lundi 17 août 2020

Le micro-trottoir des infectiologues

Le stock de savants disponibles autorise des rotations rapides. On en découvre tous les jours de nouveaux sur les plateaux. Les doctes toubibs exhibent des visages guillerets, satisfaits toujours d’être interrogés sur un sujet qu’il se sont appropriés dès l’université : la vérité. L’animateur d’ambiance nous rabâche qu’il servent la science avec opiniâtreté, qu’ils témoignent de la connaissance rationnelle, qu’ils s‘identifient au cercle d’excellence des travailleurs de la preuve universelle. Or, en pratique, à l’appel du micro tendu, ils avancent des idées très personnelles, s’échappent du sentier battu de la rigueur de métier. A vrai dire, face au belliqueux virus, l’inusable combattant de nos modernes temps, la télévision dispose d’un moyen sûr, d’une méthode éprouvée dans son histoire, pour éblouir l’ignorante opinion : le micro-trottoir des infectiologues.

lundi 10 août 2020

A commencer par moi-même

On ne se refait pas. Macron n’y croit pas lui-même. Il joue la comédie de sa réinvention, de sa révolution copernicienne, de sa redéfinition, la sienne. Il revisite son personnage. Il sait qu’il est trop intelligent pour les braves gens. Il est dénué d’humour sur lui-même, d’humilité à l’endroit du métier qu’il exerce. Il ne guérira pas de lui même. C’est pourquoi il fait autre chose, il change autre chose, le premier ministre par exemple. Macron se coiffe d’une nouvelle casquette, désigne Castex. L’accent Castex n’est ni grave ni aigu, il est chantant. Castex s’exprime presque en dialecte. Une sorte de parler « pape François » dont la notion de territoire serait le dogme intouchable. Castex est la dernière transformation de Jupiter. C’est le nouveau clap de tournage, le plan-séquence d’avant la présidentielle. Ultime métamorphose d’un virtuose dont le corps de doctrine demeure invariablement la confusion.

Mauvais sang

J’entends le garde des sceaux. Il parle de sang mêlé. Je me remémore la ballade de Brassens. Je songe aux imbéciles heureux qui sont nés quelque part. Georges Brassens est un affreux jojo. Il ne respecte pas le terroir, la fierté d’un hasard. Aujourd’hui on subit matin midi et soir la franchouillardise du métis, la bonne conscience patronnesse du sang mêlé. Les corniauds un peu niais se sont substitués aux imbéciles heureux. Avec mes quatre quartiers de noblesse, je ressens le malaise d’un sang moyennement mêlé. Je cache un pedigree comme une disgrâce de société. Tous les sangs sont impurs. L’actuelle aristocratie du sang mêlé choque en République. C’est une facilité publicitaire, une impudeur d’homme de pouvoir. Ce sang mal mêlé, mal séché, fait tache sur ma citoyenneté. Mea culpa. « Mauvais sang » auraient dit Rimbaud, Carax, Leos et Arthur.

Une certaine vulgarité

Tout l’argent du film est concentré sur la vedette des prétoires et la rigolote des Grosses Têtes. Le reste du casting se partage les miettes de la figuration. Dupont, la voix grave, Bachelot la gaudriole graveleuse. Le plaideur théâtreux est l’homme des territoires giboyeux, du lobby des chasseurs. Bachelot comme Malraux veillera aux Beaux-Arts. Pas de tics, mais des gloussements automatiques. La recherche systématique de la popularité n’est jamais très loin d’une certaine vulgarité. Au peuple de juger.

