jeudi 23 janvier 2014

C'était Louis

Le front s'est dégarni. Flaubert pleure sur sa calvitie. Il est chauve de la défunte amitié du bon Bouilhet. Flaubert enterre son meilleur soldat. C'était Louis. Son faire-valoir de gueuloir, son compagnon des joies sonores. Bouilhet, Duplan, Sainte-Beuve. A qui parler boutique ? Flaubert est seul, cerné de linceuls.
"Je n'en connais pas un seul qui soit capable de passer avec moi un après-midi à lire un poète" (Lettre du 21 mai 1870, Bibliothèque de la Pléiade, quatrième volume de la Correspondance, page 190).
Il cesse de converser. Faute de complicités. Il n'a rien à dire aux sbires du désespoir, aux barbares sans mémoire. Il a écrit Bovary, Salammbô, L'Education. Il ne lui reste pas dix ans pour compléter les blancs. Il bande son arc. Il expédie son acrimonie. Il confie sa tristesse à George Sand.


mercredi 22 janvier 2014

Sa propre boue

L'hygiénisme accorde un rabiot. Il fabrique du vieillard. L'hygiénisme réunit deux artistes monstres. Il est flanqué sur la route de Proust et Céline. Ils chemineront de conserve jusqu'à leur dernière saison.
Robert, père de Proust, est un médecin hygiéniste dont le renom excède le canton. Louis-Ferdinand Destouches - dit Céline, du nom de sa grand-mère - est docteur de l'horreur, médecin du pauvre, toubib de la plèbe, généraliste du désastre.
Il a fait ses classes, rédigé une thèse sur Semmelweis, l'étudiant hongrois né à Buda, découvreur des mains sales de la fièvre puerpérale.
Et si Proust et Céline avaient voulu faire le ménage dans la poussière du siècle, s'étaient désignés pour nettoyer la langue au plumeau, avec d'autres mots ?
Céline et Proust font rutiler l'argenterie. La littérature est leur propriété. Elle brille de propreté. La proximité des deux mots redouble la parenté des deux scribes. Ils sont officiers de santé à longueur de cahier.
Le style, c'est la propriété d'un crachat, le propre de soi, une salissure d'auteur. Le style fait son trou avec sa propre boue.

mardi 21 janvier 2014

L'aimais-je ?

J'ai quitté Venise sous une pluie lumineuse. J'aime la beauté qui se tait, le joyeux risque du rococo. Mouette sur le toit en attente de petite proie.
Je m'agite dans le périmètre de mes gîtes: Rialto, Monaco, Ala, Luna, Principe. Il fait nuit au bar du Gritti quand il fait beau au Cannaregio.
Les hommes n'ont plus d'ombre mais des masques ou des hâtes d'acrobate. Les ciels de neige dissuadent la ribambelle à shortilèges. Le soir tombe sur la pierre de Carrare.
On s'égare trop tard dans un regard. On se réveille dans des ruelles à l'arôme de sel. On égrène un chapelet d'échoppes à la recherche d'une reine.
Venise est sale des solitudes les plus pâles. L'eau rebondit sur la joue d'un toit gris. L'image d'un père se réverbère dans l'hiver. Morand ne cause pas d'autre chose: "L'aimais-je, ou moi en lui ?".

dimanche 19 janvier 2014

La danseuse de Tulle

Valérie est une dame de compagnie. Elle seconde le président dans ses déplacements. Elle loge en son palais. C'est la première compagne du premier magistrat.
Julie est établie à deux pas du palais. L'actrice demeure rue du Cirque. Certains soirs, elle y accueille un président motard. Marie-Ségolène est la mère des rejetons du président.
Ces trois dames du président n'ont rien à revendiquer à la République. La proximité amoureuse du chef de l'Etat ne confère pas de légitimité particulière. Chacune du trio des favorites est interdite de statut. Valérie n'est pas chez elle à La Lanterne à Versailles. Sa convalescence s'accomplit aux frais de la princesse.
La danseuse de Tulle au bras du président, un soir d'élection, usurpe la figure de "première dame". Il serait de règle républicaine qu'elle débarrasse le plancher de manière délicate, qu'elle cesse de vivre au crochet de l'Etat.

