lundi 25 octobre 2010

Fichue espérance de vie

Fichue espérance de vie. Sa croissance insolente grippe le bon fonctionnement de la société. Elle entrave la gestion des régimes sociaux. Elle provoque l'odieuse réforme des retraites. Elle agite le spectre de la pénurie d'essence. Le vivre vieux réduit le vivre mieux, à l'aise sur ses quatre pneus. Bref, l'espérance de vie mène à la désespérance des raffineries. Sacrilège !

Photo manquante

Je suis happé par le Cahier de l'Herne Michel Serres. "Ses yeux font lentement le tour de la table. Est-il en train de nous saluer ou simplement de se concentrer avant de prendre la parole ?"(Ada Giusti). "Bienvenue Michel ! dans le récit de toi, dans la parole sur toi, bienvenue les affres de tes douleurs non encore racontées autant qu'elles l'implorent" (Florence Erhuel).
Je regarde la photo de noce du "cousin Roland". Je lis la brève légende. J'observe le cliché de la drague, écrite avec une majuscule: "Notre mère, ma mère...".
La femme qui enfanta Michel, ce jour de crue du fleuve, s'est absentée du tableau, s'est exilée du festin du destin. Son invisible sourire rayonne sur la splendeur de l'oeuvre. Chaque livre est une photo manquante.

jeudi 21 octobre 2010

Journée d'inaction

Pouce ! On a besoin de souffler un peu. Vivement le retour aux journées d'inaction ! La débauche d'action des dernières semaines a vidé les organismes de leur énergie et les pompes à essence de leur carburant. Une bonne journée d'inaction ne ferait pas de mal. Jour de repos, comme sur le Tour de France, entre deux étapes de montagne. On range la caravane des suiveurs et les banderoles.

Tour de chauffe du Renaudot

A quand un prix littéraire décerné par des jurés auto-désignés ? Car si les membres éminents du Renaudot font figurer dans leur liste de "papabili" un auteur auto-édité, on peut creuser l'idée jusqu'à imaginer l'éclosion de jurys spontanés sans légitimité de notoriété. Prix Machin attribué par une bande de clampins.
Or cela tombe bien. Marc-Edouard Nabe, divine surprise des héritiers du grand Théophraste, est un écrivain. Un vrai, doté d'un style. Cela ne court ni les rues, ni les échoppes de livres. Tour de chauffe du Renaudot: Nabe est calé dans son bolide. Il écrivit jadis un somptueux portrait de Django Reinhardt. "Nuage" invalide aujourd'hui tous les permis de chasse aux romanichels. Cela tombe vraiment très bien.

Le pouvoir et la rue

La rue, jadis malfamée, la voie publique, terrain de jeu des voyous, la rue disais-je est réquisitionnée pour la colère. Les cortèges des chaussées se déploient, scandent des slogans contre la loi. Au plus profond des terroirs, les vieillards craignent le grand soir. Les retraités, mal recyclés, moins fringants que sur les publicités, vont claudiquant vers un soleil couchant.
Pas d'essence: ils sont déjà rangés des voitures.
La piétaille, en âge de cortège, s'organise en ordre de bataille. Elle veut en finir au plus vite avec la grisaille du travail. La rue chemine vers des échappées de lumière. La rue regarde vers le temps libre. Le pouvoir s'arc-boute, soliloque, parle gros sous. Le pouvoir ne partage pas la même définition de l'espérance de vie.

mardi 19 octobre 2010

Illisible

Kiosque sans feuilles. Kiosque d'hiver déplumé. Kiosque à journaux caduques. Kiosque sans nouvelles d'elle. L'actualité est empêchée.
Mardi manif, sans noir au bout des doigts, dans l'ignorance de la cause du peuple. Je regarde les arbres. J'y vois l'étrangeté d'un monde. Illisible dans son mystère d'écorce. Domestiqué dans sa chair de papier.

lundi 18 octobre 2010

Merci Michel

On ne se battra pas pour un dernier mot. Seulement tu me remercies, mais de quoi au juste ? Tu m'as instruit, tu m'as ouvert les yeux sur le monde et sa beauté. Rien de moins. Tu n'imagines pas combien je me suis senti honoré, flatté, vaniteusement considéré à me savoir désigné par toi pour collaborer à ton Cahier (j'ai hâte de le lire !). "Le roi n'était pas mon cousin". On disait cela quand j'étais petit. Reste que je n'étais pas de taille. J'ai écrit ce qui était dans mes cordes.
Je ne te remercierai jamais mieux que tu ne l'as fait dans les magnifiques pages des "Cinq Sens" ("Merci à qui ?"). Tes livres que j'attend comme les beaux jours, tes cours éblouissants, ta confiante bienveillance accompagnent ma vie depuis trente-cinq ans.
Je viens de lire "Biogée". C'est un grand livre, Michel. L'un de tes plus beaux. J'ai griffonné deux, trois mots dessus, pas grand chose, témoignage d'une ferveur sans ratures, d'un vrai bonheur de lecture. Ton oeuvre rayonne sur tes amis. Resplendit sur ta page la joie de ta philosophie.