lundi 20 décembre 2010

L'oblat du chocolat

Presque en cachette, il s'accoude à la table, écume la fine surface du luisant chocolat, savoure lentement le précieux aliment. "Les toqués du chocolat" sur France 3 vaut par cette séquence d'une rare puissance évocatrice. Michalak, pâtissier de palace, a la dégaine en jean d'un nabab du Web. Il ne s'embarrasse pas de manières. Décoincé des convenances, il jongle en cuisine avec les arômes de cacao. Il confectionne une bûche de Noël en marches d'escalier dentelées. Michalak, nom de rugby, fait l'impasse sur la pédanterie de confiserie. On se fiche de savoir si l'exquise sensation est d'origine "criollo" ou de facture "trinitario". Les mots gâtent les mets. Michalak fait silence, recadre sa langue. Il goûte son chocolat amer comme l'oblat récite une prière. Il est quasi couché sur la coupe tentatrice. Le nez dans son verre de chocolat, Michalak est sorti du scénario, s'est échappé vers l'extase. Rien n'est plus grave que le plaisir.

Amitié, oeuvre

Les mots maltraités renseignent sur l'état dégradé des moeurs de la société. L'amitié, l'un des plus référents du lexique, renvoie à la tradition de la philosophie, non seulement par l'étymologie, mais aussi par sa douleur de chair entre Montaigne et La Boétie.
Or l'époque balaie la pudeur d'un revers de main, d'un clic désinvolte. Elle dégringole dans un dévoiement systématique à la Warhol. Les amis grouillent dans la mare à nénuphars des réseaux sociaux. L'opportunisme de la relation fixe la règle de l'exposition des intimités. A Web ouvert. L'ami est comptabilisé comme un signe extérieur de richesse Internet. Facebook organise le marché planétaire de la surenchère de l'amitié ustensilaire. L'ami est une monnaie d'échange, pas même vivante à la Klossowski, mais une sorte de dollar d'un Far West imaginaire. L'ami file entre les doigts.
L'oeuvre de l'esprit est pareillement trivialisée. Les marchands des médias la désignent désormais du nom brut de contenu. L'oeuvre nue, soumise à la question incessante du marché, est taillée au format minimal du contenant. Le contenu est dépossédé de ses singularités plurielles C'est une marchandise stockée en vrac, une commodité au sens anglo-saxon, dont le flux s'indifférencie dans les tuyaux comme l'eau des lavabos.
Nous sommes abreuvés de contenu, cette denrée nourricière sacralisée par le marché. Nous sommes rassasiés d'écrits, de sons et de lumières, sur les écrans bien nommés qui font barrage au réel. Le contenu est produit dans des fermes appropriées avec un zèle industriel suivant la méthode intensive appliquée aux champs de céréales. Exit la patience de l'oeuvre. Exit le souffle de l'esprit.

Episode neigeux

Le feuilleton des flocons nous tient en haleine pour de bon. Les épisodes neigeux se succèdent en rafales, multiplient les rebondissements. Impossible de s'en soustraire. A tête reposée, on aimerait revoir la saison complète en DVD. A moins de les télécharger, ni vu ni connu de l'Hadopi.
D'un épisode à l'autre, les réalisateurs se relaient. Hortefeux a cédé la caméra à Mariani. Ses scènes d'aéroport sont très réussies. Les séquences de glissades routières, pourtant sans grande trouvaille, véhiculent toujours une émotion nouvelle. Le génie de la série résulte du mélange des bons et des méchants. On ne sait pas à qui se fier. Dans un épisode déjà ancien, la production avait ciblé le pouvoir maléfique de Météo France. Dans l'épisode du dernier week-end, Mariani corse le récit en introduisant British Airways dans le rôle du traître. On en a froid dans le dos.

mercredi 15 décembre 2010

Petits soldats

Boulevard des Italiens, je me suis souvenu de sa figure en forme de ballon dégonflée, de sa bedaine à bretelles et de son franc sourire au sortir de l'église. Il collectionnait les timbres. Il croisait papa au hasard de l'amicale des philatélistes.
Je revois les albums saturés de couleur. Les timbres dentelés n'étaient jamais que des papillons épinglés. Ces pacifiques petits soldats reposaient en bon ordre dans leur cimetière de papier. Papa jouait avec une joie sérieuse, taquinait le temps fixe des vignettes postales, bricolait des images d'enfant sage. J'ai serré la main du jovial compagnon, encore ivre de Dieu, juste après la communion.

mardi 14 décembre 2010

Zéro papier

Journaux ajournés. Kiosques dénudés. Kiosquiers désertés. Les coins de rue inaugurent l'ère du zéro papier. Le sensuel cérémonial du journal est une sale habitude. L'addiction au papier est prohibée. Opérations mains propres. L'encre de l'imprimé ne tatouera pas les doigts. On boira son café sans la mouillette symbolique des encombrants feuillets.
Bref, les quotidiens absents divorcent de leurs clients. Faute au méchant syndicat. Faute de trop qui célèbre le nouveau dieu numérique, la mise au net Internet et ses tablettes de Noël.
Les braves grévistes accélèrent la grande braderie du papier. La mort des journaux imprimés hante les trottoirs comme les vagabonds couchés sur la chaussée, en panne d'espoir. On les balaie par pelletées. Leur non-développement n'est plus durable. Avec ses dernières feuilles d'automne, la démocratie rit jaune.

lundi 13 décembre 2010

Heureux dans ses yeux

Je me lance par les rues, loin des désirs d'antan, à la recherche des vaines richesses à donner, le moment venu, aux visages aimés de ma destinée.
Me manquent l'élan de convoitise, l'esprit de gourmandise qui embrouillaient mes pas au temps exquis des jolis emballages que la main de papa délicatement froissait. J'ai perdu la flamme, un père, ses repères, le plaisir méticuleux d'être heureux dans ses yeux. Dans les rituels aussi usés qu'une corde, il est des gestes de compagnon gravés au plus profond.
Lentement, il avait gravi les sentiers de bienveillance qui mènent au doux sommet de la bonté. Mes doigts s'agenouillent dans un silence bleu de froid perçant.

jeudi 9 décembre 2010

Le Fillon nouveau

Fillon n'a pas bougé d'un iota. Il traîne son même profil bas loin des caméras. Ni touriste béat, ni vendeur baratineur comme son vrai faux mentor en Inde, Fillon fait un saut à Moscou pour se distraire, sans le moindre barouf. Il rase les murs gratis. Bref, le Fillon nouveau n'est pas arrivé comme le Beaujolais. Il garde son non-style d'hobereau triste, son imper morose et ses rêves d'autos fusant tombeau ouvert. En attendant, il tourne en rond dans son petit circuit de premier ministre. Il neige sur le quinquennat. Plus rose que jamais, le glacial Hortefeux nie en bloc. L'exécutif est ailleurs.