vendredi 6 janvier 2017

Besoin de grandeur

La grandeur est une denrée périssable. Son souvenir implique une nostalgie. C’est un songe ému qui sauve des menus mensonges. J’ai besoin d’une vraie nature, d’une dose de Ramuz, d’un livre qui ose une aventure.
La grandeur colore une maigreur, rafistole une petite beauté en splendeur. Nous collectionnons les candidats comme des petits soldats. Les rescapés d’une disette font causette. Nous avons perdu les pédales, jadis un général de Gaulle.
Flaubert publie Le Candidat, en fin de vie, regard théâtral sur la vulgarité électorale. Flop cuisant. Candide veut dire blanc, indeed. Le visage pâle du candidat somme les couleurs du spectre intégral. Il exprime une versatilité. Je blâme le candidat d’être blême. Ils sont en lice parce qu’ils sont lisses.
Notre année est scandée du pas cadencé des aspirants, des postulants à l’art de gouverner. J’ai hâte d’entendre rugir de Rugy. De Gaulle cite Hegel : « Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre. »
La grandeur est un songe qui fortifie l’orgueil créateur. De Gaulle sait les ressorts de la mascarade, d’une gaudriole à têtes de mort. Je souhaite que la valetaille se désengage de la bataille. J’aimerais qu’une certaine bleusaille débarrasse le plancher. Je mendie des restes de beaux gestes, des rudiments du bel idiome gaullien.
A ma connaissance, un seul grand fêlé domine la scène endiablée : l’immodeste Villepin, mousquetaire de la France. J’ai lu ses Mémoires de paix pour temps de guerre (Grasset, 2016). Il colle au sillage du grand Charles. Au-delà d’une fière allure, on observe une stature. Pareille vertu ne court pas les rues. Ramuz, l’écrivain vaudois, de Gaulle, le sublime soldat, Flaubert, le moine littéraire, Villepin, le plus zinzin des politiciens. Voilà comment s’échapper d’un scrutin carcéral. Les trois premiers paradent en Pléiade. Je considère les primaires comme très secondaires.

mardi 27 décembre 2016

Dix-sept

Dix-sept a la figure de l’excellence, une allure de majesté dans la notation des connaissances.
La copie évaluée dix-sept est la première du tas – dix-sept, nombre premier -, l’année première de cordée face à l’avenir à gravir.
Dix-sept est exemplaire. Dix-sept prend les devants. Qu’elle apporte une grandeur et donne du bon temps.

samedi 17 décembre 2016

Mauvaise Campanie

J'ai pour gîte EasyJet, deux heures bleues à la fenêtre, de Naples à Orly. J'ajoute une épithète, une touche violette à la bougresse. Je maîtrise peu mes dettes, je noircis un carnet de précieuses défaites ou d'ennuyeuses redites. Napoli est un pluriel de voyelles, terre et ciel pêle-mêle. La cité des saletés est un bouquet de vitalités édentées. Le rouge éclate comme une flamme incarnate.
L'empathie du pamplemousse me dissuade d'être complice. J'y mets du gin, de l'entrain, du campari, de la fantaisie. J'entends l'accent effervescent des gens. Je trinque avec l'oiseau couineur, candide et perché, sur les parapets de l'Excelsior.
La ville est pavoisée de draps qui rutilent. Le chiffon délimite l'horizon. L'art des ruelles est fait de graffitis textiles. Via Toledo, nul besoin des mots d'Il Mattino. On fait les poches comme la gueule ou son âge. Je mêle mes doigts comme les pinceaux délavés d'un moine abbé. Sentir m'interdit de mentir. De quelque chose, avoir envie.
Céline me souffle un bout de son bénédicité: "J'ai le respect des somptuosités." Je songe à la sambuca, au vin morveux, à la luisante beauté bleue. Je remue la glace, les lèvres du calice. Entre algarade et pétarade, visages et coloris, je bois des limonades à l'anis. On s'en tape d'Alep, pas leur type, pas de malaise ici en mauvaise Campanie.

