J'aime bien Régis Debray. Il y a de la chair dans sa phrase. J'apprécie sa posture de vieille baderne désillusionnée, sa moustache de guerillero décati. Sorte de Brassens, sans l'anarchie, fidèle à d'autres nostalgies.
Après Proust et Chateaubriand, je tombe de haut. Gadin. Soleil dans les grandes largeurs. Je quitte les crêtes pour l'historiette. Debray range son atelier, a retrouvé des papiers, rassemble croquis et textes de causeries.
M'émeut l'écrivain du souvenir gaullien et de la mémoire gracquienne. Il traite Nourissier avec justice. Réhabilite Gary. Et puis l'oubli. Car c'est écrit ainsi. Avec un soin manoeuvrier qui sied à la publicité.
mercredi 9 janvier 2013
dimanche 6 janvier 2013
Poutine et Raspoutine
Son bedon se cale mal sous l'arête de la table. Raspoutine, pochette claire et col ouvert, se répand sur la banquette. L'ogre est rassasié. Le bougre est choyé par Poutine. L'air de fête grossit sa silhouette. Gégé trinque à la santé des Tchétchènes.
Poutine et Raspoutine pactisent comme deux maquignons. Vodka et Dom Perignon. Raspoutine, Obélix, Depardieu. Le gros homme flasque ne manque pas d'identités. Il croule sous le fardeau de ses premiers rôles.
A Sotchi, Gégé est scotché. Depardieu a besoin qu'on soit affectueux. Il est sensible aux égards du tsar. Il touche l'épaule de Poutine. C'est la Russie, la grande Russie. Il l'embrasse sur la bouche. Gégé le Tondu est sauvé comme Boudu. Des eaux, des autres, des griffes d'Ayrault.
Poutine et Raspoutine pactisent comme deux maquignons. Vodka et Dom Perignon. Raspoutine, Obélix, Depardieu. Le gros homme flasque ne manque pas d'identités. Il croule sous le fardeau de ses premiers rôles.
A Sotchi, Gégé est scotché. Depardieu a besoin qu'on soit affectueux. Il est sensible aux égards du tsar. Il touche l'épaule de Poutine. C'est la Russie, la grande Russie. Il l'embrasse sur la bouche. Gégé le Tondu est sauvé comme Boudu. Des eaux, des autres, des griffes d'Ayrault.
samedi 5 janvier 2013
A défaut d'ironie
Point d'ironie. Pointe de chagrin. J'ai perdu un bout de mon corps comme on perd le Nord. L'ironie est un plat qui se mange entre amis. Mes compagnons de tablée ont déserté la conversation. Je reste avec un rond de serviette.
J'ai enterré mes amis d'ironie. Visages livides de dernière heure. Verre vide. Je bariole sur la nappe le croquis d'une nostalgie. J'ai de la bouteille et je compte les cadavres.
Point d'ironie. Parti d'ici. J'hérite de sales sensations comme d'une déforestation. Je jardine un carré de souvenirs. Je ratisse le gravier des jours pires.
Je ne pèse pas lourd. Poids de cendres. Je sens la brûlure du tas d'ironie. Je balance l'urne absurde. Terminus d'un trajet d'autobus. Je n'entends plus les grands rires. A défaut d'ironie, la vie trie ses grigris.
J'ai enterré mes amis d'ironie. Visages livides de dernière heure. Verre vide. Je bariole sur la nappe le croquis d'une nostalgie. J'ai de la bouteille et je compte les cadavres.
Point d'ironie. Parti d'ici. J'hérite de sales sensations comme d'une déforestation. Je jardine un carré de souvenirs. Je ratisse le gravier des jours pires.
Je ne pèse pas lourd. Poids de cendres. Je sens la brûlure du tas d'ironie. Je balance l'urne absurde. Terminus d'un trajet d'autobus. Je n'entends plus les grands rires. A défaut d'ironie, la vie trie ses grigris.
La chambre morte
Jadis l'audace était la marque d'une jeunesse. Avec une rage soixante-huitarde, le vieux de Gaulle ordonna la bastonnade du Sénat. Il n'en pinçait pas pour les notables de province. L'assemblée des aînés lui tînt la dragée haute. Le référendum capota. De Gaulle en fut pour sa pomme. Exit le Général.
