mardi 7 janvier 2020

Dixième anniversaire de sa mort

Il est mort du cœur. Loin de la gloire de l’été, des lumières de l’enfance, dans la grisaille d’un hiver comme les autres, sous un ciel au front bas. Chirac ne craint personne sauf Séguin, un diable d’homme. Sur les photos des journaux, c’est Séguin qui impose le respect, sa légitimité, qui pose en majesté sa nature de président. La souveraineté est un mot qui d’abord sied à sa personne. A ses basques, Chirac candidat lui serre la main en valet de pied, au mieux en lieutenant.
La relation Séguin/Chirac n’est pourtant médiocre, ni pour l’un, ni pour l’autre. Criblé de mille fêlures, Chirac se tasse auprès du volcanique et trop humain mangeur de pizzas. Séguin, bardé de tous ses doutes, use avec coquetterie de sa chatoyante intelligence, admire l’énergie militaire, la persévérance laborieuse du soldat Chirac. Ils se sentaient, l’un et l’autre, à demeure au milieu du peuple. On ne sait pourquoi ils se sont choisis, peut-être pour une commune réserve à l’endroit de l’arrivisme bourgeois. Le peuple était touché par la pudeur, le secret, le panache des deux.
Séguin n’avait besoin ni de droiture revendiquée, ni de bottes pour arpenter le terrain politique. C’était un chêne, d’essence méditerranéenne, né dans la probité, en pleine tragédie. Il était enraciné dans l’Histoire de France. Séguin a exercé un charme fou plutôt qu’un vrai pouvoir sur les foules. Chirac lui doit une fière chandelle, celle d’avoir décroché la timbale élyséenne. Car Séguin a donné de l’épaisseur intellectuelle, de l’éloquence enfiévrée, de la gravité sémantique aux pâles idées d’une droite boutiquière. Mais Séguin a commis l’irréparable. Séguin est mort à son destin le jour où il a rendu son tablier du parti post-gaulliste. Il a envoyé valdinguer dans les décors les ors de la République. Les mots de sa démission n’étaient pas les bons. Il signifiait son congé au sacrifice de ses jours à la vie politique, qu’elle soit grandiose ou mesquine, au nom de la préservation intime de ses jardins secrets. Ce jour-là, il a trahi Churchill, il a renié de Gaulle. Il ne s’est pas donné tout entier à la France. Il a privilégié une sorte de pacte avec lui-même qui ne pouvait le satisfaire. La République perdait un talent d’exception.
Ce grand professionnel, si sourcilleux du travail bien fait, a bâclé sa sortie. Séguin a fini ses jours parmi les grands esprits aux dons inaboutis. Avec lui disparaît une vraie rareté sur l’échiquier politique. La mort de Séguin n’efface pas seulement « une certaine idée de la France », revue et corrigée pour les temps modernes, mais élimine un style, un caractère, un tempérament apte à dessiner le chemin d’une grandeur à réinventer. Avec un orgueil sans mesure et une simplicité bénédictine, il sut se conduire en seigneur d’une République d’Epinal.
Durant l’une de ces festivités obligatoires, dans les fastes de l’hôtel de Lassay, je me souviens de sa noble stature, de sa digne rondeur, postée dans l’embrasure de la porte d’entrée, saluant un à un, jusqu’au dernier des convives, à l’issue du raout. Le style, s’il répugne assez souvent à embellir l’action des puissants, définit ici à coup sûr l’homme dans sa vérité. Séguin possédait pleinement la manière d’être maître de son art. C’est pourquoi sa désertion de la présidence de parti reste une faute impardonnable, se ressent comme un chagrin qui fait bifurquer un destin. Elle laisse une profonde estafilade, une large cicatrice sur le front de la nation.
Par la véhémence de ses fulgurances, entre saintes colères et tristes tendresses, Philippe Séguin appartient au cercle des hommes seuls, sans tiédeur, qui sont le sel de la terre. Il était, comme on dit, haut en couleurs. Car toujours à la hauteur voulue, vert de fureur, familier des colères bleues, sans crainte aucune de quoi que ce soit de médiocre, sans peur bleue, mais les joues rouges, écarlates, d’un homme embarrassé par sa timidité. Il nous manque pour lever les yeux, relever le niveau de la chefferie ordinaire.