samedi 11 janvier 2014

La politique autrement

La politique est viciée, pervertie par une logique détestable de professionnalisation, en décalage croissant avec les besoins de la société. L'obsession de la réélection dénature le métier parlementaire. Pareil instinct de conservation dégénère en sentiment de propriété du pouvoir.
Tous les moyens sont bons pour le garder en sa possession, pour procéder à sa confiscation. Y compris la démagogie. Y compris la corruption. L'homme politique considère la chose publique, le mandat de res publica, précisément comme sa chose.
Le pouvoir est un frisson amoureux, une sorte de fétiche, aussi addictif qu'un stupéfiant nocif. La perspective de carrière politique favorise l'ardeur délinquante. Le vrai savoir-faire du parlementaire est l'habileté à se faire réélire.
L'amour du pays est une vieillerie de manuels d'histoire, un bref argumentaire de tract publicitaire. Le parlementaire ne se dévoue qu'à sa cause personnelle prioritaire. Elle justifie l'entretien de clientèles.
Les parlements sont des paniers de crabes en bagarre pour la conservation du pouvoir. La chefferie organise ses destins nationaux, complique le jeu à coups de querelles d'ego.
Elle tient le haut du pavé, accomplit le métier de ses intérêts privés. Le député fait son business. Comme un boulanger, un cordonnier, un épicier.
La professionnalisation politique conduit à des stratégies personnelles d'enrichissement sur le dos du peuple votant. La liste des privilèges de fonction suffit à susciter les vocations: haute rémunération, fiscalité complaisante, régime de retraite en or, congés d'enseignants, multiples avantages en nature, immunité judiciaire.
Au début de la République, la politique était exercée par un puissant corps notabiliaire, grands bourgeois fortunés, rentiers décomplexés, à peu près éduqués parmi un peuple illettré. La gent parlementaire d'aujourd'hui est composée de professeurs et de fonctionnaires, plus quelques toubibs et autres vétérinaires.
Ces corporations d'élection monopolisent les gradins d'assemblées. La sociologie des palais nationaux défigure le visage de la République. Elle insulte le peuple.
La politique peut se pratiquer autrement. Je préconise une politique à mandat unique, à un seul engagement dans le temps, sans l'arrière-pensée d'une deuxième chance, sans possibilité d'en faire un métier. Le peuple mérite une politique de service citoyen, participative, exécutée à tour de rôle. Le bénévolat parlementaire, de nécessaire salubrité morale, s'apparenterait de surcroît à une oeuvre de solidarité nationale. A l'image de l'ancien service militaire.
La politique s'enrichirait de la diversité intellectuelle, sociale et culturelle du pays. Il s'agit de promouvoir la responsabilité de chacun, de faire en sorte que tout citoyen qui le souhaite parcoure un bout de chemin à la tête d'une collectivité, sans pour autant s'approprier un métier.
On ne reconnaît pas la démocratie sous son masque d'aristocratie d'Etat. Il convient de la refonder sur les bases dynamiques d'un grand service civil de la politique.

vendredi 10 janvier 2014

Ramdam M'bala M'bala

Jamais deux sans trois. Après le Mali et le Centrafrique, une intervention militaire s'imposait au M'bala M'bala. Décidément, l'Afrique nous donne du fil à retordre. Le M'bala M'bala est un petit pays querelleur qui cherche noise à Israël.
L'opération française a été menée de main de maître. Débusqués à la Main d'Or, les terroristes de la faction Dieudonné ont tenté de se retrancher au Zénith de Nantes. Ils détiennent l'arme chimique. Ils disposent de gaz hilarants. L'Onu a réagi au quart de tour. Le Conseil de Sécurité va voter une bonne résolution.
Je ne veux pas rire idiot. Le ramdam autour de Dieudonné M'bala M'bala a chatouillé ma curiosité. La publicité conseillait de s'instruire sur un site d'Amérique: YouTube.
J'ai vu un solide gaillard à carrure de Bastareaud. Au temps des colonies, on aurait évoqué son sourire cannibale de grand Nègre. J'ai écouté son délire célinien. D'emblée, la forte présence du bateleur m'a fait penser à Jean Yanne.
Sauf que l'acteur primé à Cannes ciblait sa haine sur les femmes. Son insupportable machisme plaisait à Pialat. Yanne, grand comédien, attentait sans complexe à la dignité de la femme dans une "beaufitude" ambiante pleine de gratitude. Le talent de l'artiste excusait l'odieux boniment. Le pardon est la figure du bon ton. Il est à géométrie variable.
On ne se tord pas les côtes avec l'Holocauste. Je n'en démords pas. J'ai cliqué ma sortie avant la fin de la causerie.

jeudi 9 janvier 2014

L'instinct de corporation

L'immunité de l'élu révolte l'homme de la rue. Le corporatisme politique dénature la République. Pareille connivence parlementaire jette le discrédit sur la démocratie.
Après Cahuzac, Dassault jouit de troubles complicités dans les palais nationaux. Les jeux sont à ce point pipés qu'il lui est inutile de soudoyer treize sénateurs, à l'unité près, pour glaner une juste majorité. Pas besoin. L'instinct de corporation fonctionne à merveille.
La loi non écrite de nos doctes assemblées veut qu'on ne touche pas à la sacrosainte immunité. Sauf à s'exposer à la rudesse des représailles d'une caste. Sauf à s'offrir à l'impitoyable vendetta d'Etat.
La présomption de corruption généralisée n'a jamais autant pesé sur l'ensemble du personnel politique.