jeudi 6 août 2026

Decoin, une poignée de mains

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ». Quand Didier Decoin, courbé sur un feuillet manuscrit, déplié avec soin, lisait la première phrase de Salammbô, on ressentait dans sa chair, l'essence du grand émoi littéraire. Un silence. Flaubert commande de se taire. Le romancier levait ses binocles sur un front scarifié comme on chasse une mouche de sa tasse de thé, de son verre de malt. Il regardait la salle avec des yeux écarquillés comme des bras d'hospitalité. A l'époque, Didier Decoin insufflait du corps aux textes de fiction de France 2. On avait l'impression que l'esprit du vieil ORTF s'était maintenu, vaille que vaille, face à la tyrannie des audiences, en cette fin de vingtième siècle. La causerie de Didier Decoin introduisait le volet "création télévisuelle" du Séminaire Multi-Médias que j'animais avec Hélène Monnet, sa présidente. Le style de l'homme tranchait par une élégance naturelle. Quelque chose de britannique, à la Michel Mohrt, avec sa veste de tweed adossée à la chaise. Une fièvre, une ferveur, une urgence à préserver la beauté de la langue française. Sa simplicité s'appréciait dans une poignée de mains: franche et chaleureuse. Didier Decoin était serein. A le regarder dans les yeux, je crois bien que c'était un monsieur.

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