mercredi 13 avril 2016

Une émeute blanche

La Nuit tombe, ne tient pas Debout. A République, on la revendique. La nuit tombe à pic. Les lampistes d’un monde capitaliste errent sous des lampadaires. Un ministre incognito se masque comme Zorro. La parlote est patriote. On se passe le micro comme on se presserait à Macron. Les vieux rajeunissent, les jeunes rêvassent, on croise Cambadélis. Ils sont cerclés de céhéresses et saturés d’essaimesses. Ils ont des guitares, un bon cœur et du pinard. 
Ce genre d’émeute blanche, de rassemblement festif, est un produit dérivé, un goodies de la manif pour tous. On y vient en famille côtoyer des curés pédophiles. Le lien social disparu se raccommode en attroupement de rue. C’est gentillet, un peu niais, comme l’approche de l’été. On s’étiquète à part dans le convivial de square. La démocratie n’est pas qu’une menterie. Elle s’autorise aussi la songerie.

vendredi 8 avril 2016

Le nouveau philosophe

Un chef de bande chevauche les plates-bandes. Il chemine à travers les rêveries du pays. La randonnée est son support de pensée. Jésus arpente la Galilée. Mao s’échine à pied. Il marche longuement. La promenade de sainteté légitime l’autorité. Macron sait la leçon. Il chausse ses godillots. Il débloque le mode veille de son aillepad. Le raid de bipède va se poursuivre de bled en bled. L’ange de Bercy apporte la bonne nouvelle à Saint-Denis.
Il ressemble à Boris Vian, plus petit mais rieur comme un gagneur, sans mélancolie slave mais déserteur à sa manière. Boxeur sans poings - ni droite, ni gauche -, il ne prend pas de gants. Il crache sur nos tombes. 
Macron marche, pas tout à fait au hasard, direction le marché. Il marche, marchande en passant. Il séduit les beaux quartiers. Il enseigne la bonne volonté aux ouvriers qu’il trouve illettrés. Il a dénoué sa cravate sans pour autant se dépoitrailler. C’est un nouveau philosophe – Ricoeur sur le CV – qui demande à Béachel d’aller se rhabiller. En cas de panne, sa hotline s’appelle Attali.

mercredi 6 avril 2016

Une panoplie d'orphelin

C’est d’une littérature capricante dont j’ai besoin séance tenante. Roger Nimier de la Perrière est un auteur qu’on débusque là, dans les fagots, derrière. C’est un flacon d’ivresse, ensommeillé dans une cave, une bouteille d’encre pâle qui étoile un calice. Il figure parmi les marmots les pires, les plus insolents, d’une république de mots, parmi les chenapans rieurs d’une cité des talents. Il baptisa son fils Martin, du nom de sa chignole Aston. L’homme travailla comme un nègre, mains nues, respectueux des paresses et des pègres. 
Morand est doublé sur sa droite, touché par la grâce du bolide. Durant dix ans, ils échangèrent des secrets, confièrent leurs humeurs, zébrèrent d’impertinences leur fière correspondance.
L’art épistolaire est une école de virtuosité. Frivole est sa manière. Mais Nimier est du genre buissonnier. Il donne du fil à retordre au vieil ambassadeur. Morand s’amourache du jeune homme à panache. R.N. sont les initiales fatales de Route Nationale. Roger Nimier songeait à acheter une panoplie d’orphelin à son Monsieur du Pimpin, l’autre Martin.
A la hâte sur l’asphalte, l’Aston calcina deux corps. Nimier, trente-sept ans, Sunsiaré, dix de moins. Sunsarié de Larcône mouillait encore les yeux de Guy Dupré, l'auteur des Fiancées sont Froides, cinquante ans après.