Paru le 12 janvier 2010 dans Le Monde

dimanche 5 janvier 2020

Le bleuet, la marguerite et le coquelicot

L’année d’Anaïs est un livre d’extases, d’heures incantatoires, une sorte de calendrier bariolé de feuilles d’herbier, le précieux conservatoire d’une mémoire, le bénédicité psalmodié d’une sensibilité.
Au fil des jours, Nicole Lombard cisèle une pensée, taille les mots comme des copeaux, juxtapose les fragments épars, jette à poignée des miettes de beauté, les lance comme des confetti.
La ronde éblouie des saisons s’y égrène comme un chapelet d’oraison ; les mots d’une lente, intense et majestueuse prière s’y récitent, parmi les duretés et beautés tacites qui figurent « ces terres de rude approche ». L’Aubrac, cher à Gracq, - « le plus anarchiste des écrivains du dernier siècle » - plante le décor, dessine le paysage, règne sur les pages de l’ouvrage.
A sa tablée, l’auteur accueille les pèlerins du matin, ses amis de poésie, des compagnons d’horizon, les incorporent au texte de la nature qu’elle compose d’une manière douce mais d’une main sûre, d’une écriture fière et sincère. Bosco, Giono, Pourrat, Colette.  On y croise Stendhal, Jünger, le Livre du Graal, Dante Alighieri, le Livre de Tobie.
Les hêtres de Saint-Urcize, sans « e » comme s’y trompait Louis Poirier, s’y désignent des « fayards ». Le travail de l’auteur, comme les toiles peintes d’un ami de Conques, « s’adresse au silence de chacun ». Il y a de courts récits qui s’affranchissent du cadre fragmentaire, s’échappent du format éclaté, s’autorisent l’ébauche d’une nouvelle. La virée à Lourmarin est un petit chef d’œuvre littéraire dont m’émeut durablement le danseur solitaire, d’avant l’orage, sous la tonnelle de la maison de Bosco.  Dans un autre registre, je suis émerveillé par l’évocation du « repas des vieux », de ce temps exhumé des « dames pomponnées », des mots d’un autre âge, de la tournure attendrie de Tallemant des Réaux : « Elle s’était faite toute jolie ».
Une prière, au-delà du rituel, demeure une sagesse, un savoir, une saveur. Roland Barthes, au soir de sa vie, disserta sur le terme latin « sapientia ». Si je me remémore la leçon du savant homme, c’est qu’il y a tout cela, toutes les nuances du mot, dans le style de L’année d’Anaïs.
Chemin faisant, Nicole Lombard nous confie des secrets, sans jamais s’appesantir pour autant : « Qu’y a-t-il au monde de plus vrai que le rêve ? ».
A travers champs, on apprend des mots, on tombe sur un os, comme ces « fougères qui se décrossent ». Je me délecte des bonheurs éparpillés dans le texte, comme je goûte la sonorité batailleuse des « chamaillis d’oiseaux ». Et à Nasbinals, rien n’est banal : un poivron s’y nomme « piment de l’espèce d’Espelette ». D’une aïeule de la famille, on s’avise que « le bleuet, la marguerite et le coquelicot sont les couleurs de la France. »
Bref, L’année d’Anaïs, celle de la petite jument alezane, est un livre rare qui regorge de richesses littéraires et de belles manières artisanes. Il appartient au cercle des ouvrages, peut-être d’un autre temps, mais dont on frôle le papier, superstitieux, comme on toucherait un précieux talisman.

jeudi 2 janvier 2020

Olga, je t'aime

Elle est née le Jour des Rois. J’écris son nom au crayon. Je l’imprime en grand sur l’écran. Olga s’est calée sur la paroi verticale. J’ai envie d’Olga. Resnais en fit une reine. Avant soixante ans, elle s’est jetée dans le néant. Olga Georges-Picot est une brûlure brève, l’actrice d’un film, dont la fugitive beauté ravive l’écho. La star est une diablesse d’une espèce rare. Elle lance des regards, se fiche de l’histoire, s’en tamponne le coquillard.
Je démêle des visages comme on extrait les corps d’un séisme. Je sauve Olga de la nuit mauve. Je préserve Olga des gravats. J’ai ma fille, la plus belle du monde, à domicile.

