lundi 18 mars 2013

Max Gallo papal

J'écoute François, lecteur de Bloy. Je vois le visage oblong d'un rejeton du Piémont, entre ombre et lumière, sourire et masque sévère. Dans la physionomie de Jorge Mario Bergoglio, j'identifie une sorte de Max Gallo papal. On se souvient du porte-parole d'un président qu'on appelait "Dieu".
Bergoglio ne craint pas les bondieuseries, parle du diable sans cachotterie. Aux pires heures de la nuit, il ne s'est affranchi de Dostoïevski. On sent qu'il se plaît à la parabole.
François n'est pas un scribe de la loi mais un prédicateur de la foi. L'Evangile de la femme adultère nous révèle Jésus, traceur de signes sur la terre. L'écriture n'est alors qu'une contenance destinée à chasser la violence. Nulle part ailleurs, Jésus ne se penche pour écrire. Il n'use que de la parole et des mots qui s'envolent.
Les livres appartiennent à la seule théologie. François prêche "la vérité, la bonté et la beauté" à l'assemblée du péché.

vendredi 15 mars 2013

Un voyage de proximité

Un lent cortège d'hommes coquelicots chemine dans la chapelle Sixtine. L'effarante peinture des murs enveloppe les murmures. L'homme blanc claudique dans un corps cylindrique. Il insère sa ronde silhouette dans les fresques de chair céleste.
François se rit des rois. François se dépouille de soi, ne garde que la foi. Il ne lit pas l'homélie. L'homme de Jésus met les points sur les i. Il prêche avec ses yeux, convainc avec ses mains. Son menton donne le ton.
L'amour du Christ ne peut s'apparenter à quelque "ohennegeai" d'estimable secours. Le pape argentin exhorte à la marche des pèlerins. L'attention au prochain nécessite un voyage de proximité.

jeudi 14 mars 2013

Le pape de la Pampa

Au Vatican, on vaticine. La place du Bon Dieu est bondée. Bergoglio a démêlé l'imbroglio. L'homme de la Sixtine vient d'Argentine. Le pape François ne veut pas d'un nom de roi. Bergoglio évoque le Poverello. Il prie dans le sillage du petit pauvre d'Ombrie. Il parle le papal sans étole sur l'épaule.
Les yeux des moniales pétillent sous la pluie. L'anonyme de la loggia est un pape de la Pampa. Il appartient à la génération Y du crucifix sur la poitrine. L'Italie mobilise ses trompettistes de fanfare.

mardi 12 mars 2013

Les ronchons de Dijon

Sa première dame déplaît. Le gros François déçoit. Il sourit, fait la toupie dans la foule, ne sait plus où donner de la tête, serre des doigts au kilomètre, baise la joue des mères et des filles.
A Dijon, ils sont ronchons. On les dirait sortis de leur village comme d'un sondage. Le peuple demande du pain, le monarque tend sa main. Joyeuse nature, Hollande villégiature à la préfecture. 
Sa compagne est une erreur de casting comme sa campagne fut un bonheur bref de marketing. François distribue des louches comme Marie-Antoinette des brioches. La rogne gagne la Bourgogne.
A force d'entendre parler d'épousailles et de promesses pour tous, les Dijonnais confondent haies d'honneur et huées d'humeur. Ils innovent dans le slogan décapant. "Ne vous mariez pas, on l'aime pas !". Giscard aussi s'appelait Valérie. Fille ou garçon, c'est un prénom qui porte malheur. 

lundi 11 mars 2013

Je hais les ouvriers

Ils scient, rabotent, martèlent. Cassent et fracassent. Ils sont chez eux chez moi comme j'imagine voleurs et rois. Ils fabriquent des échauffourées. Ils dépavent, élèvent des barricades.
Leur chef est bref. Brouillon comme un papillon. Faux-jeton comme un petit patron. Il fuit devant les fuites, se planque quand on le sonne.
Les ouvriers vont au chantier comme des enfants à la crèche. Ils travaillent peu mais fort. Entrent et sortent comme au théâtre des portes qui claquent. Onomatopées de malappris, cris et grondements d'outils. Ils livrent une guerre d'usure dans un brouillard de sciure. On dirait le raid mécanique d'une bête sans tête, l'inexorable dandinement d'un canard frénétique.
Au fil des semaines, ils compressent l'espace, s'acclimatent au rythme de limace. Ils poignardent une demeure à longueur de torpeur. Je hais les ouvriers.

dimanche 10 mars 2013

Louis le preux

C'est lui. Louis. Le louis d'or du tournoi. C'est Louis qui s'y colle, qui jamais ne cale. C'est Louis qui plaque, brandit et aplatit. Lui Louis, c'est Picamoles, grande gueule, Picamoles tout seul. Louis Picamoles caracole quand quatorze dégringolent. Il s'est extrait du Quinze comme d'une mêlée peureuse, à la peine, emmêlée dans sa chaîne. Il n'aboie pas, il colmate, il attaque. Il supplée ses trois-quarts par ses trouées d'épopée.
Picamoles leur fait mal. Au Quatorze tricolore et au Quinze d'Irlande. Son grand corps se voûte à l'approche de l'en-but. Sa tête penche sur un buste où loge l'ovale de cuir blotti. Picamoles veille à sa balle comme un père sur un songe de petite fille. Il défend sa princesse de ses fiers biceps.
De un à quinze, au milieu, il y a le huit de Picamoles. Le huit de Dublin est au centre du terrain. Il pleut sur Louis le preux. Il cueille un ballon à la barbe de l'ailier félon. Le beau décathlonien, qui court, saute et lance, sauve la France d'un quatrième fiasco.

Ainsi soit Staël

J'ai retrouvé mes notes de la bibliothèque Sainte Geneviève. Je recopiais ce qui me plaisait de la littérature sur Staël. J'ai reproduit le dessin d'un visage.
Depuis trente années, le peintre loge à demeure dans mes pensées. J'ai fini ma prière. Ainsi soit Staël. La poignée de feuillets fait un bouquet. Je l'offre à qui veut.
Ce texte timide, au début je l'ai baptisé "Le dernier des idiots", en référence à Muichkine et Flaubert. Il figurait dans un recueil de chroniques composites dont j'aimais - et dont j'adore encore le titre - "La plus belle fille du monde".
Chemin faisant, d'autres noms de couverture ont troublé mon sommeil. Je gueulais leurs syllabes afin d'y voir clair: "Attention peinture", "Lettre à Staël","Le type d'Antibes", "Staël, ciel et toiles", "Lavandou, derniers jours", "Rouge Petersbourg", "L'amour sur les murs".
J'ai penché longtemps pour "L'amour sur les murs". Je considère qu'il s'agit d'une juste définition de la peinture.
J'ai lu les textes du peintre, des lettres sauvages, des pages de grâce. "J'ai besoin de cette fille pour m'abîmer". On ne sait si Nicolas de Staël parle de Jeanne ou de ses toiles. C'est le sujet du petit livre. J'ai rangé mon crayon à papier, ma gomme et mon cahier. Je suis sorti de la Bibliothèque Nationale, face au square aux allégories de fleuves. J'ai cherché un soleil. Ainsi soit Staël.