Ni jazz, ni rock, ni rap ne bougeront d'un pouce une carcasse d'homme. Un corps ne tournoie qu'intérieurement. La ballerine danse en son silence le plus intime. J'écoute Saint-Saëns, bouche bée, fesses vissées.
La musique est endiablée, possédée du démon de la mobilité. Je préserve un corps de sa qualité de tronc, de sa figure d'extase.
Mon corps ne se meut qu'au plus fort de nous deux. C'est quand il fait des étincelles que le corps zèbre le ciel. Je pratique un transport de haut niveau. Je délie les gestes de ma liturgie. Je sais d'instinct le chemin d'une chair. J'accomplis une pieuse chorégraphie. Je tourbillonne sans qu'on me carillonne. J'ai chassé le bruit. Je jouis de la nuit.
Les mots du moine sont comme l'écho d'un patrimoine: "L'effort finit toujours par sentir mauvais".
jeudi 26 mars 2015
mercredi 25 mars 2015
Les strophes de la catastrophe
Le bus des airs n'a pas troué le massif marmoréen comme deux tours siamoises. La montagne n'est pas un building de Manhattan. Elle a stoppé le gros oiseau, broyé la bête opiniâtre, dépecé ses chairs.
Les perroquets s'agitent dans leur cage en fer. Ils sortent des ministères. Nos Jacquot ont des micros. Ils ajoutent des strophes à la catastrophe. Ils ne savent pas se taire, prennent l'hélicoptère. Ils commentent plus qu'ils ne mentent.
Les mouches du coche brûlent un cierge. Les autorités chagrinées invoquent Sainte Solidarité, patronne des indices de popularité.
Les perroquets s'agitent dans leur cage en fer. Ils sortent des ministères. Nos Jacquot ont des micros. Ils ajoutent des strophes à la catastrophe. Ils ne savent pas se taire, prennent l'hélicoptère. Ils commentent plus qu'ils ne mentent.
Les mouches du coche brûlent un cierge. Les autorités chagrinées invoquent Sainte Solidarité, patronne des indices de popularité.
Le musée du soleil
J'échappe à la bruine. J'ai fui le gris. Jadis, durant des années d'hiver, je me précipitais chez Rosita Missoni, la couturière.
Les couleurs me requinquent. J'aime la luxueuse échoppe, ses coloris de confettis, le bariolé de fête d'un musée du soleil.
Pierre Bonnard m'accueille pareil. Il fait de la peinture comme le soleil des morsures, la mer des éclaboussures. Il pratique un art sans ressentiment, sans autre référent que le réel ambiant. Bonnard aime la chair dans sa pleine lumière. Bonnard, c'est Balthus, revu par Renoir.
Je regarde la petite Marthe dans sa vasque fastueuse. J'observe son dos jaune comme une torche, son reflet comme un sexe orangé. Bonnard exalte un corps qu'il enrubanne de gloire.
Une petite fille en feu ramasse des coquillages bleus. Bonnard a rayé le malheur de son monde en couleurs. Il traverse deux guerres sans une ecchymose sur la toile. Il peint le plaisir. Il fixe les points de suspension de l'exacte attention.
La petite Marthe, assez vilaine de tête, est magnifiée par l'esthète. La vieillesse n'altère pas un corps de déesse.
Je sors d'Orsay. Sans le regard de Bonnard, on n'y verrait qu'une gare. La Méditerranée est notre Mésopotamie, un jardin ébloui. Je l'oublie sous la pluie. J'endosse une grisaille. Je retrouve une lucidité d'emmitouflé. On s'est tassé. Le monde nous a dépassés. On n'a pas vu le temps passer. On s'est tassé comme s'il nous avait tabassés.
Les couleurs me requinquent. J'aime la luxueuse échoppe, ses coloris de confettis, le bariolé de fête d'un musée du soleil.
Pierre Bonnard m'accueille pareil. Il fait de la peinture comme le soleil des morsures, la mer des éclaboussures. Il pratique un art sans ressentiment, sans autre référent que le réel ambiant. Bonnard aime la chair dans sa pleine lumière. Bonnard, c'est Balthus, revu par Renoir.
Je regarde la petite Marthe dans sa vasque fastueuse. J'observe son dos jaune comme une torche, son reflet comme un sexe orangé. Bonnard exalte un corps qu'il enrubanne de gloire.
Une petite fille en feu ramasse des coquillages bleus. Bonnard a rayé le malheur de son monde en couleurs. Il traverse deux guerres sans une ecchymose sur la toile. Il peint le plaisir. Il fixe les points de suspension de l'exacte attention.