Au reste, je suis prisonnier de ma prisonnière. Olga est tombée de haut comme Albertine de cheval. Olga est revenue dans la peau de Catrine, l’héroïne du film. Je t’aime, je t’aime se bégaie comme une impossibilité des lèvres. Olga observe la vidéo, la visionne en boucle, telle une altesse dépouillée d’une jeunesse. Il a suffi d’un plan pour qu’elle se lève d’un bond. Elle n’est pas morte en quelque sorte. Elle n’a pas d’âge au fond, ni d’« h » à son prénom. Je me souviens de Claude Rich, entre grisaille et Méditerranée. Deleuze se défenestre avec le même shetland mauve.
Oui. C’était le temps des imperméables en gabardine, des shetlands gris, mauves ou mandarine, de l’odieuse lumière de Méditerranée radieuse. On épinglait Magritte au mur de sa chambre. Entre Pierrot le Fou et Marie pour Mémoire, un petit gars n’a pas froid aux yeux : le roi Resnais filme Olga.
L’actrice sublime, moitié paumée, naturellement sauvage, exhibe sa chair de grande fille animale. Elle parle de Dieu, du monde, des chats. « Je t‘aime, je t’aime ». Vite dit. Lent film impardonnable. Donne des images pour l’hiver, de quoi vivre sous l’empire des yeux noirs d’Olga.

Voir, revoir, rêver la belle Olga. Regarder. Se taire, doigt sur la bouche. Une comédienne, étrangère à la vie comme elle va, révèle en pleine lumière sa féminité de feu. «  La peur, c’est quand on a chaud ; la terreur quand on a froid. » C’est un visage qui griffe la mémoire de jeune homme. A trop regarder son film, à trop aimer Je t’aime, je t’aime, à repasser la vidéo comme un poème de Rimbaud, Olga a changé la vie, elle est morte.
Il y a vingt ans. Un jour avant l’été. Elle était vieille de nos souvenirs. A la lettre, ce maudit film est insupportable. Olga ignore le temps qui froisse. Sa chevelure ensoleille l’oreiller chauve de la terre. Elle repose sur une joue, le derrière en bataille. Claude, le héros lunaire, est prisonnier d’une splendeur éphémère, d’un sourire intérieur, de la blancheur des draps. Olga dort dans l’éternité du cinéma. Encore une minute. De tirée, de filmée. Allez savoir. L’actrice ensommeillée s’est jetée du cinquième étage.

Ce texte figure dans « La cicatrice du brave »  (5 Sens éditions, 2017) :
https://catalogue.5senseditions.ch/fr/belles-plumes/90-la-cicatrice-du-brave.html


mercredi 1 janvier 2020

Voeux de paille

Cornélien, le choix des congés : La Mongie, pas de neige, Honfleur, trop somptuaire, Le Touquet, exécrable climat. Reste la Méditerranée. Le jeune Picard opte pour le château, les pieds dans l’eau. Président des riches, résident du Fort.
Mais il n’y a pas d’espoir au fond de la pataugeoire. Du séminaire de Brégançon n’est sortie qu’une dissertation élémentaire, réduite au strict nécessaire. Aux malheureux, on parle creux.  Il est fluet, nous sommes floués.
Le petit homme à visage pâle règne sur une tribu de peaux-rouges à tuniques jaunes. C’est un acteur très moyen, friand de bons sentiments, qui se vautre dans une mauvaise littérature. Il collectionne les misérables rôles. Je trouve qu’il ressemble à Charles Berling. Mauvais casting. Aucun producteur ne mise un pognon de dingue sur un tricard du septième art. Erreur sur la personne. Pas le bon Charles.
Durant les dix-huit minutes de ferveur, j’ai observé ses mains de bonne année. Elles s’exerçaient au jeu de baguette, s’essayaient à orchestrer. Mais la retraite systémo-paramétrique, on n’y comprend que pouic. La promesse s’édulcore à toute vitesse. Le promis masque un compromis. L’Edouard à barbe bicolore exécutera illico presto, mangera son chapeau, remballera l’âge pivot.
A contempler un paysage de Méditerranée, le freluquet d’Elysée n’était guère embarrassé par le tracas d’une grève. Au soleil, il médita ses vœux de paille.
Au reste, il retroussa ses manches, montra ses petits bras : nous sommes un peuple de bâtisseurs. Avec pareille vocation, il faudrait d’ailleurs qu’on songe à restaurer le Vieux Continent. Quand il parle du pays, il évoque une figure de géométrie, il prononce « hexagone » avec un fort accent libanais. J’aime moyennement.