Quarante-quatre ans après, un Sénat grassouillet croise désoeuvré au large de la République. Les badernes des cantons paressent à l'ombre d'un palais. Ils s'attablent et commissionnent. Font des ronds dans les lois.
Le Sénat s'entête au privilège de l'âge. L'étiquette est rose. D'un vieux rose d'automne. Les sénateurs sont des gardiens de square, des vieillards pensionnés par bonté d'Etat. L'institution feutrée n'a pas d'utilité flagrante. L'assemblée dispose d'un budget démesuré, géré en toute opacité.
Le Sénat est une chambre bavarde, privée du dernier mot. Sa jactance ne prête pas à conséquence. C'est un salon à peine républicain, semi-démocratique, qui n'oeuvre qu'à la conservation de sa vanité. Il faut se souvenir des dernières volontés gaulliennes.
La dureté des temps impose de s'en défaire. Par décence. Séance tenante. Crise oblige, il faut se débarrasser de l'inutile et dispendieuse chambre morte.
Quarante-quatre ans après, un Sénat grassouillet croise désoeuvré au large de la République. Les badernes des cantons paressent à l'ombre d'un palais. Ils s'attablent et commissionnent. Font des ronds dans les lois.
Le Sénat s'entête au privilège de l'âge. L'étiquette est rose. D'un vieux rose d'automne. Les sénateurs sont des gardiens de square, des vieillards pensionnés par bonté d'Etat. L'institution feutrée n'a pas d'utilité flagrante. L'assemblée dispose d'un budget démesuré, géré en toute opacité.
Le Sénat est une chambre bavarde, privée du dernier mot. Sa jactance ne prête pas à conséquence. C'est un salon à peine républicain, semi-démocratique, qui n'oeuvre qu'à la conservation de sa vanité. Il faut se souvenir des dernières volontés gaulliennes.
La dureté des temps impose de s'en défaire. Par décence. Séance tenante. Crise oblige, il faut se débarrasser de l'inutile et dispendieuse chambre morte.
vendredi 4 janvier 2013
Les minables
Dans la famille des nationalités, Depardieu demande la Russie, la sainte mère Russie. Afflelou aime Hollande et le chabichou du Poitou au point de vouloir rouler à gauche. Il pioche la carte du Royaume Uni. Il voit les côtes à la jumelle. Jarre est sur le départ. Destination Piccadilly Circus. Le lunettier et le luthier veulent améliorer leur anglais.
Arnault se paie le luxe du Benelux. Il impose sa griffe sur les portions de frites. Bardot se tâte. Quitterait Saint-Tropez pour Saint-Petersbourg. Moi je penche pour la Méditerranée, je choisis l'Italie. J'adore le prosecco.
Le monde est un village. Avec ses ruelles pleines de charme. La nation n'est plus qu'une citoyenneté d'adoption. On décide d'une patrie comme de ses amis. La nationalité n'est qu'une question d'affinités. L'exil volontaire traduit l'amour d'une terre. Il gomme le hasard d'être né quelque part. Vivement la mobilité tant exaltée ! Vivement l'escapade à forfait illimité ! C'est la liberté à l'échelle de l'humanité.
Les minables se rebiffent. Exigent le respect. Se sauvent à l'étranger. Cherchent l'hospitalité des contrées policées.
Arnault se paie le luxe du Benelux. Il impose sa griffe sur les portions de frites. Bardot se tâte. Quitterait Saint-Tropez pour Saint-Petersbourg. Moi je penche pour la Méditerranée, je choisis l'Italie. J'adore le prosecco.
Le monde est un village. Avec ses ruelles pleines de charme. La nation n'est plus qu'une citoyenneté d'adoption. On décide d'une patrie comme de ses amis. La nationalité n'est qu'une question d'affinités. L'exil volontaire traduit l'amour d'une terre. Il gomme le hasard d'être né quelque part. Vivement la mobilité tant exaltée ! Vivement l'escapade à forfait illimité ! C'est la liberté à l'échelle de l'humanité.
