mardi 6 novembre 2012

Rapport à l'export

C'est un pays d'industries pourries. Aux produits qui ne font pas envie. Hormis aux gentils Quataris. On y ferme les usines comme des parenthèses.
C'est un pays qui fabrique de l'écrit à qui mieux mieux. Qui forme des scribes de haut niveau. Au plus fort des crises, il y pleut des rapports. Avec succès. Les tables de la loi Gallois visent un destin de best-seller. Dixit le pape bien informé du redressement productif.
Nous jouissons d'un savoir-faire légendaire dans la confection d'études. Pébereau, Attali, Gallois sont des orfèvres en matière de memorandum. Dès lors, il conviendrait d'organiser l'industrie du rapport en filière prioritaire à l'export.

lundi 5 novembre 2012

Louvre gratuit

Je gravis l'ultime étage de l'aile Sully, à rebours de la chronologie. Je bivouaque dans des galeries vides à lumière livide. Les chemins de Mortain voisinent le paysage romain. Corot n'a peint ce matin que pour un gardien qui se tient à carreau.
Je salue le geôlier du lieu. M'assieds devant le beffroi de Douai. Je regarde la couleur de craie. Je bavarde avec la toile. Le gardien baisse la nuque. On dirait un condamné. J'ai la sensation d'une pièce muette, de trois acteurs sans texte, échoués là. Le gardien, moi et le beffroi. On ne se parle pas, chacun à sa manière.
Delacroix ne fait pas le poids. Zéro regard. L'orpheline au cimetière crie dans le désert. Son oeil de cheval s'adresse grand ouvert à Picasso, le peintre de l'enfer. Sans Delacroix, pas de Guernica. Les visiteurs ont peur. Ne se frottent qu'entre eux dans de laborieuses queues leu leu.
Louvre gratuit. Happy hour dans les galeries. On a les yeux embués. On trinque avec une jeune fille égarée.

samedi 3 novembre 2012

Freud sans tabou

Dans le dernier Monde des Livres, je lis ces mots touchants d'un père de famille vieillissant. "C'est le seul plaisir sans mélange que de pouvoir donner de l'argent à vous, mes enfants, ou à maman ou à tante; c'est cela seul qui me rend le travail supportable".
Ce dangereux papa s'appelle Freud. Il partage un sentiment largement répandu. La transmission du patrimoine récompense une vie de labeur.
Or l'Etat s'introduit par effraction dans le cercle de famille. Il s'arroge des deniers qui ne lui sont pas destinés. En use sans consulter ses bienfaiteurs. Autrement dit, la taxation de l'héritage impose l'Etat en sa qualité de fils adoptif. La fiscalité des successions, toujours plus confiscatoire, octroie à ce fils de roi la part du lion.
L'héritier abusif, détenteur de la violence légitime, s'invite au banquet familial avec une arrogance de despote. Freud, sans tabou, sans même le nommer, touche du doigt le scandale de l'Etat.

vendredi 2 novembre 2012

L'ouragan des riches

On s'apitoie sur le sort de Manhattan. L'Amérique dénombre une centaine de morts. A Haïti, les hommes ont péri dans l'anonymat d'un monde sans médias.
Sandy pimente le duel Romney/Obama. Sandy est l'ouragan des riches. Manhattan mobilise l'attention, focalise la compassion. Nos démocraties sélectionnent leurs émotions.
Haïti panse ses plaies dans un silence de réprouvés. Je songe à La Fontaine. Le texte s'appelle "Les animaux malades de la peste". Je retouche un peu la fin du poème. "Selon que vous serez puissant ou misérable, les caméras des médias braqueront leur lumière ou jetteront un voile pudique".
On manque de fables pour comprendre le réel.

Le trou du centre

Le milieu a fait long feu. Le coeur se meurt de tiédeur. Le centre s'est fait plus gros que son ventre. Le centre a fui à la périphérie. C'est un point de géométrie, une vue de l'esprit, une fantaisie.
Le centre est incarné par le pontife du moment, le chef élu du peuple émotif. Le président de la nation se situe au centre, par définition. Le fait majoritaire l'installe à mi-chemin, au milieu des idées du scrutin.
Au centre est la demeure d'une balle. La vie politique consiste à shooter dedans. Dès lors que la partie se joue, le centre est vide.
En attendant Borloo comme on poireaute avec Godot. Le centre est un ciel sans Dieu, un espace silencieux. C'est un lieu de transit, une ligne d'horizon pour l'orientation. C'est un pli qui démarque la partie droite de sa jolie gauche.
Bayrou est tombé dans le trou du centre. Après Giscard, sans espoir de pouvoir. Trou noir de l'histoire. Car le centre conduit à l'amertume des grandes solitudes. Faute de troupes, ses chefs sont narcissiques. A scruter leur nombril, ils choient dans un puits, chutent dans l'imaginaire, comme les ivrognes sombrent dans l'alcool, s'oublient dans l'éther.
Il n'a pas de place pour le centre. D'où le rituel ordinaire de ses penchants suicidaires.

jeudi 1 novembre 2012

Taille moyenne

On se lasse de leurs radotages. Ils dissertent d'économie comme des buveurs de pastis au café du commerce. Ils s'accoudent au comptoir comme une marionnette de Borloo. Ils ne refont pas le monde. Trop de boulot. Ils réinventent l'entreprise. Ils la rêvent bien proportionnée, ni géante ni menue. Jolie comme un coeur. Un coeur de métier.
Un même leitmotiv dégouline de leurs lèvres songeuses: "On manque d'entreprises de taille moyenne".
Au café, on crée par décret. A l'Elysée, on crée par décret des tonnes de papier, jamais la richesse d'une société.
L'entreprise résulte d'esprits mal formatés, dos au mur, infichus de se plier aux plates docilités du salariat. Elle comble un désespoir ordinaire, satisfait le besoin de s'en sortir.
L'entreprise ne naît pas moyenne. Mais petite, infime, réduite à l'illuminé qui la crée, contre vents et marées. Nos énarques de comptoir, nos sympathiques buveurs de pastis, si bavards au bistrot, ignorent que l'entreprise moyenne se situe au bout d'une trajectoire de croissance.
Ce sont les conditions de son essor qu'il convient de favoriser. D'où l'impérieuse nécessité d'alléger les charges et la fiscalité qui pèsent sur les coûts, l'embauche et l'investissement.


"L'absente de tout bouquet"

Il tait la singularité, l'installe en sa langue étrangère. Veille à la forme irrégulière. Dessus la toise ne s'apprivoise. Mallarmé, dont j'aimais "l'instinct de ciel", respecte le sommeil des voyelles.
Je songe à Camille et Lucile. A la fille Claudel, la môme d'argile, à l'aînée du René, à deux soeurs jumelles. A l'angle mort des beaux arts.
Je prie pour le renouveau du rouge coquelicot. N'ai de chambre à moi que pour "l'absente de tout bouquet". Je guéris de Mallarmé comme Bartimée à Jéricho.