lundi 30 décembre 2019

Chardonne 20/20

C’était un 29 mai un peu particulier. Les enragés de Mai 68 tenaient le haut du pavé. Dans l’anonymat le plus absolu, un grand écrivain français, fils métissé de la porcelaine et du cognac, mourait à La Frette, à un jet de pierres des barricades parisiennes. Jacques Chardonne était né quatre-vingt-quatre ans plus tôt, un 2 janvier, un mauvais jour encore, dans la clandestinité d’un lendemain de festivités.
J’ai voulu me souvenir du maître des lettres françaises. Deux de mes livres évoquent sa mémoire, son écriture libre et pure, le cristal d’un style de très haute couture.

« On est lyrique quand on a rien à dire ; la moindre idée bien mûrie, cela vous coupe le souffle ». Chardonne vend la mèche » 

« Je lis Chardonne comme je prie la Madone. C’est un maître à vieillir disait Morand. Edmond Jaloux parla d’une prose argentée : « On ose à peine lire, à peine toucher ces pages, de peur de disperser cette poudre irisée ». Je veux jouir d’une fraicheur de neige, je veux lire Chardonne sans me dépêcher. Lentement, illico presto ».

« Léon Blum, l’esthète rouge, encense Jacques Chardonne à la parution de « L’Epithalame » : « Je place très haut, pour ma part, l’écrivain qui a su débuter par cette œuvre d’élite ». (L’amitié de mes genoux, page 40)

Jacques Chardonne révérait l’élégance d’Eugène Fromentin, peintre et écrivain. Ses derniers petits livres, au soir de sa vie, sont pour moi les plus beaux : « Femmes », « Détachements », « Demi-Jour ». Textes hors sujet, dentelés de somptuosité.

L’année nouvelle commence avec Chardonne, temps d’excellence : 20/20.


dimanche 29 décembre 2019

Ainsi soit Staël

Il est né le 23 décembre 1913. Il a cent ans et davantage. Sa peinture, mille ans, préservée du néant. Nicolas de Staël von Holstein s’est échappé par la grande porte. Il s’est sauvé par la lumière.

« Vent boudeur. Bourru s’il dure. La Provence me glace. Je me sauve. Je me fourre dans une peinture entre quatre murs.
Anne et Gustave se tiennent la main, honorent un père, un peintre byzantin qui sacralise la couleur.
Le musée d’Aix nous cale dans l’axe exact du luxe. Une lumière irradie la paupière.
Soixante-et-onze toiles. On chemine comme dans un album d’homme, un livre d’images saintes, pleines de pages peintes. Le soleil est sa dernière demeure. Il va mourir, se risque à sourire en grand coloriste.
Staël flanque des flaques d’éblouissement, fige un vertige d’ensoleillement, peint sa loi, une toile qu’il aime, plusieurs fois. Rien ne ment dans le dénuement. Les nus sont des nuages. Raconte rien, la peinture. Seulement la couleur, un rouge, peut-être une lumière qui bouge.
La cérémonie d’Aix est un sacre, le couronnement du peintre en sa maison vermillon. Les toiles cognent dans l’œil, tapent une nuque, commotionnent une trogne d’homme. C’est le bouquet final, d’une petite fille, d’un fils, sans artifice, les signes d’une piété au père émeutier, roi fulgurant, général de beauté.
Jeanne est une damnation, l’apparition d’une passion, le soubresaut du coquelicot, le début d’un nuage, le nu encore bleu, merveilleusement venimeux. Le destin est une main d’homme qui se donne d’instinct. Il est un âge où la vérité est une dernière solitude, une sorte d’assuétude à l’authentique manière. »