lundi 4 avril 2016

Sous le Soleil Exactement

Nos régions sont grandes en vertus et hautes en couleurs. Aucune n’est petite. Pas de basses contrées à répertorier. La France en majesté rayonne par ses régions redécoupées. Le Nord se situe sur le toit de l’Europe, au plus haut comme un Kilimandjaro. C’est le point culminant d’un pays dominant. L’Est est grand, comme Alexandre Vialatte le disait d’Allah. Comme la partie se référant au tout. Il est  donc parfaitement légitime que la grandiose nation confie son destin, sa noble gloriole d’école, à la région du Rhin.
Restent à étiqueter l’Ouest, le Sud. Et le Centre. Comme ne manquent pas de le rappeler le maire de Pau et les commentateurs de « la primaire de la droite… et du centre ».
L’Ouest vit sous la giclée des vagues. C’est la région Océan, votée à l’unanimité de ses habitants. Grand Large aurait fait trop atlantiste. A vrai dire, le Sud et le Nord se regardent en chiens de faïences. Pas question de s’appeler les Bas de France. Ce n’est pas une poignée de patelins pluvieux qui va dicter sa loi aux sublimes territoires sans crachin. Non, le Sud collera à la réalité, au ressenti des gens. Il se nommera Sous le Soleil Exactement.
Et le Centre  dans tout ça? Il est dépeuplé. Il est déserté comme les petits partis qui s’en réclament. Mais, attention, il fait basculer les majorités. C’est un bout de France marchand qui négocie ses tapis.
Bref, le Centre, c’est le Cœur. Le label Cœur de France s'impose assurément. Il fera taire les détracteurs d’Auvergnats qui moquent la sécheresse de sentiment des locaux. 
Voilà notre belle France habillée dans la dentelle, notre grande nation dotée de cinq régions d’excellence. : Hauts de France, Grand Est, Océan, Sous le Soleil Exactement, Cœur de France. Rassemblé sur ses fondamentaux, le pays remodelé dans ses parties a désormais de quoi défier l’industrieuse, lourde et pataude Germanie.

dimanche 3 avril 2016

Chronique d'une primaire ordinaire

La droite qui rate se cherche un chef, inflexible dans ses bottes, raides dans ses buts. Elle organise un tournoi qui fait loi. C’est plus citoyen qu’une annonce au Bon Coin. La joute crée l’émoi: les noms s’ajoutent. Les candidats se pressent à un concours de circonstances. La primaire séduit par ses effets secondaires. Un petit pécule de bulletins peut se marchander contre un maroquin. Valls maquignon a raflé Matignon. La droite qui rate brigue la place d’une gauche qui gâche.
Sur l’affiche, il y a des visages qui ne fâchent pas. Juppé n’est décrispé qu’à moitié. L’homme est posé, sans doute indisposé. Sa figure pâle trahit un souci intestinal plus qu’une passion nationale. S’il se jette à l’eau, il n’est pas question qu’il se mette en maillot. Son pedigree lui interdit la familiarité. Lemaire est le fils de son père. Mêmes papiers de Quai d’Orsay. Il est lisse, austère et sans mystères. Ministre des terroirs, il ignora jusqu'à la taille de l'hectare. L’homme assomme avec ses neurones. 
Fillon est victime de son prénom, socialiste et papal. Le rejeton de notaire manque de faits de guerre. Il côtoie les autos de course, persuadé du mimétisme. A bord d’une monoplace, il s’imagine plein d’audace. Il faudra qu’il se satisfasse d’un grade de chef de tour de chauffe. Des urnes, il peut sortir speaker de tribunes, peut-être commissaire honoraire du perchoir.
Sarkozy est rongé par la jalousie. Il envie la richesse de Berlusconi. Le choix de Carla Bruni témoigne de son sens de la répartie. NKM n’est ni une femme, ni un homme, mais un acronyme. Or les sigles sont en fin de cycle. Ils datent, portent poisse: JFK, JJSS, DSK. Le moderne se démode, n’éclaire aucune lanterne. On est loin du peuple à se nommer à la va-vite. J'ai une tendresse un peu fière pour Morano la poissonnière. La fille de camionneur ne veut pas rester sur le carreau. C’est une soldate déçue qui s’exhibe en candidate de rue.
Mariton en garde sous le menton. On ne sait s’il est bénédictin ou polytechnicien. C’est un bretteur de paille, tout à fait passe-muraille. Un jour au salon, Copé s’est coupé dans la conversation. Depuis la petite enfance, il veut faire président dans l’existence. Mais Copé n’a pas que des copains. Il ne boit que de l’eau. Il ne se bourre pas la gueule, seulement les urnes. Sa figure de traître suffit à sa raison d’être.