La petite Marthe, assez vilaine de tête, est magnifiée par l'esthète. La vieillesse n'altère pas un corps de déesse.
Je sors d'Orsay. Sans le regard de Bonnard, on n'y verrait qu'une gare. La Méditerranée est notre Mésopotamie, un jardin ébloui. Je l'oublie sous la pluie. J'endosse une grisaille. Je retrouve une lucidité d'emmitouflé. On s'est tassé. Le monde nous a dépassés. On n'a pas vu le temps passer. On s'est tassé comme s'il nous avait tabassés.
mardi 24 mars 2015
Jour d'argenterie
Décrassage de mot. Décrasser les mots d'une certaine satiété, d'une certaine suffisance de sens. Les lettres, blanches d'émail, se tiennent par la taille. Elles rient comme une fière argenterie. Elles pétillent quand on les encaustique.
On frotte un mot, on fait luire l'écuelle, briller la fourchette. On joue avec une parole muette. On joue avec des allumettes. On vêt la phrase d'une clarté.
Les mots sont polis, disent bonjour à n'importe qui. Ils ornent une peau comme un collier sonore. Ils embellissent la nudité d'un corps lisse.
On frotte un mot, on fait luire l'écuelle, briller la fourchette. On joue avec une parole muette. On joue avec des allumettes. On vêt la phrase d'une clarté.
Les mots sont polis, disent bonjour à n'importe qui. Ils ornent une peau comme un collier sonore. Ils embellissent la nudité d'un corps lisse.
lundi 23 mars 2015
Le manteau rouge
La solitude vient des morts. J'avais mes habitudes. Nous parlions des heures d'un même bonheur. La solitude vient du mur en face de ma figure.
La montagne tape sur la trogne comme un soleil qui cogne. La fraternité des pins s'agglomère en pubis étoilé. Le ciel est incisé comme une vitre édentée. A la Saint Joseph, une lumière d'empire stoppe une soif, fixe l'inégale splendeur.
Je patiente devant des cimes qui luisent. Les pins arolles, telles des carottes, formes isocèles, désignent le ciel comme une foule d'émeute accuse un despote.
La neige ôtée des reliefs hasarde des motifs historiés sur le flanc des massifs. Fermer les yeux. Fermer la parenthèse bleue. La parenthèse des yeux n'est qu'une brève anamnèse entre deux sommeils.
Je sors du néant le vieil ouvrage jauni de Gérard-Gailly, poète d'avant-guerre, fêlé somptuaire du grand amour de Flaubert. Août trente-six. Trouville. Flaubert n'a pas quinze ans. Il regarde le sable comme la couleur du désert. La plissure des eaux menace le manteau rouge d'Elisa Schlesinger.
Le patron des Crêtes me sert un bon verre qui tourne la tête. "L'attente, toute espèce d'attente donne pourtant du corps à l'homme, comme au vin le vieillissement" (François Cassingena-Trévedy, Etincelles IV, Editions Ad Solem, page 66).
La montagne tape sur la trogne comme un soleil qui cogne. La fraternité des pins s'agglomère en pubis étoilé. Le ciel est incisé comme une vitre édentée. A la Saint Joseph, une lumière d'empire stoppe une soif, fixe l'inégale splendeur.
Je patiente devant des cimes qui luisent. Les pins arolles, telles des carottes, formes isocèles, désignent le ciel comme une foule d'émeute accuse un despote.
La neige ôtée des reliefs hasarde des motifs historiés sur le flanc des massifs. Fermer les yeux. Fermer la parenthèse bleue. La parenthèse des yeux n'est qu'une brève anamnèse entre deux sommeils.
Je sors du néant le vieil ouvrage jauni de Gérard-Gailly, poète d'avant-guerre, fêlé somptuaire du grand amour de Flaubert. Août trente-six. Trouville. Flaubert n'a pas quinze ans. Il regarde le sable comme la couleur du désert. La plissure des eaux menace le manteau rouge d'Elisa Schlesinger.
Le patron des Crêtes me sert un bon verre qui tourne la tête. "L'attente, toute espèce d'attente donne pourtant du corps à l'homme, comme au vin le vieillissement" (François Cassingena-Trévedy, Etincelles IV, Editions Ad Solem, page 66).
vendredi 13 mars 2015
Le publicitaire et l'inventeur
Au commencement de l'Evangile de Luc, il y a la stérilité et la virginité de deux femmes, l'une vieille, l'autre jeune, cousines de surcroît.
