jeudi 16 juin 2011

L'origine des carlingues

Patrie, patriote, patriotisme. Ces mots désuets reprennent vie au pays. L'économie anémiée sollicite l'évocation de la terre des pères, ravive l'exaltation d'une fibre nationale, hier taxée de passéisme guerrier.
On doit cette subite réhabilitation de la patrie à la libre politique des achats de la compagnie Air France. L'entreprise commande des Boeing sans se soucier outre mesure de l'origine des carlingues. L'éthique citoyenne lui interdit le délit de faciès aérien.
Du corporatisme industriel au patriotisme économique, le sillage est tracé d'avance dans le ciel national. Notre champion local a travaillé au corps de doctrine nos gouvernants Etato-libéraux.
Bref, on gomme des décennies de libre-échange et on récrit, de sa plus belle plume, un nouveau chapitre du protectionnisme français.
Le patriotisme économique n'est plus une valeur maudite, d'inspiration lepéniste. Finie la diabolisation des préférences nationales. Voici venu le temps des représailles anti-concurrentielles. Le pays se réfugie dans la nostalgie.

mercredi 15 juin 2011

Lucky Luc

Un conseiller réputé "spécial" du locataire de l'Elysée considère qu'il est normal, courant, banal, qu'un fonctionnaire de l'Etat soit rémunéré pour des travaux qu'il n'exécute pas au motif qu'il en accomplit d'autres. Il s'exprime quasiment dans ces termes sans sourciller le moins du monde.
L'absentéisme lucratif de Luc Ferry, figure notoire des médias et accessoirement ancien ministre de l'éducation, s'apparente à un vol à la tire universitaire. Fâcheuse exemplarité, et pas seulement pour les sauvageons des cités à l'abandon.
Le contempteur d'une idéologie soixante-huitarde, aujourd'hui bien datée, s'est enrichi sur le dos de la collectivité, sans contrepartie. Pas grave: Matignon défraie sur ses deniers l'université spoliée. Autrement dit, l'impôt supplée l'exaction du professeur de philosophie. Pareille allocation de l'argent public, légitimée en haut lieu et justifiée par la loi, traduit un infini mépris du peuple contribuable. La légalité du procédé avive la colère, fait déborder le vase de l'indignation. La République est bonne fille. Luc Ferry a bien de la chance. Lucky Luc !

mercredi 8 juin 2011

Voyoucratie

"Mentir comme Emmanuelli". C'est une expression destinée à devenir proverbiale. L'ancien ministre dément son doigt d'honneur parlementaire. Contre vents et marées, en flagrant délit, vidéo à l'appui. Ce mensonge éhonté mesure l'aplomb sans bornes des hommes publics, des petites gloires notoires de la République.
Dénier la réalité est une seconde nature politique, un sport de caste, le privilège des intouchables, qui se considèrent nés de la cuisse de Jupiter. On pressent pareille désinvolture décomplexée dans le minable épisode DSK. Mentir est la meilleure manière - ou la pire façon - de fuir ses responsabilités. Avec le risque d'une gangrène généralisée de la société. "Le poisson pourrit par la tête", aphorisme maoïste des temps soixante-huitards. Eclair de lucidité du tyran chinois. Car tout se passe comme si le mensonge ordinaire des puissants contaminait le corps social au point d'en justifier les exactions en tous genres. Ne pas alors s'étonner des fraudes massives et des tricheries d'usage qui discréditent l'école. Dans quelle voyoucratie souhaitons-nous vivre ?

mardi 7 juin 2011

L'homme et la femme

Non-coupable. Ce n'est pas moi. Je suis accusé à tort. Je nie les faits incriminés. DSK clame son innocence. Que vaut la parole d'un homme ? Autant que la plainte d'une femme ? Les mots de l'un contredisent les mots de l'autre. Les mots ont pris l'ascendant sur les choses. Les mots noircis des journaux s'accumulent en lieu et place de l'événement fugace.
L'homme et la femme savent la vérité de cette chambre d'hôtel. L'un ment, l'autre pas. Leur savoir secret est environné de paroles profuses. Il est enseveli sous l'ignorance bavarde des commentateurs. On observe le déferlement des langues déliées. Règne en maître l'opinion péremptoire.

lundi 6 juin 2011

Madame Dugenou

Madame Dugenou se prénomme Cécile. C'est la présidente des Verts. Sur les affiches, sa bonne tête d'électrice élimine d'avance les sujets qui fâchent. Cécile Dugenou est courtisée par François Hollande. Elle en devient toute rouge au point de ne pas voir en peinture Jean-Louis Borloo, le joyeux radical à mine écarlate.
Elle sourit de bonheur aux côtés de Nicolas Hulot. Elle lui a d'ailleurs demandé un autographe pour sa collection. L'usine à gaz écologiste n'a pas de secret pour elle. Cécile Dugenou nage dans la Vertitude comme un poisson dans l'eau.

vendredi 3 juin 2011

Bashung, bastringue

Veillée du souvenir. Jour d'Ascension. A la droite du rocker. Autour d'albums, faute de Bashung. Il s'est cassé. Pas que la corde vocale. Le rocker impose la prière. Bashung sur Arte: Achtung ! Attention aux yeux - l'élégant dandy. Attention musique - féline fêlure et mots précieux.
Prince en exil intérieur, Bashung nous débarrasse de la bastringue. C'est une musique entêtante comme un vin mauve, aux sensuelles arabesques et fins interstices. "Finale" , comme dit Céline de La Fontaine.
Aristocrate de son art, meilleur que le tapageur Gainsbourg, Bashung émeut par ses mots bleus transfigurés. Vaguement christique, à la Bowie, il meurt à son zénith, vit dans la belle parole de Miossec et Chedid. Chefs des rayons de télévision: osez Bashung !

jeudi 2 juin 2011

Staël

La musique, c'est le blanc sonore, l'invisible arc-en-ciel des couleurs. L'intouchable musique touche au plus profond. Elle ensorcèle le peintre et son art corporel. Le grand Russe s'est jeté sur la musique de manière éperdue. Il l'a ratée à plates coutures. La toile exhibe ses griffures. Il a écouté Webern, Schönberg, rencontré Boulez, lu Char et Larbaud.
Il s'approche de la terreur, manque la couleur. Il peint le trou rouge. Esquisse "Le Concert", piano mortuaire, violoncelle du désert. La musique se joue de la lumière. Elle leste le peintre d'une pesanteur de terre. Il s'emprisonne dans la geôle des sons. Il s'enivre du tête-à-tête de la musiquette. Les petits cris s'épaississent en coloris. De l'atelier d'Antibes, il ne peut sortir que par le ciel. Il coupe par le champ des oiseaux. C'est un corps grave, sans havre, qui chute de l'échelle. Victime d'une musique assassine.