dimanche 2 août 2020

Marie pour mémoire

Son sourire flou de femme aimante nous obsède comme un remords, un désarroi intime. C’était l’actrice d’une cicatrice intérieure. La comédienne absolue, fille au cinéma d’un génial père, exerce aujourd’hui les sortilèges de l’invisible, la fulgurance de la passion mortelle sur nos vies trop petites qui cahotent de minuscules sentiments en pâles ressentiments. Un homme, une femme. Pas à Deauville, à Vilnius, au petit matin. Marie est dans les cordes. La main de l’homme a fait sauter la planète bleue, a explosé la tête de sa petite fiancée. Marie Trintignant est restée sur le carreau, la lèvre ensanglantée. La télévision sait la culpabilité des voyeurs de contes de fées, des amateurs de vénéneuses fées d’hiver. C’est pourquoi elle diffuse en rafales les troubles images de la libre amoureuse, les vignettes d’un bonheur éperdu vers l’horreur absolue. On regarde bouche bée, l’œil scotché à l’écran dépoli. Marie et son mauvais prince interrogent nos limites, notre médiocrité d’insensible conformisme. A longueur d’émissions, sur la une, la quatre, la six - 1, 2, 3, soleil et gris ciels de Vilnius -, les jeux de l’amour fou et du hasard noir nous fascinent comme la désirable beauté du diable. Sorte d’Avventura nordique. A Vilnius, Marie s’est échappée du monde - comme l’énigmatique disparue du film d’Antonioni -, mais pas du cercle des meurtriers. Sans laisser d’autres traces que le sang de son visage, le mystère de la passion, le blanc silence de l’amour magnétique. Cet amour fracassé ne profane pourtant pas le rêve des hommes et des femmes. Au contraire. Il le laisse intouché. Reste dans la tête le titre d’un vieux et trop beau film de Philippe Garrel : Marie pour Mémoire. Il pleut sur nos souvenirs de cinéma.

jeudi 2 juillet 2020

Raoult d'honneur

Le mandarin craint la peur, le tohu-bohu des paniques, le désarroi des foules, le tumulte mimétique, l’accent péremptoire des perroquets. De Raoult, je n’aime ni le barouf ni l’esbroufe ni le parler mal timbré. De Raoult, j’aime la dignité de toubib, la liberté de lexique, la majesté de baobab.
Le timonier de la Timone est un drôle de loustic, sceptique sur l’art académique, un zigomar gaullien que la chienlit des hiérarchies, que la scélératesse clanique humilie dans sa chair.
M’émeut le scrogneugneu. J’aime sa trogne d’homme qui grogne. Pareille meurtrissure ensoleille nos vieux rêves, exhibe l’irrégulière balafre d’un professeur d’orgueil. Raoult soigne, enseigne bien au-delà. De Raoult au labeur, qui ne pense pas dans les clous, je salue le splendide baroud d’honneur.

lundi 1 juin 2020

L'impéritie d'Etat

Cette  guerre de nuit, menée dans l’ignorance des desseins du virus de Chine, l’Etat péremptoire l’a foirée, s’est illustré par ses manques, s’est distingué par ses manquements étranges.
La peur a dicté sa loi, provoqué les erreurs et déboires du pouvoir. Cette conseillère douteuse a tranché pour une stratégie défectueuse. La pénurie criante des moyens défensifs élémentaires – masques, tests, lits de réanimation – a justifié l’internement à domicile, le débranchement sauvage de l’économie.
L’incurie politique qu’exprime une effarante imprévoyance interroge sur l’étendue et la localisation des responsabilités. On a senti la panique gagner les grands esprits guerriers au point de déléguer les décisions auprès d’un comité de sommités, d’un aréopage Théodule d’hôpital. La hantise d’un traitement judiciaire des errements et désertions de guerre a conduit les hiérarques du pouvoir à des sermons de dissimulation et des discours de menteries sanitaires.
Autrement dit, l’impéritie d’Etat s’est camouflée derrière une politique de terreur généralisée. La réclusion forcée s’est imposée comme un bâillon sur le visage de la nation. Cette gouvernance d’urgence, fondée sur l’intimidation administrative, a détruit la richesse du pays, développé les pathologies d’une incarcération prolongée, jeté à la rue des cohortes d’individus.
L’Etat a failli, menti, appauvri le pays. Et l’on voudrait maintenant que les hauts dignitaires de la nation, les chefs de guerre soient dispensés d’un procès, soient préservés d’une sanction ? En vertu de quelle immunité jupitérienne ? Au nom de quelle tolérance de circonstance ?