mardi 14 mars 2023
14 mars 1983
Doigts devant soi qui ratent l'infini. Destin déjanté d'une maison de santé. Drieu raconte sa mort velléitaire. Drieu est odieux à ses propres yeux. Sa main dessine dans le vide une image féminine.
Il ne s'approprie pas même une prière, le sourire des viveurs. Maurice Ronet traîne à longueur de temps ses regards mendiants. Il règne sur le film de Malle en seigneur sans médaille. C'est la dernière escale d'un clandestin. Ronet se dessaisit de la vie par la fantaisie de l'oubli. Il marche à côté des rails, parallèle à sa fêlure. Maurice Ronet, d'avant sa cicatrice sur la joue, taillade ses nuits d'algarade, se hisse au sommet de l'impasse.
On croise pas mal de comédiens trop bien pour mourir. Les bitures d'Alain préfigurent la déconfiture de Pierre.
Drieu donne ses yeux bleus à la littérature. Ronet est dans le secret du dernier roi désenchanté. Mieux qu'un oscar, il mérite un regard. Le glorieux anonymat troue la mémoire du cinéma.
14 mars 2009
Bashung a ôté son chapeau, salué sous son chapiteau, n’a pas sauvé sa peau. Ce métis, à profil d’oiseau de race, est un écorché fils. Il a sculpté les mots, saccadé les sons, fracassé les rythmes. Il chante des splendeurs dans son for intérieur, confie sa déchirure à des volutes de volupté.
C‘est comment qu’on freine l’élégant énergumène ? Avec des Victoires de dernier soir, Bashung a noyé son désespoir. Il est mort sur les rails, trente ans d’allers, trente ans de retours. Gaby le Kabyle n’a rien échappé belle. La rougissure des yeux est le pourboire des endeuillés.
Prince en exil intérieur, Bashung nous débarrasse du bastringue. C'est une musique entêtante comme un vin mauve, aux sensuelles arabesques et fins interstices.
Aristocrate de son art, meilleur que le tapageur Gainsbourg, Bashung émeut par ses mots bleus transfigurés.
Le rocker impose une prière. Bashung Achtung ! Attention aux yeux - l'élégant dandy. Attention musique - féline fêlure et mots précieux.
dimanche 12 mars 2023
Un temps bref d’épiphanie
Les ergots d’un coq ont châtié les épines d’une rose. L’Angleterre avait renié son rugby avant que le fier gallinacé, bleu, blanc, rouge, n’ait chanté sept fois les noms de Ramos, Flament, Ollivon, Penaud. Sept essais fabriqués français. Sang pour sang. Dent pour dent. œil pour œil. Produits de gloire et de terroir.
Arrières, avants s’en sont donnés à cœur joie. Ce jeu de balle ovale, de vaillance et d’instinct, administre aux siens une leçon de maintien.
A la baguette, il y a Dupont, « le monstrueux » champion, capitaine tricolore, le plus capable, qui ne fait pas cap pour du beurre. Dupont, l’authentique, se moque du Van Damme de la place Vendôme, lui enseigne à Twickenham l’honneur avec un corps, en vraie grandeur, pas seulement avec un petit bras de rougeaud avocat.
Sous une pluie d’hiver, sur une pelouse d’ennemi héréditaire, un vieux pays récitait hier son meilleur rugby, d’exacte fantaisie, de rigoureuse poésie. Il fabriquait du panache à la hache.
On aime à Twickenham un même jeu de gentilshommes à cause d’une tradition, d’une nostalgie, d’un style. La prouesse de samedi a troué la morne répétition des tristesses. Elle révèle l’éclaircie glorieuse, instaure un temps bref d’épiphanie.
Le pays des Boniface n’est pas celui de la défausse. La terre de Villepreux s’embrase aux premiers feux. C’est un royaume, à sa manière, de grands hommes fiers, l’heureuse contrée des pieux serviteurs du jeu, le fortin retranché des preux chevaliers des somptueuses percées, des majestueuses passes croisées.
jeudi 9 mars 2023
Van Damme de la place Vendôme
L’école dégringole, fabrique du crétin à la pelle. Elle élargit sa gamme au sous-crétin, produit de l’inculte low cost.
Le Van Damme de la place Vendôme témoigne du cheminement de l’idiotie, illustre le carriérisme de la connerie. Le dressage à la crétinerie conduit à la voyoucratie, à l’usage décomplexé des modes d’expression des petites fripouilles.