vendredi 2 décembre 2016

Nafissatou, c'est fini

Nafissatou a lâché son candidat chouchou. La dame de Manhattan abandonne son bonhomme de président en rase campagne. Elle l’avait précipité à l’Elysée, chef d’une nation amie, sous le coup d’une grosse émotion, d’une odieuse brutalité d’oreiller. Nafissatou s’en mord les doigts. Elle a défait son roi. L’effet Nafissatou, c’est fini.
La gouvernante new-yorkaise a voulu qu’il se taise et retourne en Corrèze. Elle a destitué l’homme de Tulle, épaulé d’un coup de pouce, aidé des bons offices du serial killer François le Sarthois qui a estourbi l’utile Sarkozy, rassembleur idéal d’électeurs socialistes.
Nafissatou a fait son temps, Hollande son mandat. Fillon a fait d’une pierre deux coups. On tourne la page de deux présidents assez quelconques qui ont échoué à requinquer la grande nation. Le roman s’écrit avec d’autres protagonistes, d’autres lieutenants à mentors morts : Rocard pour Valls, Séguin pour Fillon, et même Hollande pour Macron. Au cœur du récit, sous la plume de l’auteur, on identifie une reine de la dynastie Le Pen, Marine la croquemitaine. A la gauche de toutes ces droites, figure le bouillant Mélenchon, joyeux castriste et méchant compagnon. 
A voir notre rubicond « pépère » devenir blême, se justifier à l’antenne des déboires de sa fonction, on songeait à un boxeur groggy, baladé dans les cordes, les yeux baissés, en difficulté sur ses appuis. Car ledit pépère n’était plus unitaire. Il redoutait les discours,  les misères de Montebourg à l’embarrassante primaire. Les vaincus qui reculent, les battus d’avance qui renoncent provoquent une suspecte indulgence. D’aucuns parlent d’un courage certain à fuir la défaite comme une certitude du destin. Or il n’y a rien de magnanime à jeter l’éponge avant le gong. La lucidité est une vertu d’homme du marais,  d’un partisan tiède des justes milieux.
Ma seule gentillesse à l’adresse du petit président en détresse sera de me remémorer la belle parole de l’auteur de La Pesanteur et la Grâce : « On ne possède que ce à quoi on renonce. » Le préretraité de l’Elysée, le non-candidat, est désormais propriétaire de cette liberté-là. On retiendra de lui que le plus beau jour de sa vie s’est situé au soleil du Mali. Il m’aura échappé qu’il avait « réenchanté le rêve français », cette sorte d’identité heureuse à la Juppé.

lundi 28 novembre 2016

François le troisième

La gauche gâche, la droite rate. Chronique des échecs, litanie des dernières décennies. La gauche distribue les subsides, s’enivre de pieuses paroles, remue ses lèvres menteuses. La droite éjecte un brouillon lutin, une grande gueule sans boussole, rejette un pâle « homme d’Etat » girondin qui serre mal les mains. La droite vote en creux. Elle a choisi François le troisième car la République privilégie pareil prénom pour emblème. Il a les yeux foncés car nul n’a les yeux clairs s’il veut gouverner sous la Cinquième. Le regard bleu de Lemaire était disgracieux, peu conforme aux critères marron de la maison, en vigueur de De Gaulle à Hollande.
François III n’a pas le format d’une grosse cylindrée. Le lieutenant tient lieu de candidat président, faute de mieux. L’homme à sourire pingre promet la table rase comme un communiste de jadis de raser gratis. Son masque de notaire économe n’imprime guère dans les cœurs populaires. Manque au fiston Fillon le timbre jupitérien du sanguin Séguin. Un curriculum vitae de planqué a suffi à son brutal succès droitier. La mièvrerie ne l’a pas desservi. Fillon croit au ciel, au changement de logiciel, aux compliments circonstanciels. 
Je risque un délit de faciès. L’édile de Sablé n’a pas la bouille à tout chambouler, la trogne à déplacer les montagnes. Trop droit, le preux taiseux du mieux-disant libéral flotte dans les bottes du génial Général. La gauche se frotte les doigts, se sent des ailes à multiplier les querelles, se retape vite fait une identité de bouleversante humanité. La gauche a retrouvé ses clés, sa maison, sans doute pas ses esprits. Elle est l’anti-Fillon par excellence, par défaut d’autre consistance. Elle part en guerre, tonne contre l’austère Buster Keaton des primaires, mécanicien politicien détonateur de torpeurs. A gauche, la meute de prétendants frise l’émeute. La timbale élyséenne se rapproche de François le troisième. Un, deux, roi : soleil ! Fillon sans état d’âme, roi sans ramdam, fait sa gueule de grognon, se calque sur Jospin pour dérider l’opinion.

