mercredi 16 février 2011
Raymond l'histrion
Le Raymond du ballon rond est sorti de son hibernation. Domenech évoque ses têtes à claques, sa clique de "sales gosses". Au passage, il ne rate pas sa Bachelot. Domenech disserte sur le fiasco tricolore. On est reconnaissant à Laurent Blanc d'avoir élevé le débat et le niveau de jeu. Il nous a délivrés de Raymond l'histrion. L'homme des creuses confidences et des piètres performances a débarrassé le plancher. Il va fouler les planches en survêtement.
mardi 15 février 2011
En attendant l'Amérique
La seule révolution qui vaille, c'est celle de la croissance économique, de la création de richesses, de la folie des grandeurs entrepreneuriales. La rhétorique du "dégage !" divertit les émeutiers. Elle illusionne sur la liberté. Elle ne suffit pas. Car les mots se cognent à l'inertie des choses. Ils rêvent tout haut. Les mots ont besoin de capitaux pour ébranler le statu quo. Or les révolutionnaires du Caire se heurtent à la misère de leur terre.
Le capitalisme à gros cigares attend son heure, celui du dynamisme de l'argent, celui qui rompt avec la tradition des conservatismes, avec la sale manie du despotisme oriental. Il casse la culture ancestrale du temps long, impose le diktat du désir immédiat, élargit le cercle des rassasiés, fabrique une radicale pauvreté. L'Amérique de Barack se substitue à la vieille Egypte de Moubarack. L'Europe s'éloigne de la Méditerranée pour ne pas gêner. Fini les grands récits: elle fait tapisserie.
lundi 14 février 2011
Koltès à l'Atelier
Koltès va sa phrase qui fait texte. Elle charrie le récit d'une vie, la stridence d'un cri sous la pluie. La phrase rase les murs de l'amour. C'est un fleuve où dérive le vieux pneu de la solitude, où tournoient une godasse, les branches mortes des trottoirs. L'homme n'en fait qu'à son texte. La phrase dit tout en un souffle, trois mouvements et soixante feuillets. Koltès entasse les mots: il les jette à la volée par l'embrasure du silence, au premier venu, au coin d'une rue. Il les frotte à la hargne du monde, les cogne contre l'autre, à merci du Nicaragua.
La rumeur court comme la phrase. La rumeur court que Romain Duris hisse haut les couleurs de l'auteur, les beautés du texte, la blessure vive de Koltès. L'écrivain rechigne d'avoir son mot à dire. Il ne vise que la majesté d'une phrase. Avoir sa phrase. Koltès a écrit, haleté sa Nuit, rédigé d'emblée son testament, taillé un diamant. A l'Atelier, l'antre de Jouvet, se joue la vie d'un homme, s'enroue la voix de Koltès, s'écoute la langue française.
M'indigne
M'indigne cette mère suisse qui exhibe au vu de tous les peluches de ses deux fillettes disparues. M'indigne ce désespoir ostentatoire.
M'indigne l'Angleterre qui souhaite saisir les biens d'un ami mal en point, la richesse d'un allié soudainement pestiféré, les avoirs d'un Moubarak aux abois.
M'indigne la ministre à mi-temps, touriste du gouvernement. M'indigne la bonne conscience de Stéphane Hessel. M'indigne la vertueuse leçon d'un homme aux mille décorations.
vendredi 11 février 2011
Il était pas rebutable
Au début de "Mort à crédit", Céline évoque sa grand-mère. "Caroline était pas rebutable, c'était une femme qui craignait rien".
Jeudi, devant des millions de regards, Sarkozy, tout de bleu marine vêtu, partageait la même opiniâtreté que l'aïeule de Destouches. Il persévérait dans ses élans volontaristes, ses syllogismes simplistes, sa dépendance grave à l'efficace bon sens. Le président a laissé ses dents sur l'introuvable croissance. Il ne les découvre que pour parler, marteler, déballer sa camelote de campagne. Chantre de la sécurité, il embarque le pays dans son boniment de porte blindée. Sarkozy mouille le maillot dans les vestiaires des neuf nominés du casting de la France d'en bas. Le coach donne la consigne de jeu pour la fin du mandat. L'optimisme de sa volonté suinte à grosses gouttes. Faut bien s'en convaincre: "il était pas rebutable".
jeudi 10 février 2011
La banane
Finir par un fruit. Papa avait réglé d'avance la conclusion du repas. Une banane. Qu'il épluchait en pétales de fleur. Une banane qu'il mangeait délicatement, sans parler, comme s'il sacrifiait au rituel muet du dessert simplifié. Pas de tarte. Une banale banane, avec ses grains de beauté pigmentés, ses taches noires sur la peau. Un verre de vin par dessus. La serviette à carreaux, mi-pliée, tamponnait sa lèvre mauve. Ita missa est. La fulgurance de l'après, de l'autre chose, torpillait la minutie de la cérémonie. Papa se plaisait au présent, aimait sa vitesse d'oubli. Il était ailleurs sans bouger d'un pouce.
mercredi 9 février 2011
Aux frais de la princesse
Les représentants du peuple s'en démarquent. Par définition. Les parlementaires jouissent de privilèges fiscaux, disposent d'avantages sociaux considérables, notamment en matière de retraite. Régime d'exception, mesures de faveur, exorbitantes de la loi commune. Montons d'un cran. Les ministres de la République villégiaturent selon leur bon plaisir aux frais de la princesse, à la remorque de sympathiques despotes négociant leur respectabilité.
N'en déplaise à M. Juppé, la morale n'est pas sauve. L'indépendance nationale, vieux concept gaullien, relique d'un temps glorieux, est jetée aux oubliettes comme une vieille chaussette du Général. Manger dans la main de roitelets autocrates pour profiter de la douceur du climat et des curiosités de l'histoire, en dit long sur la consistance politique des héritiers de Charles de Gaulle.
La France sombre dans un misérable destin d'obligée. Ses dirigeants se vautrent dans une méprisable subordination. La médiocrité de pareilles inconduites blesse la fierté d'un peuple.
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