jeudi 8 décembre 2011

Un rire de délire

Quand la liberté s'affranchit de la limite, elle dépérit dans la tyrannie. Quand le rire ne sait pas s'empêcher, il cède au ricanement totalitaire.
Quand Cavanna revendique un rire total, une sorte de "jouir sans entraves" soixante-huitard, il se réclame d'une dictature de la dérision. Ce dévergondage absolue du rire fait froid dans le dos.
"Le rire est la cruauté à l'état pur". "Nous riions de tout et de tous". "Le rire s'en fout". Les sentences de Cavanna glorifient l'insensible indifférence du rire. Elles sacralisent la bête et monstrueuse méchanceté d'un rire de délire.
Se moquer des puissants est signe de santé morale, voire de finesse intellectuelle. En revanche, flétrir de sarcasmes et de quolibets les petits pauvres des rues est révélateur d'une morgue méprisable. Rire du Christ crucifié est un sport de confort, un doux émoi des docteurs de la loi. Humilier le plus humble est une privauté de rassasiés.

mercredi 7 décembre 2011

Le bidule

Nous sommes environnées de bidules qui se reproduisent comme des bestioles. Ils nous embringuent dans leur délire de quincaillerie. C'est la démocratie participative des machins à boutons et des ustensiles à fils.
Ces fléaux à lasso se répandent dans les maisons comme une rumeur, un tourbillon, une force d'occupation. Ils bougent quand on les touche. Le corps abdique, se soumet aux parasites à cliquetis. Il s'abandonne au bidule, cède à ses clics.
Les machines rient, s'expriment à l'envi selon leur fantaisie. Elles briguent plus d'un quart d'heure de célébrité. Elles confisquent le temps du corps mutant.

mardi 6 décembre 2011

Dans ma tête

Il n'y a que dans ma tête que l'espace est infini, que le monde s'accomplit sans rareté ni pénurie. Il n'y a que dans ma tête où j'ai la sensation de ne me cogner à rien, de jouir des libertés et des largesses du temps.
Ailleurs que dans ma tête, les biens sont contingentés. Je suis cerné par les limites. Je me blesse aux encoignures de la nature. Je me heurte à l'étroite matière. Je vivote dans un couloir, un corridor, un réduit où mes genoux ne cessent de saigner. Il n'y a que dans ma tête que se dématérialisent les jambes de plomb des fortunes mal acquises. L'homme est un oiseau qui vole en son for intérieur.

lundi 5 décembre 2011

La stratégie de l'extrême

Sarkozy a fait une croix sur le centre. De Gaulle moquait en son temps le marais. "Ce sont des enfants de choeur qui auraient bu les burettes". Il fustigeait une tradition de démocratie chrétienne, aussi poltronne que tiédasse. Sarkozy laisse le centre à Hollande et Bayrou. Il déserte le terrain d'un milieu bien-pensant, à forte respectabilité et multiples notabilités.
Inutile qu'il s'aventure sur des terres aussi morcelées. L'ectoplasme Morin ne sera qu'un pâle ramasse-miettes. Il compte pour du beurre.
Sarkozy ne dispose d'aucunes réserves pour le deuxième tour. On a beau tourner autour du pot, refaire les additions, il est loin de rassembler une majorité sur son nom. Reste le Front National.
Le parti de Marine Le Pen réunit des bataillons autrement plus consistants que les troupes dispersées du Modem. Idéologiquement parlant, un tabou a été levé: d'anciens barristes comme Alain Cotta ou d'anciens gaullistes comme Paul-Marie Coûteaux ont rejoint un mouvement longtemps ostracisé. Le Front National parle au peuple, s'adresse aux ouvriers dans une langue appropriée. Ses idées simples réhabilitent un lourd bon sens aux apparences de vérité.
Bref, Sarkozy et Marine Le Pen ont vocation à s'entendre. Sarkozy pour gagner en 2012, Marine Le Pen pour enfin gouverner. Sarkozy sent bien l'opportunité stratégique d'un revirement. La droite "pop" et Guéant préparent soigneusement le terrain. A l'international, on converge vers l'Allemagne. Au plan national, on se recroqueville sur la droite extrême.
Pareil changement d'alliances tombe à pic. Le Front National a rompu avec sa politique de vaine protestation. Marine Le Pen, à la différence de son père naguère, souhaite être ministre, exercer sa part de pouvoir. Sarkozy n'a pas d'autre choix pour conserver l'Elysée. Il lui faut pactiser avec la diablesse. Côté publicité, il rajeunit et féminise.
Le souverainisme radical de Marine Le Pen surfe sur les peurs. La crise de la zone euro arrive à point nommé. Ce nouvel étatisme protecteur s'accorde assez mal au libéralisme versatile de Sarkozy. Qu'à cela ne tienne: Mitterrand a bien gouverné avec un quarteron de communistes autrement plus regardants sur la doctrine du parti. La victoire euphorise. Elle sait rapiécer l'inconciliable.
Car Sarkozy, fervent admirateur du leader socialiste, souhaite calquer son deuxième quinquennat sur le premier septennat de l'avocat charentais. Il veut faire plier le Front National au gouvernement, l'exposer à l'épreuve de la réalité, l'user au contact des nécessités.
Mitterrand a éliminé le parti communiste du jeu politique. Il l'a broyé de la manière la plus démocratique. Sarkozy désire asphyxier Marine Le Pen avec un maroquin. Il veut que l'extrême droite trahisse ses convictions au pouvoir.
Au-delà d'une victoire sur une gauche un peu trop sage, la stratégie mitterrandienne de Sarkozy - même goût pour les coups tordus - est destinée à vider de l'intérieur le Front National de sa substance protestataire. Sarkozy joue son va-tout.