Jean et et Jésus sont de conception divine. Leurs pères d'adoption, Zacharie et Joseph, endossent une posture de figuration.
Marie, la vierge, est douée de sainteté. Sa salutation à Elisabeth, la stérile, provoque en elle le tressaillement d'une vie. Jean, dit le Baptiste, est le précurseur du Christ. Il fraie un passage. Jésus le Galiléen emprunte le chemin, deuxième de cordée.
Le texte sacré s'affranchit des lois du sang, se libère des nécessités de la biologie. L'adoption est un choix d'amour supérieur.
Jésus, fils adoptif, n'accorde à la famille qu'un statut domestique, un rôle ustensilaire, une fonction véhiculaire, au service du grand dessein divin. Aux pauvres bougres émerveillés, il ordonne pour le suivre de tout abandonner, en premier lieu leur maisonnée. La liberté exige de se dépouiller.
Le texte de Luc souligne le travail de déblai, la tâche de sherpa, l'humilité de Jean. Jean ne débroussaille pas en vain le chemin du Galiléen.
Si j'étais sacrilège, je comparerais le Baptiste à Steve Wozniak, l'ombre de Steve Jobs, malhabile à orienter la gloire sur son visage. Le publicitaire masque l'inventeur.
Au demeurant, les pères jouent durablement les utilités. Seuls les fils, d'essence divine, cassent le primat des mères. La jeunesse commande à la vieillesse. Marie, la vierge, communique une vie à sa cousine chenue, Elisabeth la stérile.
Jean et et Jésus sont de conception divine. Leurs pères d'adoption, Zacharie et Joseph, endossent une posture de figuration.
Marie, la vierge, est douée de sainteté. Sa salutation à Elisabeth, la stérile, provoque en elle le tressaillement d'une vie. Jean, dit le Baptiste, est le précurseur du Christ. Il fraie un passage. Jésus le Galiléen emprunte le chemin, deuxième de cordée.
Le texte sacré s'affranchit des lois du sang, se libère des nécessités de la biologie. L'adoption est un choix d'amour supérieur.
Jésus, fils adoptif, n'accorde à la famille qu'un statut domestique, un rôle ustensilaire, une fonction véhiculaire, au service du grand dessein divin. Aux pauvres bougres émerveillés, il ordonne pour le suivre de tout abandonner, en premier lieu leur maisonnée. La liberté exige de se dépouiller.
Le texte de Luc souligne le travail de déblai, la tâche de sherpa, l'humilité de Jean. Jean ne débroussaille pas en vain le chemin du Galiléen.
Si j'étais sacrilège, je comparerais le Baptiste à Steve Wozniak, l'ombre de Steve Jobs, malhabile à orienter la gloire sur son visage. Le publicitaire masque l'inventeur.
Au demeurant, les pères jouent durablement les utilités. Seuls les fils, d'essence divine, cassent le primat des mères. La jeunesse commande à la vieillesse. Marie, la vierge, communique une vie à sa cousine chenue, Elisabeth la stérile.
jeudi 12 mars 2015
La fronde et le front
Je ceignais alors mon front d'un bandeau multicolore. Je me couronnais de plumes pour prétendre à visage d'homme. Je disposais d'un arc et d'une fronde. Je jetais flèches et cailloux. Je m'appropriais l'audace d'Apache et la ruse de Sioux.
Je répondais quand on me chahutait. Vertement. J'usais de la liberté comme d'une souveraineté. Je suis effronté.
Les frondeurs de gradins pactisent, trinquent au pastis avec un chef pingouin. Les frontistes de département s'apparentent aux communistes d'antan, la francisque entre les dents.
Ni frondeur, ni frontiste, je suis effronté. Pas fier d'un pays - le mérite ne peut se réclamer d'un fait d'état civil -, mais d'une panoplie, d'une coquetterie, d'un immémorial défi d'Indien du Kentucky.
Je répondais quand on me chahutait. Vertement. J'usais de la liberté comme d'une souveraineté. Je suis effronté.
Les frondeurs de gradins pactisent, trinquent au pastis avec un chef pingouin. Les frontistes de département s'apparentent aux communistes d'antan, la francisque entre les dents.
Ni frondeur, ni frontiste, je suis effronté. Pas fier d'un pays - le mérite ne peut se réclamer d'un fait d'état civil -, mais d'une panoplie, d'une coquetterie, d'un immémorial défi d'Indien du Kentucky.
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