeux. Ces hommes jeunes retroussent leurs manches, endossent les mêmes tuniques d'ambitieux bâtisseurs. Ils s'approprient "l'optimisme de la volonté", cher au philosophe marxiste Antonio Gramsci. Or, dans le même temps, ils font une croix sur "le pessimisme de l'intelligence". Après la liesse populaire et les rodomontades verbales, sonnera l'heure de la raison d'Etat. Le besoin de croire des foules a déserté le champ religieux pour investir la sphère politique. A vrai dire, les deux ne sont guère dissociables, malgré la piété des discours de laïcité. La foi règne sans partage sur les opinions publiques. Au royaume des sciences politiques, les croyances sont tenaces. L'espérance en un monde meilleur voile tout regard critique.
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