Les minables se rebiffent. Exigent le respect. Se sauvent à l'étranger. Cherchent l'hospitalité des contrées policées.
Il n'y a qu'un métier
La nuit épaisse goudronne les rêves. On s'englue dans le chahut d'une rue. Jour sans ciel qui colle à la semelle. Jour sans gloire qui serre la mâchoire. Blafards sont les boulevards. Il est tard pour aller quelque part.
Le Santeuil de Proust vient d'ailleurs, sort d'une page de Rancé. Ce moine rapide, "petit sapajou", motive en dix lignes le crayonné d'une Recherche. La Vie de Rancé, du pape de la Trappe, c'est quatre livres brefs, quatre récits digressifs. Cousu, décousu. "Il écrivait à la diable pour l'immortalité". Chateaubriand se regarde dans la glace quand il songe à Saint-Simon.
Il est nez à nez avec le néant. Fasciné par le rien. Il dit du traité de Rancé: "C'est toujours dur, mais admirablement exprimé". L'exercice du trappiste est une promenade de sainteté.
Chateaubriand voit le vide comme Saint-Simon voit Fénelon:"Il fallait effort pour cesser de le regarder". A soixante-quinze ans, il trie dans sa vie, jette le bois mort.
Rien ne sert de remuer les lèvres. Il n'y a qu'un métier. Orfèvre. Tous les autres labeurs sont des courbures d'imposteurs.
Le Santeuil de Proust vient d'ailleurs, sort d'une page de Rancé. Ce moine rapide, "petit sapajou", motive en dix lignes le crayonné d'une Recherche. La Vie de Rancé, du pape de la Trappe, c'est quatre livres brefs, quatre récits digressifs. Cousu, décousu. "Il écrivait à la diable pour l'immortalité". Chateaubriand se regarde dans la glace quand il songe à Saint-Simon.
Il est nez à nez avec le néant. Fasciné par le rien. Il dit du traité de Rancé: "C'est toujours dur, mais admirablement exprimé". L'exercice du trappiste est une promenade de sainteté.
Chateaubriand voit le vide comme Saint-Simon voit Fénelon:"Il fallait effort pour cesser de le regarder". A soixante-quinze ans, il trie dans sa vie, jette le bois mort.
Rien ne sert de remuer les lèvres. Il n'y a qu'un métier. Orfèvre. Tous les autres labeurs sont des courbures d'imposteurs.
jeudi 3 janvier 2013
L'apprenti mécanicien
Texte terne d'un chef de gouvernement en berne. Manque d'allant, manque d'élan. La France, fille fougueuse d'une histoire tumultueuse, n'est pas séduite par une politique couleur mastic. Elle n'est pas la fiancée d'un projet rapetissé.
De Gaulle savait d'emblée lui parler: "Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs..."(Mémoires de guerre, page 1, Plon, 1954). Crise oblige, de Gaulle courtise, idéalise la France.
Ayrault l'évoque en géomètre. "La France n'est pas un problème, la France est la solution". Souffle court d'un pâle discours. Il cite un président bonhomme. La princesse gaullienne a fait long feu. Elle n'aimante plus guère les désirs d'une puissance moyenne. Très moyenne. Ayrault trouve tout. La nation du soldat inconnu s'apparente à une équation résolue. S'éloigne la passion d'un général un peu fêlé.
La France d'Ayrault n'est ni rebelle, ni charnelle. C'est la vulgaire boîte à outils d'un apprenti mécanicien.
De Gaulle savait d'emblée lui parler: "Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs..."(Mémoires de guerre, page 1, Plon, 1954). Crise oblige, de Gaulle courtise, idéalise la France.
Ayrault l'évoque en géomètre. "La France n'est pas un problème, la France est la solution". Souffle court d'un pâle discours. Il cite un président bonhomme. La princesse gaullienne a fait long feu. Elle n'aimante plus guère les désirs d'une puissance moyenne. Très moyenne. Ayrault trouve tout. La nation du soldat inconnu s'apparente à une équation résolue. S'éloigne la passion d'un général un peu fêlé.
La France d'Ayrault n'est ni rebelle, ni charnelle. C'est la vulgaire boîte à outils d'un apprenti mécanicien.
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