jeudi 6 août 2026
Averty naquit aujourd'hui
La mort de Jean-Christophe Averty est une blague
des claviers Azerty. C’était un imagier incendiaire, un
artificier de la beauté convulsive. La télévision de
jadis était exécutée par de vrais artistes. C’était le
temps de l’ORTF. La direction appartenait à ses chefs
gaullistes, la création était confiée à ses réalisateurs
communistes. Pas d’autre choix qu’une seule chaîne
d’Etat, certes, mais avec de grands soldats superbes.
La télévision de papa était filmée sous la dictée
d’hommes de vision. Beckett, Adamov ou Ionesco
figuraient au programme de prime time.
J’étais en culottes courtes. Je me souviens des Raisins
Verts, l’émission de variétés déjantée qui déclarait la
guerre à l’ennui des chaumières. L’art fêlé d’Averty
visait le fou rire des familles. Un bébé de couleur
violette était débité à la moulinette. Averty était un
dandy, un esthète du sacrifice aztèque. Un zézaiement
délicieux commentait le délictueux spectacle. Ce
strabisme de la diction exerçait une ravageuse
séduction.
Averty était un coloriste du noir et blanc, un
aventurier de l’image truquée, le poète inspiré d’une
3D pas encore née. Sa photographie était nourrie de
textes de fantaisie, des facéties d’Alfred Jarry. A vrai
dire, l’image numérique vient du Collège de
Pataphysique. Averty était un pyromane de l’image. Il
travaillait les pixels de manière insurrectionnelle. Il
illustra Roussel et Cocteau, Gracq et Shakespeare,
Apollinaire et Prévert, Picasso et Richaud. Averty a
diverti le bourgeois, travesti, perverti le bon goût, sa
routine et sa mélancolie. Trop grande gueule pour
faire école, il meurt aujourd’hui pour notre malheur.
J’avais de la chance d’avoir dix ans dans les années
soixante.
Ce texte est extrait de « Dancing de la marquise » (5 Sens Editions, mars 2020, page 19).
https://catalogue.5senseditions.ch/.../322-dancing-de-la..
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