(Fred, 5 Sens Editions, 2019, pages 18/19)

L’ouvrage est disponible à l’adresse suivante :
https://catalogue.5senseditions.ch/fr/belles-plumes/295-fred.html

Je dirais, Mandiargues

André Pieyre de Mandiargues est mort le 13 décembre 1991.Vers la vieillesse, les bonheurs se dénombrent sur les doigts apeurés d’une main. Interrogé le 11 décembre 1962 sur l’avenir de la littérature, Paul Morand n’hésita pas une seconde : « Je dirais, Mandiargues ». Oui : Mandiargues s’avance solitaire dans le siècle.

« La littérature est un territoire noir, une contrée sauvage. N’y séjournent que des forcenés de la phrase, des fous furieux de la féerie textuelle, des bêtes féroces qui dépècent les songes, déchirent la viande des mots. André Pieyre de Mandiargues est un artiste rare, un écrivain de fier lignage. Son centenaire officiel oblige à considérer l’éclat chatoyant d’une œuvre fulgurante. Gracq l’admirait au point d’envier l’excellence de ses récits courts, sa maîtrise des textes majestueux. Mandiargues n’écrit pas vite : il tâche d’écrire faste. Mandiargues ne se donne pas à lire sans d’emblée se raidir. On entre un jour par la bonne porte. J’ai lu La Marge à Barcelone. J’y découvrais la nuit, ses ruelles odorantes, au rythme de l’errance narrative, à la cadence enivrante d’un cheminement fatal. C’est un roman sublime, exquis, raffiné d’un grand poète, primé en 1967 par l’académie des Goncourt. Ce trésor n’est pas plus épais qu’une boîte de cartouches. J’envie, d’une jalousie féroce, le lecteur qui découvrira ces pages magnétiques, déambulant au hasard dans les travées entortillées de Barcelone.
L’écriture de Mandiargues joue avec la lumière, les couleurs, les humeurs et les sons. L’artiste fait luire sa griffe au soleil. La joie méditerranéenne jaillit des sortilèges de l’écrivain huguenot, irradie les pages de Rodogune, somptueuse nouvelle, plante un couteau dans la cruauté du bonheur. Se lit à haute voix. Amour fou. On n’en sort pas indemne.
Sur ma paume, la lumière de Sardaigne saigne. Nous sommes loin du crincrin des machines à compter. A mille lieux de la stridence incivile des sirènes. J’étais fait pour elle, Rodogune, comme l’oiseau d’un seul ciel. Le "aigne" de Sardaigne, méchant comme une teigne, me rentre dans la peau, lentement, comme une morsure de soleil.
Rodogune est la jeune inconnue à la courbure de hyène. Je lis les mots du peintre, souffle sur les grains de sable du phénoménal Staël : "Il avait vu quelque chose comme le bonheur".
L’invincibilité du ciel, son évidence absolue, me cloue sur le banc d’un quai de gare. Rien à faire. J’écris avec le bout des griffes. Je songe aux citronniers de Pula, à Pierrot le fou, au dancing de la Marquise. Je revois la maison de joie de Sinistria. Nous enfourchions le dos tiède d’une vague affectueuse. Je relis, je revois son chignon noir dans l’ovale d’un fichu de paysanne. Elle repose sur ma joue, le derrière en bataille.
Dans la continuité ou par contiguïté, il faut lire le merveilleux Lis de mer. S’abandonner au charme vénéneux de Tout disparaîtra, l’ultime récit d’un quotidien où le métropolitain n’a jamais été aussi bien dépeint. Au petit bonheur, au vent du caprice, il convient d’égrener les cinq tomes de Belvédère, qui sont des recueils de prière, des textes de ferveur, des communiqués lapidaires en forme de dernier salut sur la terre. Reste à aimer La Motocyclette, récit inspiré d’une Bardot chanteuse chevauchant une Harley-Davidson, et tant de merveilles littéraires délicieusement érotiques.»

(L’amitié de mes genoux, 5 Sens Editions,  pages 34/35)

L’ouvrage est disponible à l’adresse suivante :

https://catalogue.5senseditions.ch/fr/belles-plumes/192-l-amitie-de-mes-genoux.html