mercredi 24 novembre 2010
Le quinquennal chanoine
Il est peigné comme un fils. Il manie la bonne volonté comme un préjugé d'éducation, un devoir d'opiniâtreté. Il ennuie d'emblée, sans audace ni artifice. D'une voix atone, il s'applique dans un monde cantonal. Debout, le quinquennal chanoine récite le bénédicité, la litanie des flagellations de la nation. Le pays voudrait s'asseoir pour manger. Au bout d'une heure, il s'attable sans grand chose à se mettre sous la dent. L'homme de Matignon modère ses émotions, n'est pas peu fier de ses galons.
Vieillesse
La légèreté d'une fin d'été, l'apesanteur des dernières heures, la simple joie des jours, l'émerveillement d'un regard lent, la prière d'une vieillesse que rien ni Dieu ne presse.
C'est la liberté d'une femme de foi. Elle sourit à la vie. Les bonjours sont des fêtes de l'espoir. Dans sa nudité de peau, le temps déploie son torse. Il trimbale devant soi la vacuité d'un roi.
mardi 23 novembre 2010
Un drôle de zigomar
Julien Guiomar était un drôle de zigomar. A la Sainte Cécile, il a choisi l'exil. C'était un comédien au jeu piqueté de gourmandise, à l'oeil étoilé d'une suspecte folie. C'était aussi une trogne renfrognée, mal réveillée, une présence clandestine, un charme vénéneux, une gaieté ambigüe.
Il se prénommait Julien, presque Jules. Car il y avait du diable boîteux, du Jules Berry, dans la figure du trouble et facétieux Guiomar. C'était un acteur balafré d'humanité, exquisément secret.
jeudi 18 novembre 2010
Gregario de Sarko
Dans le Tour de France, les géants de la route ne sont pas égaux parmi le peloton des champions. Les gregarii, ces équipiers modèle, besognent à vélo pour la seule gloire du leader. Dans la formation Fillon, on note le débauchage des porte-paroles de chefs ennemis. François Baroin, longtemps voix de son maître Chirac, et Marie-Anne Montchamp, première attachée de presse de Villepin, ont changé de maillot. En langue cycliste, on traduit "gregario" par "porteur d'eau".
Le nouvel attelage Sarkozy/Fillon, redoutant d'avoir grand soif pour le restant de la course, a recruté de fringants livreurs de bidons, experts en bonne parole potable.
mardi 16 novembre 2010
Le marais
Le centre est un archipel d'îlots mal répertoriés sur la carte politique. Borloo, dindon de la récente farce élyséenne, souhaite fédérer ce territoire composite. A l'heure où l'Europe - son cheval de bataille favori - se délite dans les grandes largeurs, le centre éclaté rougit de son allure décousue, rêve d'une hypothétique unité. Les bons pasteurs, guides éclairés du centre, ne font pas défaut. Les chefs se bousculent. Manquent les petites mains. L'irraisonné Villepin lorgne sur l'électorat modéré. Morin, le bel insignifiant, règne sur un petit bout de centre. Bayrou l'opiniâtre s'est enlisé à cheval sur son Modem. Jadis, on parlait à juste titre de "marais" pour désigner le magma du centre.
A l'approche d'échéances décisives, Royal, Hollande et DSK ne seront pas nécessairement fâchés avec le centre. Ils tendront la main à un absent. Tous se figurent que le centre est partout. A moins qu'il ne soit nulle part. Sarkozy semble s'en être persuadé. Le centre est la voie de transit des suffrages volatiles. Petit affluent, il se mélange au grand fleuve, généralement la droite. A l'occasion, la gauche reçoit un peu d'eau. Pas beaucoup. La querelle de chiffonniers qu'il suscite ne devrait qu'un peu plus l'assécher.
Rougissure
Pénombre du souvenir, entre parquet de bois bruni, vigne vierge dentelée dont la rougissure étirée barre la trouée du jour. Ce bruit de lattes qui craquent embrouille la mémoire, hisse la marche d'escalier à mi-hauteur d'un vain bonheur. Lumière vermeille de jolie feuille, joue contre pierre, dans l'isolat splendide d'une vitre moqueuse.
lundi 15 novembre 2010
La cérémonie du remaniement
Ils se serrent la main sur le perron du palais. Ils ont topé comme deux maquignons à la foire de la nation. Ils sourient d'avoir réussi à s'accorder. L'émail des canines brille dans la pluie d'automne. Le remaniement commence par ce jeu de mains ostentatoires. Ils ont marchandé durant des semaines avant de mêler leurs doigts. Le quinquennal premier ministre ne lâche rien. La poignée de mains politique figure au rang des genres photographiques. Elle est figée dans un cliché.
On attend la liste des ministres comme le palmarès du festival de Cannes. La distribution des maroquins s'invite à l'heure de meilleure audience, en plein dîner, au milieu du Jité. Les chaumières sont réquisitionnées d'office, installées aux premières loges. Les chaînes d'information rivalisent d'ingéniosité pour peupler la longue attente, entre crissements de pneus et mouvements de grille clandestins. BFM TV s'illustre en révélant la composition du gouvernement avec une bonne heure d'avance. Les journalistes ont l'oeil luisant des soirs d'élections. Ils s'en donnent à coeur joie. Ils sont de mèche, partagent l'excitation du tandem du perron. C'est jour de fête pour les "professionnels de la profession", leur Noël des nouvelles. Le rideau se lève: en pleine lumière, le récitant à pommettes asiatiques ponctue la cérémonie du remaniement.
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