La volonté ne se regarde en face qu'à condition d'en gommer la grimace. Dans la moiteur du petit jour, j'observe l'immobilité de l'été. Je cours sur les trottoirs.
Révolution de palais à La Madeleine. La Marquise de Sévigné, dans sa fierté chocolatière, ne jouxte plus la roturière épicerie Fauchon. Elle coudoie désormais l'altière Maison du Caviar.
Place de la Concorde, les drapeaux tricolores se dessinent dans le ciel comme des linges morts. Un soleil téméraire dore la pointe triangulaire de l'Obélisque. Le corps de l'édifice est tatoué de vieux graffitis d'Egypte. Il s'applique à écrire la chronique du temps qui passe. Il crayonne le bleu du ciel.
C'est une grande classe dont les maîtres sont juchés sur des trônes. La verticalité de la Tour Eiffel voisine la coupole du Grand Palais, mime au loin le fuselage immédiat de l'exotique trophée. En revanche, l'hôtel de Crillon et le ministère de la marine ont modelé leur bâti, étendu leur maison sur le seul horizon.
La place est piquetée de colonnes muettes qui lèvent le doigt à la question des mêmes professeurs de pierre. Le jardin déverrouille ses grilles. Les jets d'eau brunissent le sable, couleur de craie, de la grande allée. Les jeunes Chinoises trottinent.
Le soleil rougeoie dans l'axe de la grande roue des Tuileries, au raz des toits de la rue de Rivoli. Les baraquements forains rouillent à l'ombre du silence. Le soleil étincelle dans les vitres du Louvre. Ce sont des meurtrières aux yeux d'armes blanches. Miroirs qui réfléchissent une odeur de cadavre, qui renvoient la lumière pâle d'un ciel jaune. Ils clignotent comme un signal de cruauté d'une absolue beauté.
L'eau verdâtre a déteint sur les chaises emmêlées du bassin déserté. Un Nègre, vêtu de kaki, brandit l'une d'entre elles, s'initie à l'haltérophilie. Les mouettes toisent le ciel d'un même battement d'aile.
Je zigzague dans l'allée arrosée. L'Obélisque perce l'entrecuisse de l'Arc de Triomphe. Je gagne l'asphalte en toute hâte.
dimanche 19 août 2012
vendredi 17 août 2012
Clélia
Elle n'a jamais vécu que dans mon imagination. Elle devait s'appeler Clélia. Son sort est subordonné à ma propre mort. Les créatures de rêve sont par nature dispensées de sépulture.
Cette fille des vents n'a émergé du néant que pour fixer mes tourments. Les deux syllabes de son identité définissent son exacte féminité. Avec Clelia Trotti, Bassani m'a chipé ma chipie.
Cette fille des vents n'a émergé du néant que pour fixer mes tourments. Les deux syllabes de son identité définissent son exacte féminité. Avec Clelia Trotti, Bassani m'a chipé ma chipie.
mercredi 15 août 2012
Mi-août
Assunta. Ferragosto. Le choc rouge de Titien, chiesa dei Frari. Vitrail jaune acide qui coiffe l'abside de Saint-Sulpice. Journée de tirée. Jour férié. On marche sur des os. Les premières feuilles mortes craquent comme des chips.
Des cambrioleurs s'introduisent dans les églises, photographient les frises, se signent au nom du père et du fils. Ciel voyou, terre étale. Tournicotent dans ma tête les mêmes histoires de mi-août. Les étés se fêlent comme les vaisselles.
Des cambrioleurs s'introduisent dans les églises, photographient les frises, se signent au nom du père et du fils. Ciel voyou, terre étale. Tournicotent dans ma tête les mêmes histoires de mi-août. Les étés se fêlent comme les vaisselles.
Ferrare en tête
J'ai du mal à m'extraire de l'infinie rêverie d'Italie. Envie de rien. Envie de me rendormir au petit matin. De revivre en songe la joie d'être soi, l'émoi d'être un roi parmi les ciels sensuels de Ravello. M'attabler sans projet dans la paix de Colle di Val d'Elsa. M'étourdir de prosecco devant les eaux de Mattimata.
Mièvrerie de Parigi. Asiatisé par l'été. Vite je veux repartir comme je veux relire Proust. A défaut de cela, une même fadeur de chewing-gum pèse sur des heures sans foi.
J'ai Ferrare en tête. J'ai foncé chez le gros libraire, farfouillé dans les hautes étagères. "Le Roman de Ferrare". Giorgio Bassani est le régional de l'étape romagnole. Je lui confie la tâche impossible d'en restituer la féerie.
Mièvrerie de Parigi. Asiatisé par l'été. Vite je veux repartir comme je veux relire Proust. A défaut de cela, une même fadeur de chewing-gum pèse sur des heures sans foi.