jeudi 31 mars 2016

Le sang des bons vivants

Il est tiré comme un lapin, le brave clampin du Bataclan, l’insouciant quidam de macadam, l’anonyme encarté des transports. Il est tiré comme à la foire. L’ensanglanté des guichets n’a pas de bouclier. On ne retrouve que de la chair découpée pour l’identifier.
L’Etat est absent, les soldats sont distants. Les dignitaires arrivent après la guerre. Ils squattent le palais du roi pour mieux s’émouvoir à plusieurs, entre parlementaires. Car parler est une impuissance de métier.
Le président montre les dents. Le monarque bande son arc. Il brandit des mots techniques comme une arme atomique. Il a les yeux pleurants comme un premier communiant. La guerre se fiche des postures comme de sa première imposture.
Le champ de bataille se situe dans les entrailles des civils. La guerre se rue dans la rue. Les soldats ne sont pas là. Ils sont à distance du sang. Ils sont en Afrique, en Orient, à la solde de l’Amérique. Leurs corps désertent la mort. Les drones démodent la perte d’hommes. La technologie dissuade qu’ils ne gisent au sol.
Les méchants assaillants contournent les boucliers volants. Ils tuent les bons vivants. Les militaires arrivent après la guerre. On les expédie à la périphérie quand le pays est dégarni.
Les mensonges ont besoin de coups de menton. Le boniment a besoin de bons sentiments, d’adorables petits bouquets, de numéros verts et de cellules psychologiques. La guerre prend de court les professionnels du discours. La communication tombe sur un os événementiel. La guerre à zéro mort n’a pas zéro défaut. C’est une supercherie qui cache les tueries en costumes gris. 
Combien faudra-t-il de Pierre, Paul ou Henri, de morts tombés au champ d’aéroport, pour que les princes d’Europe se décident à combattre l’agresseur pour de vrai ? Aux champions du blabla sur une déchéance de nationalité sans écho, le peuple, premier visé, n’accordera qu’une tolérance zéro.



samedi 26 mars 2016

Cruyff et la sociologie

Le sport exalte la joie du corps. La beauté de geste est d’expression muette. Elle illumine l’abîme d’une discipline.
Amsterdam. Le port. Le port d’un prince sied au sport. Les ruades de Cruyff ont ébloui les stades. La flèche de l’Ajax plante un style, une banderille dans l’espace, un décor pour l’histoire. Elle suit la loi d’un art cabochard.
Le football est alors une religion morose, coincée, cloîtrée dans la peur. L’austère maître de l’Inter, Helenio Herrera, théorise la défensive, condamne l’esprit d’incartade. Le catenaccio fait écho à l’abandon du beau jeu, à la prison du ballon. Il fait école quand Cruyff caracole.
Le football total est une attitude mentale, une sorte de plénitude intellectuelle. Il remue les fondations du jeu comme, à l’époque, le concept d’autogestion bouscule les modes de production. Cruyff chamboule la division du travail sur les terrains de foot. Il libère le joueur de ballon de son identité de plomb. Le séduisant styliste confectionne un habit d’Arlequin, composé d’étoffes rapiécées, mixte d’arrière et d’attaquant. Il introduit la mobilité dans le statut, la métamorphose dans la fonction, la fantaisie dans la stratégie.
Au spontanéisme d’Après-Mai, il ajoute la rigueur d’artisanat de l’homme de métier. Un toucher de balle s’acquiert dans la rudesse au mal. Cruyff est le contemporain sociologique de l’usine Lip. Il est de son temps, et un peu plus. Il est à l’heure d’une aspiration au bonheur, d’un désir de splendeur. En quoi, il est en avance, se joue des circonstances, danse un football d’une rare élégance.