Le gros Cruchard, scribe à Croisset, dépêche ses dernières lignes à la Princesse Mathilde. Flaubert s'octroie un instant de respiration, dessine un point d'interrogation.
"A quoi servent tant d'informations ?". Au pardon des exactions. A la réparation des ampoules du plafond. A l'érudition des capitaines d'opinion. Flaubert, en pleine rédaction, se pose la question. L'auteur se meut dans la moiteur d'août 1868. Il ploie sous son bouquin bourgeois. Cette histoire de jeune homme l'assomme.
On change d'année mais pas Dieudonné. Il blasphème sur la piste sans son casque. Il ne risque rien avec son nom de mathématicien. L'apostasie fixe une limite à la fantaisie. Nul n'est sauf du comique anti-juif.
On ne se tord pas les côtes avec l'Holocauste. On ne plaisante pas avec la plaisanterie. La mer fait des vagues. Hollande fait des voeux. Valls les gros yeux, les soldes des heureux. La rumination d'une nation réclame la mastication des informations.
mardi 7 janvier 2014
La peur de l'eau
Chardonne compare la lecture de Proust à "une marche dans le sable". Il confie à Morand qu'il s'épuise dans ses phrases.
Je n'ai pas ce souvenir. J'ai gardé la sensation d'une mer d'huile, d'une insouciante baignade et d'une douce plénitude. Proust sait ce qu'il écrit. Il évoque son art comme un délicieux flottement de bord de mer.
"Que de fois j'ai vu, j'ai désiré imiter quand je serai libre de vivre à ma guise, un rameur, qui ayant lâché l'aviron, s'était couché à plat sur le dos, la tête en bas, au fond de la barque, et la laissant flotter à la dérive, ne pouvant voir que le ciel qui filait lentement au-dessus de lui, portait sur son visage l'avant-goût du bonheur et de la paix" (Du côté de chez Swann, Bibliothèque de la Pléiade, page 170).
Chardonne avait peur de l'eau. Il craint le grand écrivain. Il lui suffisait de se jeter dans la vague. Feuilleter La Recherche, c'est faire la planche. Proust se lit les yeux fermés.
Je n'ai pas ce souvenir. J'ai gardé la sensation d'une mer d'huile, d'une insouciante baignade et d'une douce plénitude. Proust sait ce qu'il écrit. Il évoque son art comme un délicieux flottement de bord de mer.
"Que de fois j'ai vu, j'ai désiré imiter quand je serai libre de vivre à ma guise, un rameur, qui ayant lâché l'aviron, s'était couché à plat sur le dos, la tête en bas, au fond de la barque, et la laissant flotter à la dérive, ne pouvant voir que le ciel qui filait lentement au-dessus de lui, portait sur son visage l'avant-goût du bonheur et de la paix" (Du côté de chez Swann, Bibliothèque de la Pléiade, page 170).
Chardonne avait peur de l'eau. Il craint le grand écrivain. Il lui suffisait de se jeter dans la vague. Feuilleter La Recherche, c'est faire la planche. Proust se lit les yeux fermés.
lundi 6 janvier 2014
Un secret de sacerdoce
Trois de chute ! Il me reste deux volumes de Pléiade à lentement déflorer. Je chemine dans la gaillarde Correspondance de Flaubert. J'y croise la folle Chantepie et la fervente parpaillote de Nohant. Ces deux fières épistolières se hissent à hauteur du furieux bagnard.
L'oncle Cruchard - Flaubert pour Caroline - est un fameux "racleur de guitare". L'incarcéré de l'encrier adresse son bonjour aux Goncourt, griffonne ses tendresses à la Princesse Mathilde, jette un bouquet de baisers à Amélie Bosquet.
Mais c'est à Jules Duplan, secrétaire du banquier Cernuschi, qu'il vend la mèche, dévoile le pot-aux-roses, confesse un secret de sacerdoce. Flaubert ne cède rien sur ses colères. Flaubert est d'humeur ternaire. Il détaille son travail: "Défendre la Justice, engueuler l'Autorité, ahurir le Bourgeois" (Lettre du 11 octobre 1867).
L'oncle Cruchard - Flaubert pour Caroline - est un fameux "racleur de guitare". L'incarcéré de l'encrier adresse son bonjour aux Goncourt, griffonne ses tendresses à la Princesse Mathilde, jette un bouquet de baisers à Amélie Bosquet.
Mais c'est à Jules Duplan, secrétaire du banquier Cernuschi, qu'il vend la mèche, dévoile le pot-aux-roses, confesse un secret de sacerdoce. Flaubert ne cède rien sur ses colères. Flaubert est d'humeur ternaire. Il détaille son travail: "Défendre la Justice, engueuler l'Autorité, ahurir le Bourgeois" (Lettre du 11 octobre 1867).