J'ai Ferrare en tête. J'ai foncé chez le gros libraire, farfouillé dans les hautes étagères. "Le Roman de Ferrare". Giorgio Bassani est le régional de l'étape romagnole. Je lui confie la tâche impossible d'en restituer la féerie.
lundi 13 août 2012
Cent secondes
Dans les courses de fond et de demi-fond, l'athlète faisait jadis ses classes en sa qualité de "lièvre". Le "lièvre", c'est le "gregario" en vélo ou le "nègre" en littérature. Il fait le travail, le sale boulot, laisse la gloire au champion.
David Rudisha, sublime vainqueur d'un huit cent mètres d'anthologie, a périmé l'emploi des coureurs sacrificiels. Il a tué le "lièvre" avec son fusil à deux tours de piste. Il a accompli la double boucle, sans voir la meute à ses trousses. Rudisha a déployé sa majestueuse foulée durant cent secondes. Nous étions bouche bée: il y avait une beauté infinie dans ce genre de folie. Le Kényan a pulvérisé le record du monde. Il a réinventé le demi-fond comme Fossbury a révolutionné le saut en hauteur.
"C'est de la poésie pure !" s'est exclamé un commentateur de télévision. Je suis d'accord. Plus que Bolt, Rudisha a imprimé sa marque sur la piste de Londres.
David Rudisha, sublime vainqueur d'un huit cent mètres d'anthologie, a périmé l'emploi des coureurs sacrificiels. Il a tué le "lièvre" avec son fusil à deux tours de piste. Il a accompli la double boucle, sans voir la meute à ses trousses. Rudisha a déployé sa majestueuse foulée durant cent secondes. Nous étions bouche bée: il y avait une beauté infinie dans ce genre de folie. Le Kényan a pulvérisé le record du monde. Il a réinventé le demi-fond comme Fossbury a révolutionné le saut en hauteur.
"C'est de la poésie pure !" s'est exclamé un commentateur de télévision. Je suis d'accord. Plus que Bolt, Rudisha a imprimé sa marque sur la piste de Londres.
jeudi 9 août 2012
Jouer avec le feu
Ils agitent des fanions. Ils se peinturlurent la figure aux couleurs de leurs étendards. La peau est le support du drapeau. Ils sont galvanisés par la fièvre partisane et la ferveur chauvine. Les Jeux autorisent sans modération le fanatisme des nations.
La comptabilité des hochets est destinée à échauffer les guerriers. On se rétracte sur ses réflexes, on cède à ses instincts. L'olympisme génère l'autarcie de terroir. La bien-pensance élitaire tolère ce bestial embrasement planétaire. Elle ferme les yeux sur le nationalisme festif et braillard. Les Jeux sont une parenthèse populiste de temps de crise.
La comptabilité des hochets est destinée à échauffer les guerriers. On se rétracte sur ses réflexes, on cède à ses instincts. L'olympisme génère l'autarcie de terroir. La bien-pensance élitaire tolère ce bestial embrasement planétaire. Elle ferme les yeux sur le nationalisme festif et braillard. Les Jeux sont une parenthèse populiste de temps de crise.
mardi 7 août 2012
L'indécision des sexes
"Masculin/Féminin". On a lu le livre de Françoise Héritier. On a vu et revu le film de Jean-Luc Godard. On a regardé la télé. Les Jeux nous abreuvent de corps des deux sexes. Ils s'expriment dans la gloire d'une jeunesse. En gros plan, au ralenti, sous toutes les coutures, on observe des silhouettes d'un troisième genre. De loin, vue de haut, la femme ressemble à l'homme comme deux gouttes d'eau. Sa puissance musculaire l'apparente au modèle masculin. A Londres, tout se passe comme si l'athlétisme illustrait ladite "théorie du genre".
L'indécision des sexes brouille les cartes du regard. Le flou des usuelles démarcations crève l'écran.
A examiner de près la compétition, on réalise combien l'idéal d'un corps-type par discipline relève de la fantasmagorie biologique. Sur 3000 mètres steeple, un tout petit Kenyan rivalise avec un grand échalas de Français. En sprint, on observe des corps à morphologie contrastée, avec des échelles différenciées dans le sculptural. Dans les postures de course, la crispation d'un visage côtoie la quiète sérénité d'un autre. Certes, les corps des deux sexes se rapprochent. Mais, dans le même temps, prévaut le beau paradoxe de la diversité.
L'indécision des sexes brouille les cartes du regard. Le flou des usuelles démarcations crève l'écran.
A examiner de près la compétition, on réalise combien l'idéal d'un corps-type par discipline relève de la fantasmagorie biologique. Sur 3000 mètres steeple, un tout petit Kenyan rivalise avec un grand échalas de Français. En sprint, on observe des corps à morphologie contrastée, avec des échelles différenciées dans le sculptural. Dans les postures de course, la crispation d'un visage côtoie la quiète sérénité d'un autre. Certes, les corps des deux sexes se rapprochent. Mais, dans le même temps, prévaut le beau paradoxe de la diversité.
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