dimanche 4 décembre 2011

Miss Alsace

La chancelière et le président ne se quittent plus. On dirait le frère et la soeur. Angela est la nouvelle Marianne. Carla est éclipsée. L'Allemagne et la France prennent l'euro par les cornes. Ils taillent dans l'héritage de la famille. Les petits pays du bout de la table n'ont pas voix au chapitre.
La bonne entente exige de transiger. Sarkozy ne mégote pas sur la convergence rhénane.
Les symboles sont forts: Miss Alsace est sacrée Miss France. La bonne volonté est évidente. Il faut se souvenir qu'on vient de loin. La dernière Miss sortait du Finistère, du fin fond de la Bretagne. On se fourvoyait du côté de l'Atlantique. Demi-tour à triple vitesse et cap vers l'est.
Avec Miss Alsace, la France a déjà fait la moitié du chemin vers l'Allemagne. Avant que Miss Bavière ne soit élue Miss France. Le plus tôt serait le mieux. Sauvetage de l'euro oblige.

samedi 3 décembre 2011

C'est quoi l'histoire ?

Pour faire du cinéma, fabriquer des images, il ne faut pas grand chose, simplement un regard. Le cheval galope de traviole, fouetté par les rafales. Les sanglots de Turin mêlent aux siens la sueur de ses crins. Il a senti l'écurie. Les arbres faméliques sont des cadavres debout, des fils barbelés telluriques.
L'homme de la terre partage ses heures entre écuelle à patate et verre d'eau de vie. Le vent ravage la cervelle, désole le ciel. La masure est plantée dans une nature essentielle. Les bruits claquent comme des intimidations. La fille veille sur le vieux aux yeux troués. S'y dessinent les patientes plissures de bête arrêtée.
Les jours s'égrènent comme une genèse sans éden. La prière n'est plus dans les doigts mais sous le toit du monde. Le cheval se dérobe sous leurs destinées. Visage de bête emmuré dans sa minéralité, veto frontal d'extrême nécessité. L'animal est figé dans sa stalle. Derrière la lucarne, la fille imite la vieille carne, le regard vers la vitre.
Les rafales chassent la lumière, assèche la terre. La cérémonie s'achève sur la fin du boire. Natures mortes. Dernière bougie. Se taire comme Tarr.

jeudi 1 décembre 2011

Liberté égalité fraternité

On est embringué dans l'Europe. C'est un machin compliqué, aussi lointain qu'un dieu, nuage ou destin. On s'est fourré dans une cordée désaccordée. Le Nord tire à hue. Le Sud tire à dia. Les peuples tirent la langue. Si on tombe dans le ravin, ni l'Américain, ni le Chinois ne nous prêteront un coup de main. Personne n'est plus prêteur.
Connaissance par les gouffres, dirait Michaux. C'est une escalade de malades sur une montagne de dettes. On est dépendant, accro, addicted. Pas du tabac, mais des coups de tabac. Assuétude à la machinerie communautaire. On est libre de rien. Pas égal dans la débâcle. Fraternel, pas trop dans la querelle. La République a du plomb dans l'aile. Faut revoir la liberté, corriger l'égalité, réviser la fraternité.