Eusébio, marque de produit Casino
Le Lusitanien était un prince quand le Brésilien était un roi. Les gosses des préaux s'émerveillaient des prouesses d'Eusébio. On rêvait d'exploit. On ne parlait pas d'emploi.
L'esthète lisboète tutoya les tibias du sublime Garrincha, frôla les mollets du grand Pelé. On imaginait la gloire dans la voix de Stentor du speaker de transistor. Il suffisait de coller une joue confiante sur la radio grésillante pour communier avec l'humanité, balle au pied.
Eusébio souffla le ballon d'or à Facchetti, l'intraitable défenseur transalpin. Les petits garçons d'alors sont morts, mais pas leur émotion. Eusébio est une marque de produit Casino qui s'ignore.
L'esthète lisboète tutoya les tibias du sublime Garrincha, frôla les mollets du grand Pelé. On imaginait la gloire dans la voix de Stentor du speaker de transistor. Il suffisait de coller une joue confiante sur la radio grésillante pour communier avec l'humanité, balle au pied.
Eusébio souffla le ballon d'or à Facchetti, l'intraitable défenseur transalpin. Les petits garçons d'alors sont morts, mais pas leur émotion. Eusébio est une marque de produit Casino qui s'ignore.
dimanche 5 janvier 2014
Un inconnu
Je relis mon vieux Venise. J'en aime la brièveté, la sécheresse du crayonné. Des mots d'hier me déconcertent. J'identifie mal leur figure. Une complicité s'est distendue. Je n'en maîtrise plus l'éclat. Je subodore une bouderie d'ami.
Il n'y a pas de bénévolat des syllabes. Elles me tourmentent. M'échappent. Je voudrais reconquérir leur sourire. Dans mon corps de texte joyeusement taillé, je suis un inconnu, une sorte d'intrus à visage sillonné. Je frissonne d'étrangeté devant mon identité.
Il n'y a pas de bénévolat des syllabes. Elles me tourmentent. M'échappent. Je voudrais reconquérir leur sourire. Dans mon corps de texte joyeusement taillé, je suis un inconnu, une sorte d'intrus à visage sillonné. Je frissonne d'étrangeté devant mon identité.
samedi 4 janvier 2014
Le regard de Richard
Ils pilotent des sortes de fourgons funéraires. Leurs pare-chocs sont des mâchoires. Ils se fourvoient dans des ruelles sans ciel. Ils convoient leur marmaille calée sur un pavois. Ces moutards d'autocar héritent des jugulaires de l'antique génération i grec. L'estafette est enlisée dans un embouteillage de jour de fête.
Le kiosque de Richard ravive la mémoire. Il est habité. La nouvelle reine du lieu casse le temps silencieux du deuil. Je ressens mal l'aise de sa voix portugaise.
Une kyrielle de journaux mêle ses voyelles aux babioles frivoles, aux scalps industriels de Tour Eiffel.
Richard est mort. Richard n'est pas mort. La maladie l'a viré de sa baraque de rue. La mince patronne plastronne. Je ne saurai rien d'un faux sourire sans destin.
Les bagnoles sur échasses rutilent dans une nuit de crasse. Elles geignent dans un éclat de teigne. Je rassemble les échos, les remue dans ma tête, ces mots pressentis d'une kiosquière apprentie. "Au cerveau".
Je me débarrasse du regard de Richard. Il est tard. Du lit, je vois Venise. Quelle beauté, seigneur !
Le kiosque de Richard ravive la mémoire. Il est habité. La nouvelle reine du lieu casse le temps silencieux du deuil. Je ressens mal l'aise de sa voix portugaise.
Une kyrielle de journaux mêle ses voyelles aux babioles frivoles, aux scalps industriels de Tour Eiffel.
Richard est mort. Richard n'est pas mort. La maladie l'a viré de sa baraque de rue. La mince patronne plastronne. Je ne saurai rien d'un faux sourire sans destin.
Les bagnoles sur échasses rutilent dans une nuit de crasse. Elles geignent dans un éclat de teigne. Je rassemble les échos, les remue dans ma tête, ces mots pressentis d'une kiosquière apprentie. "Au cerveau".
Je me débarrasse du regard de Richard. Il est tard. Du lit, je vois Venise. Quelle beauté, seigneur !
jeudi 2 janvier 2014
S'il y a 14
S'il y a chagrin, qu'il s'en aille. S'il y a désir, qu'il se réalise. S'il y a grisaille d'hiver, qu'elle soit légère.
S'il y a paix, s'il y a 14, qu'il n'y ait ni guerre ni 18. A qui doute de la pérennité d'une fête, je souhaite de bonnes promenades et de belles rencontres.
S'il y a paix, s'il y a 14, qu'il n'y ait ni guerre ni 18. A qui doute de la pérennité d'une fête, je souhaite de bonnes promenades et de belles rencontres.
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