mercredi 9 novembre 2016

Le milliardaire rougeaud

C’est la victoire d’un chef, le triomphe d’une figure charismatique, le succès d’une posture d’autorité. Trump vainqueur n’est plus raillé pour sa vulgarité d’ouvrier illettré. Il n’est plus moqué par les commentateurs pour ses mauvaises manières d’amateur. Trump président cloue le bec des bien-pensants. Un peuple sans diplôme, une sorte de populace disgracieuse, a choisi son homme. C’est un colosse à tignasse jaunasse, qui parle direct, impose en hérétique sa force d’acte.
Hillary C. trône parmi les dieux de l’Olympe, festoie au banquet céleste qui surplombe le monde rampant des simples mortels. Ces icônes intouchables, à sourire radieux de marketing, choquent leur verre d’ambroisie à la santé des miséreux. Trump grimace, éructe, invective, à hauteur des mimiques mal policées des déclassés d’Amérique. Le milliardaire rougeaud s’interdit la joie obligatoire. Il dit des gros mots délétères.
L’artiste Trump, avant-gardiste godardien, a fait sécession avec « les professionnels de la profession ». Il ironise sur l’expertise - « l’art de se tromper dans les règles » selon Valéry. Il se rit des braves sondeurs, de leur savoir de fantaisie, de leur science d’imposteurs. Il vient d’accomplir un prodige, d’exécuter un coup d’éclat. En ce même jour où se commémore la mort de Charles de Gaulle, Donald Trump, au seuil de la vieillesse, donne une nouvelle jeunesse aux intérêts d’une grande nation.

mardi 8 novembre 2016

La femme de journée

Je me suis fait un sang d’encre. J’ai voulu sauver mes soldats, mes volumes d’étagères, d’une fureur ménagère. J’ai désiré les préserver de l’assaut des gros doigts, de l’offensive de lessive de la femme de journée. J’ai garé mes vieux albums des premières escarmouches. J’ai dégarni le front haut d’un rayon. J’ai évacué mes meilleurs bataillons. 
Quand dans mon dos, l’armoire des mots a crié sous la hache, a chuté sur la table en verre qu’elle a fracassée, à mille éclats. J’étais pris à revers par un cogneur de bois vert. L’imaginaire bûcheron saccageait ma maison, une quiétude ordinaire.
Mes livres se sont dispersés comme de mauvais fuyards. J’ai pansé les blessés, soigné les écornés. La peur de la femme de journée m’a dicté un repli défensif, une retraite insensée. J’ai fait courir à mes hommes, à mes plus beaux albums, des risques inutiles. 
J’ai péché par amitié pour le plaisir de bouquiner. Je suis fléché de culpabilité, mortifié d’avoir tuméfié le visage intouché de ma quotidienneté. Ce huitième jour de novembre, veille d’agonie de Charles de Gaulle, nuit à ma liberté d’esprit, comme une Sainte Julie, à même numéro de calendrier, du détestable avril. 
Je suis penaud au milieu de quatre murs, d’une songerie sans écho. Je laisse la nuit bondir sur moi, m’envelopper de sa noire pèlerine. Je suis baladé sur le ring. Je suis triste et commotionné comme un pugiliste déganté.