Dupond, la grosse voix, nuit grave à l’éducation des gosses. Ses bras d’honneur d’hémicycle sont de piteuses sorties de piste. Le ministre, ivre de lui-même, a forcé sur le Bourbon. A l’occasion, ce rougeaud chasseur du dimanche, amateur de buvette, sait se saisir d’un fusil, épauler, quand son bras le démange. Ce plaideur théâtreux est l’homme des territoires giboyeux du lobby des chasseurs.
Mais on était loin des battues solognotes, au coude à coude avec Larcher, dans un bosquet sénatorial de chasses présidentielles.
Non, Dupond poireautait sur le banc de l’Assemblée. En manque de pétoire, l’homme des prétoires a boudé le réquisitoire, tiré dans le tas de députés, visé comme un pied sur Marleix, avec un bras orthogonal de fort des Halles.
J’ai songé à une autre belle voix grave, mais d’orateur cette fois, de tribun d’excellence. Philippe Séguin, c’était hier, c’était mieux, c’était vraiment bien. « La connaissance est dans la nostalgie » écrit Pasolini.
dimanche 19 février 2023
Le culte du vent
La voix d’Eole a supplanté le vieux message de Jésus. La croix de chemin a disparu du quotidien des carrefours. Elle ne coche plus la case des paysages. A la place, le culte du vent, d’essor récent, produit d’immenses crucifix soumis à la dévotion des grosses berlines d’autoroutes.
Jadis, la croix mémoriale témoignait d’une mort brutale ou d’un coup de chance fatale.
La charmante éolienne environnementale exprime aujourd’hui la gloire des sectateurs du vent.
L’éolisme est une religion du souffle, dont le gigantisme des épouvantails vise un ciel universel. Il exalte les saintes bourrasques, le vent qui court, ondoie comme un blabla de discours.
A défaut de décorner les bœufs, on prête au nouveau monothéisme le pouvoir de créer de l’énergie ex nihilo, de réveiller la morte économie. Ces racontars d’un autre âge nuisent à l’authenticité d’une foi pure et sincère.
Les champs d’éoliennes, tels des défilés de modèles de Tour Eiffel décentralisées, contribuent à la majesté de nos contrées, à la beauté joliment industrielle d’un sol à gueule d’enterrement.
dimanche 5 février 2023
Une glace bleue
L’instant d’avant, l’éternité,
la gloire d’été,
le temps défait rayé d’un trait.
Sur l’oreiller repose une joue,
un derrière en bataille,
le froid fou d’un amour.
Dans l’embrasure du ciel vert,
les couleurs sont des flèches.
Les brûlures d’une chair
ciblent une aile indocile,
ici-même un mail indicible.
Le jour se noie, noircit sa joie
dans une date écarlate,
la ligne de sang d’une mer.
Je garde, regarde à deux fois,
le secret de mon roi.
J’ai lu Beckett et les dévolus
qu’on jette.
Quoi d’autre, si ce n’est,
si ce nez en l’air, le temps
d’un visage.
Sur son front manuscrit
commencèrent les baisers d’un père.
Rude est la ronde, le vieux pneu
d’une solitude.
La nuit je mens,
j’entends un cri kabyle, je sens
la soie du soir, j’oublie la ville,
les horreurs du quai de gare.
Je veux une glace bleue
de la couleur des yeux
du monsieur.
samedi 4 février 2023
C'est comme ça
Bon prince, le gouvernement Borne propose la semaine de quatre jours, aux fonctionnaires, la semaine des quatre jeudis. Brave type, le peuple en berne suggère un quinquennat de quatre ans. L’altesse du Touquet calerait l’agenda de son mandat sur une cinquième année de sabbat. Délassement à Borme-les-Mimosas, plongeons dans la pataugeoire de Brégançon, mais sans Borne pour l’éclabousser.
Pourquoi diable forcer les seigneurs à travailler jusqu’à pas d’âge ? Le seigneur méprise le labeur. Par définition. Il en dédaigne les horaires. Le travail n’est pas de son ressort : il est dévolu à la valetaille. Le seigneur s’abstient de pareille horreur.
On parle d’indexer l’âge de la retraite sur l’espérance de vie. Question de justice. Grimace des femmes. La quille des filles, c’est soixante-dix ans, aux dernières jonquilles, six ans de plus que les garçons, même déconstruits. « L’âge légal n’est pas négociable ». C’est comme ça.
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