jeudi 5 septembre 2013

Attente ou attentat

On ne résiste pas à la tentation de paraphraser Claudel: "L'attente, il y a des salles pour cela". A Saint- Petersbourg, le concert des nations fait salon. On attend la croissance, une coalition, Godot. La France poireaute en économie, en stratégie. Elle stationne à la case Syrie.
L'attente est une posture de repli qui maquille l'indécision en observation. L'attente précède l'attentat. On passe aux missiles, à la trouée du réel.
La réflexion d'intellectuel est démangée par l'action de colonel. L'image d'horreur à l'heure du potage motive les coeurs, dope l'ardeur des meilleurs. Avec ses petits bras pleins de volonté guerrière, le chef des armées tricolores gesticule ses bons sentiments. Punir Bachar. Le maintenir au pouvoir.
Poutine négocie l'horreur, son veto à prix d'or. L'anagramme d'Onu, c'est nou(s). Sans s, au singulier. Comme Hollande, notre capitaine de pédalo, dont Obama peine à prononcer le nom.

mercredi 4 septembre 2013

La jeune fille et la mort

La femme s'obstine à la vie, s'agrippe au vide. L'homme cède au vertige, lâche la cordée. L'homme dévisse en bon fils. Les statistiques observent les visages comme des moyennes. Elles crayonnent une courbe des décès. Elles confirment la psychologie des sexes. La femme vit plus vieille, meurt à pas d'heure.
Aucune sociologie n'explique sa longévité, fille de la ténacité. La physiologie n'instruit pas davantage. La femme se donne peu la mort à comparaison de l'homme. Elle se cramponne à la vie jusqu'à son dernier pli.
La femme force le destin, n'abandonne pas son bien. Elle presse son sac et ses années contre son corps cassé, méprise la menace du temps, dédaigne l'outrage de malfrat. La jeune fille regarde la mort, lui donne du fil à retordre.

mardi 3 septembre 2013

Les touches d'un piano

Au café bar du Loir, les paysans tatoués boivent un verre de Jasnières. Mariage au château du fils à monsieur le comte. Les rois d'Amérique ont débarqué dans le patelin, costumés pour la noce et le féroce potlatch.
Au château de l'écriteau, l'herbe est tachetée de tables blanches. On dirait les touches d'un piano. Pétillent les vins, les jeunes filles et les bribes de causerie. On gravit le grand escalier. On jette une tête: l'admirable crucifix de Buraglio, haut dans la géométrie d'ici, beau comme un bonjour d'oiseau.
On dégringole les dalles. Double panneau couleur de mégot. Tableau fracturé en deux hosties, courbure de cruauté d'un corps ensommeillé. Malherbe : c'est un père, c'est un peintre qui regarde Apolline comme il parle de son fils. La regarder dormir. Albertine est emmitouflée dans son secret. La dormeuse est une prisonnière proustienne.
Sumo des végétaux, le platane cinq fois centenaires ponctue la calligraphie d'une charmille taillée au ciseau. M'arrête un chat camouflé dans l'herbe. Les petits pages du mariage sont vêtus de culottes bouffantes. L'habit écarlate sied à leurs joues rouges. Une musique d'Europe orientale se mêle au vent des conversations familiales.

jeudi 29 août 2013

Grandes bringues

Les éoliennes enlaidissent la vie, la rendent vilaines. L'oeil se cogne à ces cigognes sans vergogne. Ces gigantesques insectes parasitent la ligne d'infini, la ligne de fuite vers la rêverie.
Où qu'on aille, elles cheminent en bande sur la crête du soleil. Ces moulins siffleurs sont des prédateurs de splendeur. On les maçonne sur l'horizon comme des ronds-points d'agglomération. Nos paysages d'antan sont surpeuplés de ces grandes bringues à bras ballants. On souhaite leur casse et le bonheur des ferrailleurs. Vaut mieux des loups carnassiers que ces bidules à vent mauvais.

La blouse du père fouettard

"La France est prête à punir". La posture du maître d'école tient lieu de politique internationale. L'arme chimique est vécue comme une tricherie d'examen pratiquée par le régime de Syrie. Au coin. Bonnet d'âne. Zéro pointé. Bachar, deux heures de colle.
Le monde n'est pas une classe composée de professeurs et de disciples. La rentrée scolaire a déteint sur le vocabulaire d'un président démangé d'exercer un magistère. Le chef de nos terroirs endosse la blouse du père fouettard.
La politique du coup de règle sur les doigts s'exonère de la légitimité du droit. Elle ne se recommande que du privilège d'autorité. Pareille enflure de comportement fragilise le subtil travail de diplomatie.

mercredi 28 août 2013

Les chocolats de Guéret

Les cloches de l'église de Bonnat carillonnent une joie brouillonne dans le ciel creusois. La forêt limousine habite un lieu sans âme qui vive. Elle est diverse en ses verts téméraires. Un peuple d'arbres pavoise le long du macadam indécis qui mène à Guéret.
La ville de Jouhandeau, la cité de Michon, se signale par ses seuls loubards de mascarade et sa haute maison jaune, penchée, un peu malade, sur la grand-place ensoleillée. Guéret se tait, garde ses mots dans ses grimoires.
Jouhandeau a sa rue. A Marcel, la ville a préféré Paul. Le père boucher se prénommait Pierre. Guéret est cloîtrée dans son secret. La pizzeria où nous dînons sert un café de roi, étoilé de quatre chocolats.

mardi 20 août 2013

Flaubert et "les humanitaires"

Comme si l'autocar s'était arrêté au lieudit "Elysée", site apprécié des guides. La chefferie politique voyage en meute. La bande de ministres s'est éparpillée sur le gravier du palais, a salué du menton les marches du perron. Ils visitent l'avenir. Récitent par coeur une note de service sur le bonheur. Les joues de Moscovici sont rouges. Le soleil est sa honte. Hollande, mentor et tour-operator, ramasse les cahiers de vacances. Au conseil des ministres, entre chiens de faïences et blabla, Malraux dessinait des chats.
C'est la rentrée. Je conseille la lecture écolière d'un admirable épistolier: Gustave Flaubert, homme de labeur. C'est le 22 avril 1853. Il est minuit passé. Sa Bovary l'ennuie à périr. Il griffonne des mots à Louise Colet, s'abandonne à la lucidité. Le grand Gustave parle des parlementaires et des "humanitaires", des Cahuzac à jeter dans le même sac.
"Qu'ils commencent par payer leurs dettes avant de prêcher la charité, par être seulement honnêtes avant de vouloir être vertueux". C'est la rentrée. On sent l'odeur de préau. Je serais maître d'école, je tracerais au tableau les mots d'un pareil idiot.